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«Sans véritable politique de préservation des ressources en eau, il ne peut y avoir d’agriculture viable»

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FIGAROVOX/TRIBUNE - Le projet de loi d’urgence agricole, adopté le 3 juillet par le Sénat, traduit une vision simpliste, court-termiste et il n’assure en rien la préservation des ressources en eau, dénoncent cinq anciens ministres de l’Agriculture dont Marc Fesneau et Stéphane Le Foll.

Alors que les canicules successives frappent durement notre pays depuis la fin du printemps, c’est désormais la sécheresse qui s’installe sur une large partie du territoire. 36 départements sont en situation de crise et 76 font l’objet de mesures de restrictions d’usage de l’eau. Pour les agriculteurs, cette réalité est quotidienne : elle se traduit par des sols asséchés, des pertes de productivité, des récoltes entières anéanties, des troupeaux plus difficiles à abreuver et à nourrir et une inquiétude croissante pour la pérennité de leurs exploitations.

On voit partout sur le territoire français cette détresse agricole. Les agriculteurs sont les premières victimes du dérèglement climatique. Leur capacité à produire dépend de conditions météorologiques qui ne cessent de se détraquer ; ils sont en première ligne et ne peuvent faire face seuls aux changements qui viennent.

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Oui, l’agriculture a besoin d’eau. Dans de nombreux territoires, les ouvrages de stockage apportent une partie de la réponse en valorisant les précipitations, en particulier lorsqu’elles sont brutales et volumineuses. Mais laisser croire que ces ouvrages créeraient une eau nouvelle, disponible sans limite, et régleraient toutes les questions serait mentir aux agriculteurs. Le stockage ne fabrique pas d’eau : le volume de cette ressource dépend du climat, de l’état des sols, des nappes et des rivières. Les zones humides contribuent à la protéger. Promettre des volumes d’eau qu’aucun agriculteur ne verrait in fine conduirait leurs exploitations dans une impasse.

Les zones humides permettent de mieux résister aux aléas climatiques et que les détruire créera à moyen terme de nouveaux problèmes pour eux comme pour tous les Français.

S’ils veulent continuer à produire, les agriculteurs savent qu’ils vont aussi devoir faire évoluer leurs pratiques : agro-écologie, agriculture de conservation ou développement de systèmes de polyculture-élevage, plantation de variétés plus résilientes, moins gourmandes en eau, et structuration des filières adaptées au climat qui vient. Ils savent qu’autoriser des pesticides interdits n’est pas une solution durable. Ils savent que des cultures diversifiées sont moins vulnérables aux ravageurs. Ils savent que des sols vivants, riches en matière organique, retiendront davantage l’eau, ralentiront le ruissellement et protégeront leurs productions contre la sécheresse. Ils savent que les zones humides permettent de mieux résister aux aléas climatiques et que les détruire créera à moyen terme de nouveaux problèmes pour eux comme pour tous les Français.

L’agriculture n’a pas à choisir entre les ouvrages de stockage et la préservation des zones humides : elle a besoin des deux. Elle n’a pas non plus besoin d’une nouvelle guerre de l’eau. Depuis des décennies, la gouvernance par bassin et la hiérarchisation des usages, au plus près des réalités du terrain, a permis aux agriculteurs, aux élus, aux usagers et aux autres acteurs économiques de regarder en face la réalité de la ressource et de construire des compromis. Ce système n’est pas parfait et peut être amélioré, mais il a fait ses preuves : il ajuste les décisions au terrain et donne à chaque partie prenante de la visibilité. Supprimer cette gouvernance ne supprimera pas les conflits entre usagers face à une ressource qui se raréfie sous l’effet du changement climatique. Elle ne fera que déplacer le problème et nourrir de nouvelles tensions.

Sans véritable politique de préservation de cette ressource de plus en plus précieuse, il n’y aura demain ni irrigation, ni élevage, ni agriculture viable. Or, les dispositions votées cette semaine au Sénat lors de l’examen du projet de loi d’urgence agricole vont à l’encontre de cette ligne d’équilibre.

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Sur ce sujet comme sur d’autres, dans ce texte, nous n’avons pas besoin de solutions simplistes et court-termistes qui se retourneront contre les agriculteurs et ne feront qu’accentuer leurs difficultés et l’incompréhension mutuelle. À la veille de la commission mixte paritaire, les parlementaires ont entre leurs mains une grande responsabilité : celle de défendre l’avenir de notre agriculture et de notre souveraineté alimentaire en refusant le simplisme et la caricature.


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Signataires :

Marc Fesneau, député du Loir-et-Cher, ancien ministre de l’Agriculture de 2022 a 2024

Guillaume Garot, députe de la Mayenne, ancien ministre délégué à l’agroalimentaire de 2012 a 2014

Stéphane Le Foll, maire du Mans, ancien député de la Sarthe, ancien ministre de l’Agriculture de 2012 a 2017

Agnès Pannier-Runacher, députée du Pas-de-Calais, ancienne ministre déléguée a l’Agriculture en 2024

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Stéphane Travert, députe de la Manche, président de la commission des affaires économiques, ancien ministre de l’Agriculture de 2017 a 2018

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