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La santé publique régionale réitère ses préoccupations sur le report des exigences environnementales imposées à la Fonderie Horne.
Québec prévoit prolonger l’autorisation ministérielle de la Fonderie jusqu’en 2033 et de repousser l’échéancier prévu pour la baisse des émissions d’arsenic et d’autres contaminants.
Selon la Direction de la santé publique de l’Abitibi-Témiscamingue, les nouveaux amendements proposés par Québec auraient comme conséquence de retarder de deux ans l’atteinte d’une moyenne annuelle de 15 nanogrammes d’arsenic par mètre cube d’air (ng/m3) à la station légale située près de l’usine, une cible déjà cinq fois plus élevée que la norme provinciale.

La Dre Omobola Sobanjo est directrice de la Santé publique en Abitibi-Témiscamingue. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Emily Blais
L’amendement repousserait également de 30 mois l’entrée en vigueur des normes concernant le dioxyde de soufre (SO2), les valeurs journalières associées à six métaux (cuivre, nickel, zinc, arsenic, cadmium, plomb) et aux particules fines, ajoute la directrice de santé publique Omobola Sobanjo, dans une lettre datée du 20 mars obtenue par Radio-Canada.
De nouveaux délais pour les cibles journalières
L’autorisation ministérielle signée en 2023 prévoyait pour la première fois l’instauration de cibles journalières, pour éviter des pics de concentrations de contaminants, comme c’est arrivé dans le passé. En 2023, par exemple, le taux d’arsenic avait dépassé les 1000 ng/m3 pendant une journée entière.
Le report de l’atteinte des cibles pour l’arsenic et le plomb exposerait des cohortes d’enfants supplémentaires à un niveau de contamination environnementale ne permettant pas d’exclure le risque d’effets neurodéveloppementaux, explique la Dre Sobanjo, en rappelant que ces inquiétudes pour les enfants avaient déjà été soulevées l’automne dernier.

Une future zone tampon sera créée à Rouyn-Noranda pour éloigner les habitations près de la Fonderie. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Clara Fortin
Celle qui a été officiellement nommée directrice de la santé publique en décembre, après 10 ans comme médecin-conseil, croit aussi que les risques sur la santé sont sous-estimés.
Une prolongation des échéanciers fondée uniquement sur le risque cancérogène par inhalation ne permet pas une appréciation globale et prudente des risques. Elle occulte la réalité d’expositions multiples à plusieurs métaux, aux effets potentiellement additifs ou synergiques, ainsi que la diversité des voies d’exposition, conduisant à une sous-estimation du risque sanitaire réel dans un contexte environnemental unique au Québec, ajoute-t-elle.
Perte de confiance
La santé publique régionale alerte aussi le ministère de la Santé sur les effets psychosociaux des accommodements qui pourraient être donnés à la Fonderie Horne, au moment où la population est divisée.
Le report de l’atteinte des cibles est susceptible d’entraîner des conséquences, notamment de prolonger les risques sanitaires déjà présents, d’amplifier certains impacts sociaux et psychologiques au sein de la population, et de fragiliser davantage le lien de confiance entre la population, les instances décisionnelles et l’entreprise, exprime Dre Sobanjo dans sa lettre.

Le report fragilise le lien de confiance entre la population, l’entreprise et les autorités, selon la santé publique. (Photo d'archives)
Photo : Radio-Canada / Emily Blais
Elle s’inquiète également du report des cibles pour le dioxyde de soufre (SO2), qui occasionne régulièrement des épisodes de mauvaise qualité de l’air à Rouyn-Noranda.
Bien que les dépassements soient de courte durée, les concentrations observées lors d’émissions fugitives ou de rabattement du panache peuvent être suffisamment élevées pour présenter un risque d’effets respiratoires chez la population exposée, en particulier chez les enfants, les personnes asthmatiques et les personnes âgées. Enfin, les odeurs et les symptômes irritatifs du SO2 nuisent à la qualité de vie et peuvent accentuer les impacts psychosociaux; retarder l’atteinte de la norme revient à prolonger l’ensemble de ces effets, conclut Dre Sobanjo, qui s'engage à travailler avec le gouvernement du Québec et l’entreprise.
Avec les informations de Thomas Gerbet


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