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Relancer bobsleigh, luge ou skeleton au Québec, pas une mince affaire

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Pendant plusieurs décennies, en Amérique du Nord, il n'était possible de pratiquer le bobsleigh, la luge et le skeleton qu’à un seul endroit : à Lake Placid, à moins de 200 kilomètres de Montréal. Une proximité géographique qui a longtemps servi le Québec.

Puis, s’en est suivi la construction d’une piste à Calgary, pour les Jeux olympiques de 1988, d’une autre dans l’État de l’Utah, en 1997, et à Whistler, en Colombie-Britannique, 10 ans plus tard.

Depuis, c’est surtout l’Ouest du pays qui fournit les équipes canadiennes en bobsleigh, en luge et en skeleton.

Les médaillés olympiques en bobsleigh Pierre Lueders et Kaillie Humphries sont nés en Alberta, tandis que Justin Kripps a grandi en Colombie-Britannique. Aux derniers Jeux d'hiver, à Pékin, en 2022, la majorité des représentants du Canada provenaient de l’Ouest, avec quelques exceptions provenant de l’Ontario. Samuel Giguère était à l’époque le seul athlète du Québec. Le portrait est semblable dans les deux autres sports.

La situation désole le nouveau directeur de l’association provinciale de bobsleigh, Anthony Couturier. Le mois dernier, l’ancien membre de l’équipe nationale a décidé de reprendre les rênes de l’organisation, de façon bénévole.

L’association était en dormance depuis quelques années déjà. Il y a beaucoup de travail [à faire] pour remettre tout ça sur pied, dit-il en entrevue avec Radio-Canada Sports. On n’est pas à la course, on prépare surtout la saison 2026-2027 plutôt que celle en cours.

Un homme sourit.

Anthony Couturier

Photo : Courtoisie / Anthony Couturier

Selon lui, il existe un bassin inexploité d’athlètes au Québec qui pourraient prêter main-forte aux équipes canadiennes. Cette année, quatre athlètes de la province ont été sélectionnés pour les Jeux olympiques de Milan-Cortina.

La majorité des années où j’étais dans l’équipe nationale, j’étais souvent le seul, ou on était deux, maximum. Il y a donc un engouement qui recommence, même sans organisation provinciale pour les soutenir. C’est un aspect très positif pour le bobsleigh au Québec, et il y a un bon momentum avec l’arrivée de ces Québécois-là, mentionne le Louperivois, qui est passé au bobsleigh après une carrière universitaire au football.

Parmi ses projets : bâtir des ponts avec les installations de Lake Placid afin de permettre à des athlètes de l’Est du pays de s’y rendre. On regarde la possibilité de s’associer avec l’Ontario pour offrir des écoles de pilotage à Lake Placid, confirme-t-il.

Les athlètes sont là

S’il n’est pas possible d’effectuer des descentes, à proprement parler, au Québec, la province dispose néanmoins d’un centre d’entraînement de haut niveau à Waterloo, en Estrie.

Peu de gens le savent, mais on a la seule piste de poussée dans l’est du Canada, à Waterloo, au Québec, mentionne l’ancien de l’Université McGill. Ce n’est pas une piste complète pour la descente, mais pour le développement des freineurs, c’est un outil indispensable : toucher un traîneau pour la première fois, apprendre les angles de poussée, avant de se présenter pour les tests de l’équipe nationale.

La piste a été inaugurée il y a 10 ans maintenant – et les retombées se font ressentir tranquillement en bobsleigh.

En skeleton, les Québécois et Québécoises sont encore plus rares.

Six lugeurs canadiens célèbrent leur réussite.

Les lugeurs canadiens ont remporté une médaille de bronze aux derniers mondiaux, en février dernier.

Photo : La Presse canadienne / Darryl Dyck

Jean Riendeau, ancien directeur de l’association albertaine de skeleton, a plusieurs hypothèses pour expliquer cette absence. Il se tourne vers son propre passé d’athlète pour exposer la première.

