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Sur Le Figaro TV, un très savant documentaire pour comprendre la vie et l’œuvre du plus scandaleux des marquis de la littérature.
Les Cent Vingt Journées de Sodome ou l’École du libertinage est la première grande œuvre du marquis de Sade, écrite à la prison de la Bastille en 1785. Écrit en cachette sur un rouleau de 12 m de long, ce brûlot d’un « terroriste du sexe » est jugé de façon contradictoire, selon les amateurs : « terrible et cruel » à en lire la litanie des tortures et sévices imposés ou « ludique et libérateur » si l’on s’en tient à Sade, l’ennemi de la norme et des carcans de la société. Ange noir des fantasmes, enfant terrible des Lumières, il s’agit ici de comprendre Donatien Alphonse François de Sade, né le 2 juin 1740 à Paris, communément appelé le marquis de Sade, ce romancier et philosophe devenu esprit du mal qui fut détenu sous tous les régimes politiques (monarchie, République, Consulat, Empire) et passa vingt-sept ans de ses 74 ans en captivité.
« Sade, c’est une œuvre et aussi une vie scandaleuse, le plus excessif des Lumières, celui qui réfute Dieu, la morale, et les lois », présente ce savant documentaire réalisé par Marlies Demeulandre, Sade, monstre des lumières, où se bousculent les écrivains et les intellectuels. « Sade est un grand casseur de dogmes. Et surtout, il va ouvrir des portes, de façon pratique et aussi conceptuelle ; il va ouvrir les portes de l’inconscient, les portes du corps, le corps va se retrouver à la place qu’il n’aurait jamais dû quitter, à égalité avec l’esprit », analyse Jean-Pierre Guéno, écrivain, historien et ancien de la Bibliothèque nationale aux côtés d’Emmanuel Le Roy Ladurie. « Libertin », « libertaire », « anarchiste », nos contemporains parmi les plus lettrés énumèrent les épithètes dégressives pour amender ce personnage et en faire le héros noir qui défia l’Église et dont l’œuvre, souvent révoltante, doit être comprise comme « une pensée de la liberté ».
Plus de deux cents ans après sa mort, obèse et malade, le 2 décembre 1814, à l’asile de Charenton où il jouit d’une certaine aise pour un fou, le marquis de Sade continue de troubler et de choquer. Comme d’ailleurs, Salò ou les 120 journées de Sodome, le film sadien de Pier Paolo Pasolini en 1975, électrochoc froid qui reste difficile à regarder, entre horreur, vague dégoût et ennui. Tout est question de style, et celui du marquis de Sade est brillant en ces temps des Lumières. « Né à Paris, dans le sein du luxe et de l’abondance, je crus dès que je pus raisonner que la nature et la fortune se réunissaient pour me combler de leurs dons ; je le crus parce qu’on avait la sottise de me le dire, et ce préjugé ridicule me rendit hautain, despote et colère ; il semblait que tout dût me céder, que l’univers entier dût flatter mes caprices, et qu’il n’appartenait qu’à moi seul et d’en former et de les satisfaire », écrit-il de sa belle calligraphie que ne trouble pas la prison.
Immense sentiment de puissance
Cet immense sentiment de puissance naît avec lui, dans la vaste demeure princière de Paris, somptueux hôtel particulier qui appartient à une lignée de sang royal, les Condé. Élevé comme un petit prince, il deviendra un homme « très séduisant, extrêmement intelligent, doué pour plaire, un vrai lettré », souligne l’essayiste Chantal Thomas. Quelques années avant sa mort, Sade demanda par testament à ne pas être autopsié et à être enterré non religieusement dans un bois de sa terre de la Malmaison, près d’Épernon : « La fosse une fois recouverte, il sera semé dessus des glands, afin que par la suite le terrain de ladite fosse se trouvant regarni, et le taillis se retrouvant fourré comme il l’était auparavant, les traces de ma tombe disparaissent de dessus la surface de la terre, comme je me flatte que ma mémoire s’effacera de l’esprit des hommes. » Rebelle ad vitam æternam.


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