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Il aura fallu trois renouvellements des contrats de l’entreprise Palantir avant que les services secrets français opèrent une vraie volte-face en décidant d’arrêter l’utilisation des logiciels de surveillance et d’analyse américains pour privilégier une entreprise française.
Mondo Guest - Hier à 20:40 - Temps de lecture :
« Nous ne pouvons pas accepter de nouvelles dépendances stratégiques. » Après avoir annoncé 665 millions d’euros d’investissement dans l’intelligence artificielle, le Premier ministre Sébastien Lecornu a acté ce mardi la rupture contractuelle de la DGSI avec la société américaine Palantir, pour lui préférer son homologue tricolore ChapsVision.
C’est un véritable virage qu’opère le gouvernement français. Palantir collabore avec les services secrets français depuis 2016 et a vu ses contrats renouvelés trois fois, en 2019, 2022 et 2025. Et il y a moins d’un mois, le 27 mai, le ministre de l’Intérieur Laurent Nuñez justifiait ainsi ce renouvellement : « Les capacités de traitement des données dans des conditions optimales » proposées par Palantir sont « les seules capables de répondre au cahier des charges de la DGSI ». Pourtant, au même moment, le Bundeswerhr (les services secrets allemands) se tournait vers la société française Chapsvision, assumant la nécessité de se sevrer des gigantesques capacités de calcul de Palantir, malgré leur efficacité, pour leur préférer une interdépendance européenne.
Fondée directement en 2003 par le fonds d’investissement de la CIA, Palantir conçoit des logiciels spécialisés dans la capacité de calcul et d’analyse de données à partir de procédés construits sur l’intelligence artificielle. Surveillance généralisée, militarisation de l’IA, automatisation de la reconnaissance faciale, calculs probabilistes sur le lancement de frappes anti-terroristes, Palantir s’est peu à peu imposé comme le prestataire de référence des services de sécurité, de défense et de renseignement européens.
Palantir a été fondée par Peter Thiel (milliardaire cofondateur de PayPal avec Elon Musk, mentor de J. D. Vance ayant financé sa candidature à la vice-présidence américaine à hauteur de 15 millions de dollars) et par Alex Karp (doctorant en philosophie assumant sans détour la volonté de militariser davantage les États-Unis). Leur proximité idéologique et leur soutien quasi-direct à l’administration Trump alimente de nombreuses controverses. Plus encore, le glissement idéologique à tendance antidémocratique derrière Palantir inquiète.
Un manifeste idéologique pour la domination de l’Occident
Le 18 avril sur X, Palantir publie un manifeste de ses ambitions pour le monde occidental. Au-delà de l’affirmation d’un patriotisme se réclamant héritier des attentats du 11 septembre 2001, le manifeste affirme un exceptionnalisme américain, voire un mépris pour l’étranger : « Certaines cultures ont produit des avancées vitales ; d’autres demeurent dysfonctionnelles et régressives. Toutes les cultures seraient désormais égales. […] Ce nouveau dogme passe sous silence le fait que certaines cultures ont produit des merveilles. D’autres se sont révélées médiocres, et pire, régressives et nocives. »
On y retrouve également la nécessité d’abandonner certains de nos principes démocratiques pour affirmer une volonté de puissance de l’Occident : « Nous devons résister à la tentation superficielle d’un pluralisme vide et creux. » Le manifeste a provoqué de vives inquiétudes, dans les médias comme sur les réseaux sociaux, jusqu’à des personnalités françaises catégorisées à l’extrême droite. En France, de nombreuses voix, d’ordinaire dissonantes, semblent requérir une prise de distance vis-à-vis des idées avancées par Palantir. Ces critiques ont-elles participé à la décision du gouvernement ?


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