J’ai commencé en luge avant de faire les deux autres sports. C’est souvent en luge qu’on forme d’abord de futurs bons athlètes en skeleton et en bobsleigh, explique-t-il.

Contrairement au skeleton et au bobsleigh, qui sont des sports à vocation tardive, la luge est enseignée très jeune.

Les lugeurs doivent maîtriser plus de domaines en même temps. En bob, tu es assis, tu vois devant toi. En skeleton, tu es couché sur le ventre, avec des protections. La luge est plus rapide, plus fragile. Il faut maîtriser plus d'aspects en même temps, ajoute celui qui a été entraîneur au niveau junior pour l’équipe française, et qui a aussi travaillé pour l’équipe slovaque.

Quatre hommes posent pour la caméra, l'hiver, à l'extérieur.

Jean Riendeau (à droite) avec quelques-uns de ses élèves.

Photo : Jean Riendeau

Ce qui fait que quand ta carrière en luge est terminée, tu peux facilement passer au skeleton. C’est ce que j’ai fait.

Mais il n’y a pas, à l’heure actuelle, de formation de luge qui se donne au Québec, à son grand désarroi. Pendant une certaine période, la luge était administrée par la fédération de ski, et ç'a disparu.

À un moment, c’était très populaire au Québec, dans les années 1980, avec Marie-Claude Doyon, de Sherbrooke, qui a fait les Jeux olympiques de Calgary. Ensuite, Jean Doyon était avec moi, en France, pour les Jeux de 1992. Il y avait tout un groupe de Sherbrooke. Quand ce groupe a terminé, il n’y a jamais rien eu après.

Sans organisation qui chapeaute la luge à travers la province, Jean Riendeau s’en remet au skeleton et au bobsleigh. C’est plus facile de partir un programme pour ces sports. Les athlètes sont recrutés à une autre étape de leur vie, à un moment où ils sont prêts à déménager pour leur carrière.

Un lugeur en pleine course.

Jean Riendeau aux JO de 1992

Photo : Jean Riendeau

Il appuie les propos d’Anthony Couturier soutenant qu’il existe un grand bassin de talents potentiels au Québec.

J’en vois beaucoup ici qui ont le potentiel. Qui viennent d'autres sports, du cyclisme, notamment, dit-il. Mais il y a des obstacles. Un skeleton, ça peut coûter entre 15 000 $ et 20 000 $ aujourd’hui. C’est un sport peu visible, qui fait peur, car ça va vite.

Le retour sur les rails d’une association québécoise de bobsleigh est donc une bonne première étape, et il espère voir une fédération provinciale voir le jour, ensuite. Il envisage aussi la création d’un programme sport-études, qui permettrait à des athlètes d’étudier à l’étranger, près des pistes de Lake Placid ou de Whistler.

Anthony Couturier évoque aussi comme stratégie de resserrer les liens avec les institutions scolaires. Après ma carrière au football, j’avais encore la fibre compétitive. J’ai pu faire plusieurs années dans l’équipe nationale. Je trouve ça important d’informer les athlètes que ce parcours est possible, qu’il existe.

Les hommes célèbrent leur performance en sortant de leur bob.

Anthony Couturier avec ses coéquipiers Taylor Austin, DeVaughn McEwan et Shaq-Murray Lawrence en Allemagne, en mars 2024

Photo : Getty Images / Lars Baron

Il espère aussi profiter des prochains Jeux olympiques pour recruter davantage de talents. Cet été, on va organiser des camps d’introduction à la poussée de bobsleigh à Waterloo, en Estrie. Ces camps sont une belle porte d’entrée.

Je suis un rêveur. J’essaie de redonner ce que j’ai reçu. J’ai aidé des athlètes de petits pays à accéder aux Jeux. On peut faire la même chose au Québec, conclut Jean Riendeau. Tout est possible si on se dote des bons outils et des bonnes personnes. Les athlètes sont là.

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