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La possibilité d’obtenir des soins en français dans une province à majorité anglophone a un impact positif majeur sur l’espérance de vie des francophones qui y vivent, révèlent des travaux menés par l’Université d’Ottawa et l’Université du Manitoba.
Les chercheurs des deux universités ont mené une étude rétrospective canadienne qui s’est étendue sur une quinzaine d’années et s’est appuyée sur une cohorte d’un peu plus de 50 000 patients canadiens vivant à l’extérieur du Québec et dont la première langue est autre que l’anglais.

Le Dr Michael Reaume croit que la corrélation entre la qualité de vie et des soins prodigués et la survie chez les patients est indéniable.
Photo : Gracieuseté de Michael Rheaume
Quand on reçoit des soins dans sa langue primaire, il y a moins d’événements averses, il y a moins d’erreurs avec les médicaments, il y a moins de visites à l’urgence, moins d’hospitalisations, constate Michael Reaume, médecin et coauteur de l’étude.
La concordance linguistique : la clé
Selon le Dr Reaume, être compris et comprendre les directives de son médecin est la base d’une bonne relation qui s’appuie sur la confiance.
Les résultats en ce sens sont probants.
Le risque de mortalité diminue de 11 % quand on compare les francophones hors Québec qui reçoivent des soins en français aux francophones hors Québec qui reçoivent des soins en anglais.
La concordance linguistique entre un patient et son médecin serait ainsi l’une des clés pour augmenter l’espérance de vie des populations francophones et allophones qui vivent en milieu minoritaire au Canada.
Les données sont d’autant plus frappantes chez les personnes allophones, dont le risque de décès diminue de 27 % lorsqu’elles consultent un professionnel de la santé dans leur langue, comparativement à celles qui reçoivent des soins en anglais.
Ces résultats poussent d’ailleurs les chercheurs à croire que la concordance linguistique devrait devenir une priorité des systèmes de santé, qui se heurte à des sociétés qui se diversifient à vue d’œil.

Dans un Canada de plus en plus multilingue, la concordance linguistique joue un rôle clé dans l’amélioration de l’espérance de vie, indique l’étude. (Photo d’archives)
Photo : Associated Press / Jeff Roberson
Le Dr Reaume croit qu’il est possible de remédier à ces inégalités de trois façons. D’abord en favorisant l’accès à la formation médicale des personnes issues de communautés linguistiques sous-représentées.
Dans un deuxième et un troisième temps, il exhorte aussi à la collecte systématique des données sur les compétences linguistiques du personnel de santé ainsi que la langue de préférence des patients, en plus de proposer un accès stable à des services d’interprétation.
Preuve tangible des disparités en Ontario
Les obstacles quant à l’accès à des services en français sont constants pour les Franco-Ontariens, affirme la députée provinciale de Nickel Belt, France Gélinas, qui porte ce dossier à Queen’s Park où elle siège depuis près de 20 ans.
Mme Gélinas, qui a longtemps travaillé dans le secteur de la santé avant d’entamer sa carrière politique, se rappelle d’ailleurs que c’est à la lumière d’une étude semblable, menée en 1989 par l'Institut franco-ontarien, que l’Ontario a vu ses tout premiers centres de santé communautaires francophones.

La députée franco-ontarienne de Nickel Belt, France Gélinas, croit que la majorité des Ontariens n’ont aucune idée de la prévalence du risque de mortalité selon leur langue d’usage.
Photo : Photo fournie
C’est la raison principale pour laquelle on a réussi à avoir du financement pour un centre de santé communautaire francophone à Sudbury, affirme-t-elle.
Aujourd’hui, il y a cinq de ces centres qui sont entièrement francophones et huit qui sont bilingues à l’échelle de la province.
Pourtant, cette nouvelle recherche des deux universités est la preuve tangible, dit la députée, qui met en lumière les disparités linguistiques dans le secteur de santé qu’elle décrie depuis longtemps.
C’est très puissant. C’est une étude qui n’existait pas avant. […] Je vais m’en servir pour mettre la pression sur le gouvernement.
Difficile d’avoir un médecin francophone
Au début de l’année, le Centre francophone du Grand Toronto a reçu un investissement à hauteur de 2,3 millions de dollars du gouvernement provincial pour l’expansion de sa clinique de soins primaires.
C’est environ 2300 nouveaux patients que la clinique espérait arriver à desservir pour l’été 2026.
Mais la réalité reste difficile sur le terrain et partout en Ontario.
La députée accueille avec soulagement la publication de l’étude, bien qu’il y ait encore beaucoup de chemin à faire, poursuit-elle.
Mme Gélinas croit que la province devrait mieux recueillir les données en la matière. Elle aimerait aussi voir la langue de préférence des Ontariens affichée sur leur carte d'assurance maladie, à l’instar du Manitoba et de l’Île-du-Prince-Édouard.
Le cabinet de la ministre de la Santé de l’Ontario, Sylvia Jones, a été sollicité dans le cadre de cet article. Si une réponse nous parvient, celle-ci y sera ajoutée.
Avec des informations de l'émission « Y'a pas deux matins »


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