Le 26 décembre 2024, un appareil massif et silencieux décolle des abords de l’usine aéronautique de Chengdu, dans le Sichuan. Pas de dérive verticale. Pas d’empennage horizontal. Trois réacteurs. La Chine venait de faire voler ce qui est aujourd’hui désigné par les analystes comme le J-36, premier chasseur de sixième génération à avoir quitté le sol, alors que son rival américain, le F-47, n’est toujours pas sorti de ses ateliers.
À retenir
- La Chine a-t-elle vraiment quatre ans d’avance sur l’Amérique dans la course aux chasseurs de sixième génération ?
- Pourquoi trois réacteurs et pas d’empennage ? Quels défis cachent ces choix technologiques révolutionnaires ?
- Les prototypes secrets américains volaient depuis 2020 : que cache vraiment le retard annoncé du F-47 ?
Sommaire
- Un appareil hors normes, repéré sur les réseaux avant d’être admis
- La géométrie comme arme : ce que le design révèle
- L’Amérique en construction pendant que Pékin accumule les heures de vol
- Une entrée en service vers 2030 pour les deux camps, avec un grand point d’interrogation
Un appareil hors normes, repéré sur les réseaux avant d’être admis
Le 26 décembre 2024, un appareil supposément désigné J-36 est repéré lors de vols d’essai à Chengdu. Son numéro de série commençant par « 36 », selon la convention de désignation de l’armée de l’air chinoise, a conduit les analystes à lui attribuer ce nom provisoire. Pékin n’a confirmé ni les essais ni l’existence de l’appareil. Mais selon plusieurs analystes, l’absence de contrôle sur la diffusion des vidéos semblait délibérée, comme pour alimenter le débat. Message reçu cinq sur cinq à Washington.
Le J-36 a été filmé pour la première fois en décembre 2024, accompagné d’un chasseur J-20 de cinquième génération, lors d’un vol effectué près de l’usine aéronautique de Chengdu, dans la province du Sichuan. Plus récemment, une vidéo captée le 7 avril 2025 montre l’appareil en vol au-dessus d’une autoroute urbaine avant d’atterrir. Depuis, les images se sont multipliées. Les ingénieurs occidentaux ont eu du matériel à analyser, et ce qu’ils ont vu les a dérangés.
Le J-36 est développé par la Chengdu Aircraft Corporation (CAC), le même bureau d’études que le J-20. Désignation spéculative donnée par les analystes militaires, cet appareil à aile en double delta sans empennage est envisagé pour plusieurs types de missions : supériorité aérienne, frappe, interception et commandement d’opérations en coopération avec des drones. Pas un chasseur au sens classique du terme. Plutôt un système de systèmes ailé.
La géométrie comme arme : ce que le design révèle
Le J-36 se démarque par sa conception en « aile volante », une configuration triangulaire sans empennage arrière rappelant la forme d’une feuille de ginkgo. Ce choix n’est pas esthétique. Cette architecture vise d’abord la furtivité et l’autonomie. L’absence de dérive verticale réduit les surfaces qui renvoient les ondes radar, un choix cohérent pour un appareil destiné à pénétrer des zones défendues. Mais ce choix complique le contrôle de vol. Sans dérive, la stabilité directionnelle doit être assurée par les commandes de vol électriques, les surfaces mobiles, la poussée vectorielle ou une combinaison de ces éléments, ce qui suppose une avionique très avancée et une maîtrise logicielle fine.
L’une des caractéristiques les plus intrigantes du J-36 est sa configuration triréacteur, potentiellement équipé de turboréacteurs WS-10C de production nationale, une configuration rare qui pourrait offrir des avantages en termes de poussée et de redondance. Ce schéma tri-réacteur peut répondre à trois contraintes techniques : maintenir une poussée totale élevée avec des turboréacteurs de diamètre réduit mieux intégrés dans la cellule ; répartir thermiquement les panaches pour abaisser la signature infrarouge ; et offrir une redondance propulsive lors des essais précoces. Trois moteurs sur un chasseur, c’est aussi rare que trois étoiles Michelin sur un camion-pizza — et tout aussi délibéré.
Les mesures dérivées d’images satellites donnent au J-36 une envergure d’environ 19,8 mètres et une longueur proche de 18,9 mètres. D’autres estimations, basées sur des angles de prise de vue différents, évoquent jusqu’à 22-23 mètres de long, ce qui en ferait un appareil plus grand que le F-22. Cette taille s’accompagne d’une architecture interne généreuse, visible à travers trois baies d’armes sous le fuselage : une grande baie centrale flanquée de deux plus petites, une configuration rarement vue sur un chasseur, permettant d’embarquer une large gamme d’armements, de missiles tactiques compacts à des missiles de croisière longue portée.
