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En quittant son Algérie natale pour le Manitoba, Tamazouzt Guiddir n’avait jamais imaginé devoir faire une croix sur sa rentrée universitaire. La mère de famille se heurte à la pénurie aiguë de places en garderie pour son fils de trois ans.
Alors qu’elle se voyait déjà sur les bancs de l’Université de Saint-Boniface (USB), la nouvelle arrivante a rapidement été confrontée par le manque de places dans les services de garde.
Même après avoir étendu ses démarches aux garderies anglophones, le constat reste identique : elle doit s’armer de patience sur de longues listes d’attente.
À minuit, à une heure du matin, j’envoie des courriels. Des fois j’ai des réponses, mais qui sont toujours les mêmes. Il y a une très longue liste d’attente.
Les solutions de rechange semblent inexistantes pour cette jeune mère qui souhaite se réorienter en éducation. Déjà titulaire d’un diplôme en sciences économiques obtenu en Algérie, Tamazouzt Guiddir espérait commencer ses cours dès la session de septembre à l’USB.
Or, la rentrée s’éloigne à mesure que l'attente se prolonge.
Je sais que les [cours en] présentiel c’est beaucoup mieux et c’est beaucoup plus intéressant, mais je n’ai pas pu m’inscrire, car, tant que je ne trouve pas de solution de garde pour mes enfants, je ne peux pas faire d’étude et je ne peux pas chercher du travail, confie-t-elle.
Des tarifs réduits, mais des places introuvables
Le parcours de Tamazouzt Guiddir illustre le casse-tête vécu par de nombreuses familles immigrantes et met en relief la saturation des centres francophones de la petite enfance au Manitoba.
Située au cœur de Saint-Boniface, la garderie Espaces pour grandir ne fait pas exception. L’établissement, d'une capacité maximale de 80 enfants, affiche une liste d’attente d’environ 500 noms.
Pour sa directrice générale, Danielle Dorge-Rempel, refuser des familles est devenu le quotidien.
C’est vraiment une situation super triste parce qu’on a souvent de nouveaux arrivants qui veulent construire une nouvelle vie ici au Manitoba et on doit toujours donner de mauvaises nouvelles.
Le gouvernement provincial s’est engagé en 2021 à créer 23 000 nouvelles places de garderie d’ici 2026. La province assure avoir atteint près de 50 % de son objectif.
Suite à cette promesse, le gouvernement provincial avait, en 2024, annoncé l'ajout de 60 places au sein de cette garderie. La directrice déplore toutefois que ce projet tarde à se concrétiser et rappelle qu'il ne réglerait pas le problème de fond.
La garderie est actuellement locataire de l’Université de Saint-Boniface, au premier étage d’un bâtiment annexe. L'aménagement de places supplémentaires dépend ainsi non seulement de la province, mais aussi de l'autorisation de l’université, qui dispose de ses espaces selon ses propres priorités.
Danielle Dorge-Rempel souligne aussi que l’instauration du tarif national à 10 $ par jour a amplifié la pression sur le réseau. Ça a beaucoup aidé les familles mais nous n’avons pas plus d’espace, indique-t-elle.

La garderie Espaces pour grandir dispose de 64 places préscolaires et de 16 places pour nourrissons, soit les places prisées par les parents.
Photo : Radio-Canada / Océane Kouassi
Un obstacle direct à l’intégration
Ce constat n'étonne guère l’Accueil francophone du Manitoba. Chaque année, près de 200 familles franchissent les portes de l’organisme d'établissement, selon son coordonnateur des services d'établissement, Ignace Ntjono.
Il y a des cas où le parent a une occasion d’emploi et un des deux parents est obligé de se sacrifier le temps de trouver une garderie. Donc oui, le problème de garderie est un défi majeur pour les nouveaux arrivants, affirme-t-il.
Pour Tamazouzt Guiddir, cette situation constitue autant un frein à son intégration sur le marché du travail qu'à sa vie sociale. Faute de garde, elle a dû renoncer à plusieurs activités et ateliers d'accueil.
Je ne peux même pas suivre de formations, pas même les cours d’anglais qui sont pourtant essentiels ici , regrette-t-elle.
Malgré l'impasse, la mère de famille espère encore obtenir une place d'ici quelques mois afin de pouvoir commencer ses études à la session d’hiver.


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