Le corps, d’emblée. Enfermée dans une caisse de transport, comme on le fait pour les marchandises précieuses et les animaux sauvages. Rosalía en ballerine, tutu et pointes. En 1881, quand Edgar Degas expose sa Petite danseuse de 14 ans, un critique moque la laideur de «ce petit monstre qu’il faudrait mettre au zoo plutôt qu’au musée». En 2026, son double animé se retrouve adulé sur les plus grandes scènes du monde. Ouverture d’un concert programmatique où se lit une histoire des violences et des rébellions – des imaginaires projetés sur le corps des femmes.
C’est peu dire qu’elle était attendue comme le messie. Après la sortie d’un album si ambitieux qu’il pouvait effrayer (Lux), on se demandait quelle forme vivante pourrait prendre cette légende dorée des femmes saintes. Rosalía avait écumé les bibliothèques pour en extraire des mystiques allemande, indienne, ukrainienne: des prophétesses du détachement, de l’ascèse et parfois même de la mortification. Ryōnen Genzō, nonne zen de l’époque Edo, qui se brûle le visage à la chaux pour entrer dans un monastère où l’on refuse les femmes jugées trop belles. Rose de Lima, première sainte canonisée du continent américain qui dort sur une couche faite de morceaux de bois, de roches et de tessons de verre.


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