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Le 11 septembre, l’Église d’Angleterre avait remis à Hafiz Muhammad Tahir Mehmood Ashrafi le prix de Lambeth en faveur du dialogue entre les religions. Avant de faire machine arrière, jeudi, après la résurgence de déclarations du président du Conseil des oulémas du Pakistan.
Jeudi 17 septembre, les services de Sarah Mullally, archevêque de Canterbury et principale figure religieuse de l’Église d’Angleterre, ont annoncé le retrait de la distinction remise moins d’une semaine auparavant au religieux musulman Hafiz Muhammad Tahir Mehmood Ashrafi pour saluer son action en faveur des minorités chrétiennes. La cérémonie, distinguant les initiatives de réconciliation et de dialogue entre les religions, avait eu lieu le 11 septembre, vingt-cinq ans après les attentats d’Al-Qaïda qui ont fait près de 3000 morts aux États-Unis. La raison du retrait de cette distinction ? Le député conservateur Nick Timothy a signalé des déclarations de 2007 dans lesquelles Ashrafi, président du Conseil des oulémas du Pakistan, une organisation de savants musulmans, a tenu des propos à la gloire du djihadiste Oussam ben Laden, bien loin de l’esprit du prix anglican.
L’affaire tombe d’autant plus mal que Sarah Mullally vient à peine de prendre ses marques à Canterbury. Intronisée en mars devant quelque 2000 invités, dont le prince William et la princesse Catherine, elle est la première femme à diriger l’Église d’Angleterre. Les prix de Lambeth, du nom du palais londonien qui abrite les services de l’archevêque de Canterbury, sont remis en son nom : ceux décernés le 11 septembre étaient les premiers depuis son entrée en fonction. Jeudi, après avoir annoncé un examen urgent du dossier, Lambeth a donc confirmé le retrait du prix et en a informé le religieux. Le dialogue entre religions demeure nécessaire, insiste le palais.
À chacun son titre
Reste que les propos passés du religieux pakistanais sont accablants : en 2007, Londres avait décidé d’anoblir Salman Rushdie, l’écrivain britannique menacé de mort pour son roman «Les Versets sataniques», jugé blasphématoire par une partie du monde musulman, notamment au Pakistan. Il devenait ainsi «Sir» Salman Rushdie. En réaction, Ashrafi avait alors proposé de remettre à Oussama ben Laden, le chef d’al-Qaïda et responsable des attentats du 11-Septembre, «le plus haut titre pour un guerrier musulman», celui d’«épée de Dieu».
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Puisque l’Occident honorait Rushdie malgré l’offense ressentie par les musulmans, expliquait-il, il fallait distinguer un homme ayant combattu «pour l’islam contre les Russes, les Américains et les Britanniques». Ashrafi invoque aujourd’hui une comparaison, pas une approbation. Auprès de la BBC, il dénonce des propos «totalement sortis de leur contexte». Son organisation assure qu’aucun honneur réel n’était annoncé. Il s’agissait, selon elle, d’expliquer la blessure provoquée par l’anoblissement de l’écrivain.
Le choix et ses réserves
Pourquoi, dès lors, l’avoir choisi ? Pour expliquer son choix, Lambeth invoque un soutien de longue date aux minorités religieuses, reconnu notamment par l’Église anglicane du Pakistan. En 2012, Ashrafi avait défendu Rimsha Masih, une jeune chrétienne emprisonnée après de fausses accusations de blasphème, une infraction passible, selon les faits reprochés, de la prison à perpétuité ou de la peine de mort au Pakistan. En août 2023, après les attaques contre des Églises et des habitations chrétiennes à Jaranwala, il avait aussi réclamé que les responsables soient rapidement jugés. Son organisation avait également constitué un comité de 24 responsables musulmans et chrétiens pour favoriser le dialogue entre les deux communautés.
Ce soutien aux minorités n’est pourtant pas sans faille puisque Ashrafi ne souhaite pas abolir les lois sur le blasphème. Au Pakistan, celles-ci punissent notamment de la prison à perpétuité la profanation du Coran et de la peine capitale les outrages au prophète Mahomet. Le président du conseil des oulémas en défend le principe, estimant que cette législation empêche les habitants de se faire justice eux-mêmes. Il dénonce simplement les abus commis dans leur cadre de leur application, sans remettre en cause les textes en eux-mêmes.


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