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L’initiative d’une pharmacie de Shawinigan prend de l’ampleur à l’échelle provinciale. Depuis deux semaines, la pharmacie de Michaël Tourigny, dans le secteur de Shawinigan-Sud, vend les produits menstruels à prix coûtant, sans profits ni frais de service, pour contrer la précarité menstruelle.
Ça s’est vraiment répandu comme une trainée de poudre, laisse tomber le pharmacien propriétaire. Deux semaines plus tard, 27 pharmacies des quatre coins du Québec emboîtent le pas, de Gatineau, Pohénégamook, Maniwaki, Montréal et le Saguenay-Lac-Saint-Jean.
Dix jours seulement après le coup d’envoi, les ventes ont bondi de 400 %. Preuve significative que cette mesure répond à un besoin. Afin d'accommoder le maximum de personnes, l’entreprise de Shawinigan affiche toujours le prix le plus bas entre celui coûtant et celui de la circulaire.

Michaël Tourigny est l'initiateur du mouvement dans sa pharmacie dans le secteur de Shawinigan-Sud.
Photo : Radio-Canada / Martin Chabot
La précarité menstruelle, non visible sur la facture
Selon les récentes données du gouvernement du Canada, une personne sur cinq qui a ses menstruations dit qu'elle pourrait ne pas avoir les moyens d'acheter des produits menstruels au cours des 12 prochains mois.
Un enjeu réel qui, selon la directrice du Centre de femmes de Shawinigan, Stéphanie Bédard, mérite réflexion. Elle avance trouver discriminant le fait de devoir débourser pour des produits essentiels. Les menstruations, ça vient avec le fait d’être une femme, donc déjà c’est discriminant cette taxe rose [...] À mon sens, c’est un peu de l’abus, déplore-t-elle.
Au pays, 17 % des personnes qui ont leurs menstruations ont connu la précarité menstruelle. Un pourcentage loin d’être visible sur la facture. Selon les plus récentes données, donc bien avant l’inflation, une personne pouvait dépenser jusqu’à 6000 $ en produits menstruels au cours de sa vie.
Un mouvement, plusieurs initiatives
Un changement de société de la sorte ne se fait pas du jour au lendemain. Pour éliminer les tabous et l’iniquité, tous s’entendent pour dire qu’il faut en parler. De voir qu’une pharmacie [d’ici] a soulevé cet enjeu-là aussi, ça veut dire qu’on s’attarde aux bons enjeux. Ça me rend très fière, indique Stéphanie Bédard.
Le mouvement local prend de l’ampleur, sous différentes formes. Certains ont décidé de faire autre chose. J'ai eu des discussions avec de nombreux propriétaires qui me disaient “Je ne peux pas embarquer, dans ce mouvement-là, mais, de mon côté, je vais dans les écoles, je remets des produits sanitaires aux jeunes femmes, je vais dans des organismes d'aide aux femmes en situation de précarité”, donc il y a des gens qui s'impliquent autrement, explique-t-il.
Un pharmacien-propriétaire de Trois-Rivières, Vincent Vandal, dont le commerce se trouve à mi-chemin entre un quartier très aisé et un quartier plus défavorisé, se joint au mouvement et choisit, lui aussi, de diminuer la facture à la caisse de 15 à 20 %.
C'est important pour nous de se positionner par rapport à ça, puis de montrer qu'on est conscients de l'enjeu, qu'on veut faire notre part, explique-t-il.

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Le reportage de Cassandre Forcier-Martin
Photo : Radio-Canada / Abigaëlle Gladu


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