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Détenus au Salvador
Il existe, entre le Salvador et les vieilles démocraties européennes, une différence abyssale que les âmes molles refusent de voir : là-bas, l’État a cessé de s’excuser d’exister.
Pendant des décennies, le peuple salvadorien a vécu sous la loi des bandes, sous la botte des cartels, sous la terreur quotidienne érigée en système. Ce même système qui s’établit chez nous à bas bruit. Des milliers de morts (on parle de 200.000 personnes en 30 ans), des quartiers entiers livrés à la barbarie, une société mutilée. Face à cela, le pouvoir aurait pu, comme chez nous, convoquer des commissions, empiler des textes, invoquer la complexité sociale et la fatalité historique. Il a fait l’inverse. Il a répondu à la guerre qui lui était déclarée.
Non pas une guerre de discours, mais une guerre réelle. Une guerre assumée. Une guerre menée avec des moyens à la hauteur de l’ennemi. Et l’ordre est revenu.
Car l’ordre ne naît jamais de la faiblesse. Il est le fruit de la volonté.
En France, au contraire, nous avons élevé le renoncement au rang de vertu. La première mesure d’abandon fut la suppression « unilatérale » de la peine de mort et la vénération de son auteur Robert Badinter. Depuis, le crime est excusé, expliqué, contextualisé. La victime, elle, doit se contenter d’un hommage furtif et d’une indignation médiatique de vingt-quatre heures. Puis le silence. Puis l’oubli. La République pleure, mais ne frappe jamais.
Le délinquant, surtout s’il est récidiviste, est devenu une figure presque sacrée. On le protège de la prison, on le protège de la sanction, on le protège parfois même de la police qui se voit dès les prémices mise en accusation. Quant aux criminels les plus endurcis, il n’est pas rare qu’on leur accorde des permissions absurdes, comme si la société leur devait encore quelque chose après le sang versé.
Et pendant ce temps, le citoyen honnête apprend à baisser les yeux, à éviter certains quartiers, à modifier ses habitudes, à vivre en exilé sur sa propre terre. Il est même un ministre de l’Intérieur qui recommande, en signe de protection, aux commerçant de tirer leur rideaux pour éviter la violence des bandits plutôt que d’empêcher ces débordements violents.
Chez Montesquieu déjà l’idée qu’une nation meurt moins de ses ennemis que de son propre affaissement moral était naissante. Le laxisme n’est pas une générosité ; c’est une lâcheté. C’est la peur de décider, la peur d’assumer la force légitime, la peur de nommer le mal.
Le Salvador, lui, a refusé cette peur. Il a affirmé que la loi n’est pas une opinion, que l’autorité n’est pas une honte, et que l’État existe d’abord pour protéger les siens. Les résultats sont là, visibles, mesurables, indiscutables.
Qu’on s’indigne, qu’on s’offusque depuis nos salons parisiens : ce sont les peuples en sécurité qui peuvent se permettre le luxe de la morale abstraite. Ceux qui ont vécu sous la coupe du crime savent, eux, que sans rigueur, il n’y a ni liberté, ni justice, ni avenir.
Un État qui ne punit plus prépare le règne des prédateurs.
Un peuple qui accepte cela consent à sa propre disparition.
Jean-Jacques Fifre





























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