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L'hantavirus sur le MV Hondius est loin d'être la première épidémie à se produire sur un navire. Voici pourquoi le bateau est propice à la transmission de maladies.
La rédaction avec AFP - Aujourd'hui à 17:12 | mis à jour aujourd'hui à 17:17 - Temps de lecture :
L'hantavirus sur le MV Hondius et l'épidémie en cours sur un paquebot confiné à Bordeaux sont les derniers exemple en date : le bateau est un terrain idéal de propagation des virus. Pourquoi ? Avant tout, en raison de la promiscuité à bord. « Le pire endroit où avoir une épidémie, comme un feu, c’est un endroit clos loin de tout secours, tel qu’un navire en haute mer », résumait dès 1976 l’universitaire américain Alfred Crosby dans Epidemic and Peace, 1918.
« Le risque est double », analyse Jean-Pierre Auffray, président d’honneur de la Société française de médecine maritime (SFMM), à savoir « le transfert de la maladie à terre et l’infection des gens à bord ». « Les navires restent un milieu clos dans lequel il y a des contacts prolongés, répétés et rapprochés, ce qui aide la diffusion de certaines épidémies, en particulier celles transmissibles par voie aérienne, comme la grippe, le Covid, et de contact ou par la nourriture comme les épidémies à norovirus », détaille le président d’honneur de la SFMM.
Le MV Hondius, dont les passagers ont été évacués la semaine dernière, a été frappé par un hantavirus qui peut se transmettre par aérosols, mais « on n’est pas à ce stade dans une épidémie », a dit ce mercredi la ministre française de la Santé, Stéphanie Rist devant des députés. Pendant la pandémie de 2020, le Covid a frappé de très nombreux navires, de guerre ou de croisière, comme le paquebot Zaandam qui a erré pendant des jours avec ses nombreux malades, rejeté par de nombreux pays d’Amérique latine avant de pouvoir accoster en Floride, ou encore le porte-avions français Charles-de-Gaulle, où des centaines de marins ont été touchés.
« Des améliorations » dans les paquebots depuis le Covid
Bateaux de guerre et de croisière sont différents - plus spacieux pour les civils - et embarquent des populations diamétralement opposées - des militaires jeunes et des croisiéristes retraités - mais les mécaniques de contagion sont les mêmes : les gens utilisent de nombreux équipements en commun et se croisent plusieurs fois par jour.
« On a appris de l’épidémie de Covid et il y a eu des améliorations » dans les paquebots, explique Jean-Pierre Auffray. « On a amélioré les circuits de ventilation, ce qui permet de mieux lutter contre la propagation aérosol. Sur certains gros bateaux, il y a des cabines dédiées à l’isolation des malades, avec des circuits sanitaires spéciaux pour les soins et l’évacuation des déchets, et il y a une meilleure formation des médecins de bord ».
L’autre grande peur est celle de la propagation d’une épidémie après le débarquement et les autorités refusent parfois de laisser accoster les navires contaminés. Lors des siècles passés, passagers et équipages des bateaux en quarantaine étaient maintenus loin des ports, dans des lazarets, souvent situés sur des îlots. « L’éthique n’était pas la même, la quarantaine c’était : "vous mourrez sur votre bateau et ne venez pas nous contaminer" », rappelle Jean-Pierre Auffray. Les passagers du MV Hondius ont eux tous été débarqués, mais il est possible de les pister. « On peut arriver à dénombrer toutes les personnes aujourd’hui qui ont eu un contact avec une personne infectieuse », a assuré mardi l’épidémiologiste français Antoine Flahault.
Avant le transport aérien de masse, ce furent longtemps les bateaux qui propagèrent les épidémies, comme la peste noire, ramenée en Méditerranée dans les années 1340 par des marins génois, contaminés durant le siège du comptoir de Caffa, en Crimée, par les cadavres de soldats tatars pestiférés et catapultés au-dessus des murailles par l’armée du Khan.
En reprenant la mer, les Génois embarquèrent et propagèrent la « mort noire » qui a saigné l’Europe et l’Afrique du Nord. « Malheur à nous qui […] lancèrent les dards de la mort » à nos parents et voisins venus nous accueillir, raconte à l’époque le chroniqueur italien Gabriele de Mussis. « Tandis que nous leur parlions, tandis qu’ils nous étreignaient et nous embrassaient, nous dispersions le poison de nos lèvres ».


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