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Quel Québec choisiront les électeurs en octobre ? L’équipe éditoriale réfléchit aux chantiers qui nourriront le menu législatif des prochaines années. Cette semaine, la vie chère qui effrite la justice sociale.

Le Québec se targue, avec la plus grande des fiertés, d’être une société bienveillante. Une social-démocratie au filet de sécurité si bien ficelé qu’il fait l’envie de plusieurs. La vie chère frappe cependant ici comme partout ailleurs, creusant des inégalités qui fracassent de désolants records. Des familles, et des enfants, contraintes d’affronter leur quotidien le ventre vide. Des travailleurs aux finances malgré tout à sec, qui ne sont qu’à un revers d’être forcés de se réfugier sur le canapé d’un ami ou, pire, d’échouer dans la rue. Le contrat social national s’effrite sous nos yeux, ce qui révèle peu à peu une détresse sociale grandissante.

Non pas que les gouvernements aient été insensibles à cette lente déliquescence. Leurs efforts successifs ont toutefois failli à consolider les fondations de l’État-providence, insuffisants et inefficaces pour endiguer cette double crise, résidentielle et alimentaire, qui sévit sur le palier collectif. La hausse constante du coût des logements, conjuguée à leur pénurie, est imbriquée à l’inflation galopante des prix de l’alimentation. Les budgets de toujours plus de Québécois s’en trouvent si serrés que celui de l’épicerie finit par être rogné, plus facile à amputer qu’un loyer à payer.

Au-delà des prévisibles promesses de chèques électoralistes à gros prix que l’on nous fera sans fournir de réel répit, l’heure est à une bonification du soutien gouvernemental, à une aide épargnée par les compressions.

Le pouvoir d’achat des Québécois continue certes de croître malgré l’inflation, mais cette dernière frappe plus durement les postes de dépenses des moins nantis. Le logement et l’alimentation, des coûts desquels l’augmentation surpasse celle de l’indice des prix à la consommation, accaparent 50 % du budget de base du quintile inférieur des tranches de revenus, contre moitié moins (22 %) pour le quintile des plus riches. Tandis que ces derniers ont vu leur revenu disponible augmenter, celui des plus pauvres a quant à lui reculé, rapporte l’Observatoire québécois des inégalités.

Les difficultés du moment frappent néanmoins sans discernement toutes les couches de la société. Non moins d’un Québécois locataire sur cinq peine à payer son loyer. L’itinérance explose aux quatre coins du Québec, bien au-delà des campements de tentes multicolores parsemant les grandes villes. Une proportion identique (20 %) vit par ailleurs dans l’insécurité alimentaire — 31 % des locataires du Québec, 35 % des citoyens les plus pauvres, 18,5 % de la classe moyenne, 18,6 % des personnes en emploi, toujours selon l’Observatoire québécois des inégalités. Les banques alimentaires s’échinent à répondre à cette demande irrassasiable, qui se chiffrait l’an dernier à 3,1 millions de requêtes par mois. Plus du tiers d’entre elles étaient nécessaires pour nourrir des enfants…

Les voies de sortie de crise ont pourtant au fil des ans fait leurs preuves. Bien que l’insécurité alimentaire frappe douloureusement les ménages prestataires de l’assurance sociale (42 % en souffrent), l’augmentation de ce taux fut moitié moins élevée que le bond dans l’ensemble de la population. Une démonstration de plus, s’il en fallait encore une, qu’un filet de sécurité social structurant porte fruit.

Une bonification des programmes sociaux, qui devraient de surcroît être mieux ciblés, ne saurait que soulager encore davantage ceux qui en ont le plus besoin. Pourquoi pas rehausser le crédit d’impôt pour solidarité, ou des mesures offrant un soutien semblable inestimable aux moins nantis qui peinent à joindre les deux bouts sans avoir tous les mois la peur au ventre ? Ou encore l’aide aux banques alimentaires, ce qui leur assurerait une précieuse prévisibilité et non plus un répit provisoire au gré des urgences ? Maîtriser le prix du panier d’épicerie ou s’attaquer à la tarification dynamique, bien qu’autrement complexe, apporterait en outre à tous un baume salutaire.

Les leviers de riposte à la crise de l’itinérance, en sus d’un parc de logements abordables qui ne soit plus déficient, sont eux aussi reconnus. Des programmes de supplément au loyer, d’hébergement transitoire lié au Projet de réaffirmation en itinérance et santé mentale (PRISM), ou de réinsertion sociale, comme le village de conteneurs Transitiôn de Gatineau, devraient être reproduits au-delà des agglomérations urbaines du Québec. Ce que pourrait inspirer et permettre de coordonner un grand sommet national de concertation sur l’itinérance, comme proposé dans Le Devoir par l’ex-première ministre Pauline Marois et ses cosignataires, afin de donner l’impulsion à un indissociable continuum de solutions.

Contre de telles crises multifactorielles aussi complexes, il n’y aura point de recettes magiques permettant de réparer les mailles d’un filet social troué jusqu’à échapper un nombre croissant de membres de la société. Il est toutefois grand temps que le Québec ose renouer avec l’audace d’être à la hauteur de ses ambitions. De même qu’avec celle d’ériger la solidarité nationale au rang de ses plus grandes priorités.

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