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À la fin des années 1870, l'expansion fulgurante des colons et l'avancée du chemin de fer dans l'Ouest canadien menacent directement le mode de vie traditionnel des Premières Nations et des Métis. Mais au-delà des rails et des convois, c'est une autre innovation technologique, plus discrète, mais tout aussi redoutable, qui s'apprête à faire basculer l'histoire : le télégraphe.
La disparition des bisons affame les Premières Nations et menace l'économie des Métis, dont la survie dépend du commerce et du transport des fourrures.
À partir de 1882, le gouvernement fédéral entreprend l'arpentage d'une partie des terres sans tenir compte de l'occupation historique des populations locales. En réaction, les Métis multiplient les lettres et les pétitions envoyées à Ottawa pour réclamer des titres de propriété officiels.
Face au manque de réceptivité du gouvernement fédéral, les Métis se tournent vers Louis Riel. Ils réussissent à le convaincre de revenir au Canada pour prendre la tête de la contestation.

Avant de rejoindre la résistance métisse, Louis Riel était en exil aux États-Unis depuis les années 1870 (Photo RA 22146)
Photo : Collection permanente des Archives provinciales de la Saskatchewan
L'insurrection est lancée
Louis Riel accepte l'invitation et prend la tête du mouvement de résistance.
Après plusieurs tentatives de négociations pacifiques demeurées infructueuses, les Métis décident de prendre les armes. En 1885, Louis Riel proclame la création d’un gouvernement provisoire à partir du district de Batoche.

Les conseillers et alliés principaux de Louis Riel comprenaient des chefs métis influents, des leaders autochtones et des membres de son gouvernement provisoire pour défendre les droits des Métis. (Photo RB 70)
Photo : Collection permanente des Archives provinciales de la Saskatchewan
Le gouvernement fédéral réagit promptement en dépêchant des milliers de soldats pour écraser la résistance métisse.
Les lignes télégraphiques, installées stratégiquement le long de la voie ferrée, deviennent alors l'arme secrète du Canada.
Elles permettent une transmission quasi instantanée des ordres militaires, facilitant ainsi la coordination de milliers de troupes et de matériel sur d'immenses distances.

La gare de Swift Current faisait partie des Territoires du Nord-Ouest et servait de base opérationnelle pour les télécommunications du gouvernement canadien pendant le conflit. (Photo : RB 3408)
Photo : Collection permanente des Archives provinciales de la Saskatchewan
Les tronçons du chemin de fer nouvellement achevés jouent également un rôle déterminant. Ils permettent de transporter à une vitesse sans précédent des soldats, des fournitures, de l'artillerie et du ravitaillement vers le front.

Une force d'environ 5000 soldats de l'armée canadienne aurait été mobilisée à l'époque. (Photo: RB 2056)
Photo : Collection permanente des Archives provinciales de la Saskatchewan
Winnipeg, le centre nerveux de la guerre de l'information
Pendant le conflit, Winnipeg devient le véritable centre nerveux des télécommunications. Les nouvelles du district de Batoche y sont immédiatement relayées, transformant la capitale manitobaine en un poste d'écoute stratégique crucial entre le front et le gouvernement fédéral.
Aujourd'hui encore, le registre des télégrammes de l'époque témoigne de cette effervescence. On y retrouve de nombreux messages provenant du poste de Clark’s Crossing, situé près de Batoche.
Ces archives révèlent l'urgence des combats : des demandes de munitions, des rapports détaillés sur les blessés et des comptes rendus sur les mouvements de troupes.

Patricia Choppinet indique qu’il n’était pas rare à l'époque que les compagnies de chemin de fer, comme le Canadien Pacifique, gèrent les lignes télégraphiques. (Photo: A004305)
Photo : Collection permanente des Archives provinciales de la Saskatchewan
John M. Egan et Frederick Middleton : les architectes de la riposte
Outre les télégrammes de John M. Egan, surintendant du Canadien Pacifique, les archives regorgent de messages émis ou reçus par le général Frederick Middleton.
En tant que commandant en chef de l’armée canadienne, Middleton utilisait ce flux constant d'informations pour ajuster ses tactiques de guerre en fonction de l'évolution de la résistance sur le terrain.

Le 9 mai 1885, les troupes du Général Frederick Middleton attaquèrent environ 350 Métis à Batoche.
Photo : Collection permanente des Archives provinciales de la Saskatchewan
Au fil des dépêches, on voit défiler les noms des acteurs clés qui ont marqué l'histoire de la Résistance du Nord-Ouest. Les télégrammes mentionnent les chefs des Premières Nations, tels que Pasqua, Big Bear (Mistahimaskwa) et Poundmaker (Pîhtokahanapiwiyin), dont les actions étaient surveillées de près par Ottawa.
Les communications révèlent également les échanges stratégiques entourant les deux figures de proue de la résistance métisse, Louis Riel et son chef militaire Gabriel Dumont, alors que le premier ministre Sir John A. Macdonald suivait chaque développement depuis la capitale.
Ces télégrammes retracent vraiment des événements importants de cette période, comme l'annonce de la capture de Louis Riel en mai 1885. Pour la première fois au Canada, une défaite militaire est annoncée presque instantanément à travers tout le pays grâce à ce système de communication, indique Patricia Choppinet, archiviste de référence pour les Archives provinciales de la Saskatchewan.
Le miracle de l'Indiana : un trésor retrouvé dans un garage
Aujourd'hui, ce registre rejoint le journal intime de Louis Riel dans les collections permanentes des Archives de la Saskatchewan.
Il a été remis par Gary Rollins, un passionné d’histoire résidant dans l’État de l’Indiana, aux États-Unis.
L'existence même de ce livre est un miracle. Il a traversé le siècle pour finir dans un garage à des milliers de kilomètres du Canada.
En trouvant ce registre, Gary Rollins savait qu’il tenait entre ses mains un témoin clé d’un événement historique majeur.
Je n’avais aucune idée de qui était Louis Riel, mais en voyant les dates et en faisant un peu de recherche, j’ai compris que c’était important et qu’il fallait le rapporter.

Garry Rollins a remis le registre à Catherine Holmes, employée des Archives provinciales de la Saskatchewan, pendant un voyage de l’Indiana vers l’Alaska en 2015.
Photo : Gracieuseté de Garry Rollins
Ce registre a désormais rejoint la collection permanente des Archives de la Saskatchewan, aux côtés du journal intime de Louis Riel et des écrits de Gabriel Dumont.
Ensemble, ces documents offrent une vision plus complète d’une vérité historique longtemps fragmentée, permettant enfin de réconcilier les faits techniques avec le vécu de ceux qui ont habité cette résistance.


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