Le cockpit semble être un modèle biplace côte à côte, inhabituel pour un chasseur. Cela indique que le J-36 n’est pas prévu pour le combat aérien classique : le second occupant ne serait pas là pour aider à piloter, mais pour gérer des systèmes complexes, notamment des drones d’accompagnement, qui voleraient aux côtés du J-36 pour des missions de reconnaissance ou d’attaque, transformant l’appareil en un mini-centre de commandement et de contrôle.
L’Amérique en construction pendant que Pékin accumule les heures de vol
En faisant voler deux prototypes de chasseurs de sixième génération simultanément, Pékin bouscule la hiérarchie militaire mondiale. Pendant ce temps, Washington peaufine encore ses contrats, illustrant un net décalage de calendrier entre les deux superpuissances. Depuis fin 2024, Pékin fait voler deux prototypes de sixième génération : le J-36 développé par Chengdu et le J-50 par Shenyang. Deux architectures parallèles, deux philosophies d’emploi testées en même temps.
Côté américain, le programme NGAD a failli ne jamais décoller, au sens propre. Le programme américain NGAD a lui-même failli ne pas exister : l’administration Biden l’avait suspendu en 2024, invoquant des contraintes budgétaires. Frank Kendall, alors secrétaire à l’Air Force, a révélé après son départ que le F-47 n’apparaissait même pas dans le projet de budget 2026 transmis à Donald Trump.
Le 21 mars 2025, le président Trump a annoncé que l’US Air Force irait de l’avant avec le développement du F-47, désigné comme le chasseur NGAD. L’Air Force a attribué un contrat de développement et de fabrication à Boeing. En septembre 2025, le général Allvin a indiqué que le premier vol était désormais prévu pour 2028, et que la fabrication du premier F-47 avait commencé. Quatre ans d’écart avec le J-36 sur ce seul critère du vol inaugural.
Un bémol mérite cependant d’être posé. Si le F-47 doit effectuer son premier vol officiel en 2028, les prototypes concurrents construits par Boeing et Lockheed pour le programme NGAD volaient depuis des années, quasi indétectés. Lors de l’annonce de la victoire de Boeing en 2025, le général Allvin a révélé que ces deux appareils volaient secrètement depuis 2020, cumulant « des centaines d’heures » de vol. L’avance chinoise est donc réelle, mais à nuancer : Washington n’a pas simplement regardé passer les avions.
Une entrée en service vers 2030 pour les deux camps, avec un grand point d’interrogation
Un responsable de l’USAF a reconnu que le J-36 pourrait atteindre une capacité opérationnelle initiale avant les programmes américains de sixième génération, tout en estimant que le système américain produirait in fine le meilleur appareil. C’est le genre de réassurance que l’on formule quand on est un peu inquiet.
Transformer un prototype en avion opérationnel exige des années d’essais, de logiciels, d’armement, de formation et de maintenance. Mais le simple fait que Pékin teste deux designs en parallèle réduit l’écart psychologique avec les États-Unis. Des experts soulignent que la Chine doit encore relever des défis techniques importants pour que le J-36 devienne pleinement opérationnel, notamment en matière de motorisation avancée.
Du côté américain, les moteurs du F-47 posent leur propre problème. Le moteur de nouvelle génération n’est pas attendu avant 2030. Deux motoristes sont en compétition dans le cadre du programme Next Generation Adaptive Propulsion : Pratt & Whitney avec son XA103, dont l’assemblage du prototype n’est pas prévu avant la fin des années 2020. Le F-47 volera donc, au moins pour ses deux premières années d’essais, avec une propulsion intermédiaire. Le précédent existe : le F-35 a lui aussi volé plusieurs années avec des systèmes avioniques bridés avant d’atteindre sa configuration opérationnelle complète en 2018, soit quinze ans après son premier vol.
La mise en vol d’un aéronef expérimental ne garantit pas une supériorité immédiate. L’intégration des capteurs et la production industrielle à grande échelle s’annoncent complexes. La Chine l’a compris en développant dès décembre 2025 un troisième exemplaire du J-36 pour multiplier les essais intensifs. Trois prototypes en douze mois : un rythme que Washington n’a pas atteint à visage découvert. Ce que les deux camps savent très bien, c’est que la vraie bataille ne se jouera pas lors du premier vol inaugural, elle se jouera dans les usines, les simulateurs et les salles de code au cours des dix années qui suivent.
Sources : dailygeekshow.com | f-aero.fr


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