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Édito - Le phénomène Céline Dion est, comme celui de The Cure, planétaire et intemporel.
Passer la publicité Passer la publicitéDe quoi Céline Dion est-elle le nom, le symptôme, l’allégorie ? De quoi tous ces musiciens qui mobilisent des foules immenses sont-ils le symbole, dans une époque qui n’en finit pas de démultiplier les flux de la musique, du streaming indolore et incolore à la profusion des morceaux créés par IA ? Ils sont nos derniers rocs, nos dernières certitudes. Il y a deux semaines à peine, à Rock en Seine, j’assistais au concert de The Cure, groupe légendaire apparu à la fin des années 1970 et devenu un mythe vivant, qui ne cesse de tourner, enregistrer, jouer, alternant chansons mélancoliques et ritournelles joyeuses. Le parc de Saint-Cloud était plus rempli que jamais, le public était dense, intense, rivé sur la musique et le chanteur, Robert Smith, âme du groupe, dont la silhouette, les traits – toujours maquillés – et les cheveux en pétard sont devenus les symboles d’une certaine forme de distinction.
Robert Smith et The Cure ont résisté à tout, et les concerts du groupe, plus que des messes, sont des processions de cathédrales.
Les chansons et le chanteur : c’est cela qui, d’abord, emballe désormais. Une façon de chanter, d’être au monde, de résister et dire à la vie que tout va bien, malgré tout. Robert Smith et The Cure ont résisté à tout, et les concerts du groupe, plus que des messes, sont des processions de cathédrales. Que dire alors de la série de concerts que Céline Dion va donner à Paris ? Un mois de salles combles, suivi par trois semaines en mai prochain. Qui a déjà fait cela, rassemblant autant ? Céline Dion est une miraculée : après la maladie, après le décès de son mari, après deux décennies de spectacles à Las Vegas qui en auraient détruit plus d’une, après la traversée des années, tout comme Robert Smith, elle demeure debout.
Et c’est cela qui importe chez les artistes, et me touche plus que tout, au-delà de mes goûts propres : comment fait-on pour durer, vieillir en gardant son âme, chanter comme s’il était toujours l’heure de l’adolescence ? Ce secret est peu partagé, parce que la plupart des artistes le brûlent vite en voulant tout, très vite. Céline Dion a traversé les apparences des ans, bâtit une carrière dont les pôles étaient à la fois ses chansons et sa personnalité, sa voix et son corps. Elle est une survivante des années 1980 et une continuité vers autre chose. Dans un monde qui n’en finit pas d’admirer le zapping perpétuel, elle devient, tout comme The Cure, une ancre, un phare dans la nuit, un moment d’attention et de concentration sur ce qui se déroule et tient la scène. Elle nous renvoie, au fond, le reflet ardent du titre d’un de ses plus grands tubes : I’m Alive – je suis vivante. Nous sommes vivants. C’est le dernier grand espoir, le plus beau de tous.


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