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La toute dernière rencontre avec le représentant au commerce de Donald Trump fut « cordiale », « positive » même, plaidait à sa sortie le ministre canadien responsable de cette tumultueuse relation bilatérale, Dominic LeBlanc, qui pour le reste s’est montré, fidèle à son habitude, excessivement circonspect. Pas un mot ne serait prononcé quant à l’état des négociations commerciales avec les États-Unis, a-t-il insisté. À peine 24 heures ont toutefois suffi pour que les décisions politiques, de part et d’autre, laissent peu de doute quant au rapport de force hégémonique dictant encore à ce jour ces pourparlers.
D’abord, une nouvelle salve de tarifs douaniers annoncés par le représentant au Commerce Jamieson Greer, qui seraient imposés, à hauteur de 10 % à 12,5 %, à une soixantaine de pays — y compris le Canada (sauf sur ses biens exemptés en vertu de l’accord de libre-échange en cours de révision). Et ce, malgré les progrès des discussions pourtant vantés par le ministre LeBlanc. Puis, en guise de riposte à cette énième offensive commerciale américaine, une nouvelle capitulation canadienne — l’abandon de la hausse prévue des redevances exigées aux géants du Web et aux tech bros du président Trump afin de financer le contenu culturel canadien.
La décision du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) prise le mois dernier d’augmenter ultérieurement cette contribution de 5 % à 15 % devra être revue… à la baisse, ordonne à cet organisme indépendant le gouvernement de Mark Carney. Son ministre de la Culture, Marc Miller, assure qu’il ne renonce pas à l’idée de forcer les plateformes de diffusion en ligne à contribuer ainsi à la création canadienne. Les libéraux préféreraient cependant s’harmoniser davantage aux pays étrangers, plaide-t-il.
Or, l’Australie réclame certes entre 7,5 % et 10 % de leurs revenus aux GAFAM, mais la France en exige 20 %, l’Italie 16 % et l’Union européenne 30 %. Quand on se compare, voici maintenant qu’on se désole…
Le gouvernement canadien préfère en outre se priver des 2 milliards de dollars de redevances projetées par le CRTC, pour verser lui-même, aux frais des contribuables, 600 millions de dollars aux créateurs d’ici. Un raisonnement pour le moins étonnant. Sous prétexte, selon le premier ministre (ou serait-ce les conservateurs de Pierre Poilievre), d’épargner les abonnés de ces plateformes, à qui la facture serait inévitablement refilée. Une adéquation scandée, sans avoir pour autant été démontrée.
La farouche opposition de longue date des Américains aux lois de protection culturelle canadiennes et québécoises a en revanche maintes fois été clamée. Que ce changement de cap survienne au lendemain de pourparlers commerciaux à Washington est éloquent.
Que dire, de surcroît, des prétendues promesses de Mark Carney de ne jamais sacrifier la culture — ni la gestion de l’offre, d’ailleurs — sur l’autel du protectionnisme irréfrénable de Donald Trump ? Cette nouvelle volte-face ne laisse rien présager de rassurant pour la suite.
Les géants du Web ont maintes fois démontré, jusque devant les tribunaux, qu’ils n’auront jamais la prodigalité de payer leur juste part de leur propre gré. Le Canada, sous Mark Carney, courbe désormais l’échine. Et tant pis pour la volonté canadienne, de même que celle du Québec, de se prémunir contre l’américanisation de notre culture.
L’aplaventrisme de départ du premier ministre (en abandonnant les contre-tarifs canadiens et la taxe sur les services numériques, en investissant des milliards en défense ou pour céder aux lubies du président sur l’entrée de fentanyl à la frontière) fut suivi d’un bref et rafraîchissant élan de défiance (avec son grand discours de Davos). Force est toutefois de constater que Mark Carney renoue résolument avec l’apaisement (ou le renoncement) sans obtenir davantage de résultats pour l’instant.
Donald Trump brandit encore et toujours l’affront d’un 51e État. Bien qu’une possible détente se profile pour les secteurs de l’acier, de l’aluminium et du cuivre, le président s’apprête à ériger un autre mur tarifaire sous couvert de manquements des pays étrangers à prévenir l’importation de biens issus du travail forcé.
La réplique de Mark Carney fut à nouveau tout aussi immédiate que servile : la promesse d’un projet de loi canadien pour y remédier (alors qu’une loi de 2023 tarde encore à être mise en œuvre…). De quoi ravir l’impétueux président, qui dicte une fois de plus au Canada ses politiques intérieures.
Négocier avec un imprévisible et insatiable partenaire relève, pour toutes les capitales, de l’impossible. D’autant que le second gouvernement de Donald Trump s’est engaillardi. Un défi qu’a cependant sollicité Mark Carney. Or, la partie d’échecs de cette révision de l’Accord Canada–États-Unis–Mexique a beau ne pas être terminée — et même ne pas encore être formellement entamée —, un seul camp a jusqu’ici sacrifié ses pions à répétition. Et les offrandes sont de plus en plus préoccupantes.


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