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RDS, Sportsnet, TSN, TVA Sports, Amazon Prime : les amateurs de hockey de la LNH au pays doivent s'attendre à s'abonner à au moins trois chaînes ou plateforme différentes pour regarder tous les matchs de leur équipe préférée. Fini Hockey Night in Canada qui diffusait des matchs gratuitement à CBC le samedi soir.
Le Torontois Stéphane Demers est un amateur des Maple Leafs. Il dépense environ 200 $ par mois pour un forfait Internet, téléphone à la maison et télé avec Rogers, qui inclut les chaînes Sportsnet, TSN et TVA Sports.
Même à ce prix, il ne peut pas regarder tous les matchs des Leafs, en raison des restrictions régionales de diffusion, notamment.

L'amateur des Maple Leafs Stéphane Demers accuse les ligues sportives d'exagération, en matière de droits de diffusion, forçant les amateurs à payer plus pour regarder les matchs.
Photo : Fournie par Stéphane Demers
Il refuse de payer 35 $ de plus par mois pour la plateforme Sportsnet+, qui offre encore plus de matchs.
Je donne déjà beaucoup d'argent à Rogers!
Il devrait aussi débourser 10 $ mensuellement pour Amazon Prime, afin de regarder les matchs du mercredi soir, mais affirme qu'il veut éviter ces grosses compagnies-là.
Si on veut pointer le doigt, je dis que c'est les ligues professionnelles qui exagèrent. Ils signent des gros contrats avec des chaînes nationales. Après ça, ils signent d'autres contrats avec des chaînes locales ou régionales. On voit ça dans tous les sports, dénonce M. Demers.
Où regarder les Leafs, le CH et les Oilers?
| Maple Leafs | TSN, Sportsnet, TVA Sports, Prime |
| Canadien | Sportsnet, TSN, RDS, TVA Sports, Prime |
| Oilers | Sportsnet, TVA Sports, Prime |
L'an dernier, Rogers a signé un contrat de 12 ans avec la LNH, d'une valeur de 11 milliards de dollars, pour la diffusion des matchs au Canada. Ces droits sont plus élevés que ceux payés par les diffuseurs américains, souligne Philippe-Antoine Lupien, professeur à l'École des médias de l'UQAM.
Le sport, plus pour les pauvres
Les équipes de sport professionnel ciblent les classes aisées, affirme le professeur Lupien de l'UQAM, pas seulement la LNH.
Aux États-Unis, par exemple, si vous êtes à New York et vous voulez regarder des matchs de baseball, vous devez avoir à peu près cinq abonnements, raconte-t-il.
Les grandes ligues sportives à travers le monde, qui cherchent constamment à maximiser leurs revenus, ont décidé que c'était un privilège [de voir les matchs].
Le salaire des joueurs augmente, le prix de l'exploitation d'une équipe sportive augmente et donc les coûts augmentent. Et les spectateurs doivent payer plus. Le sport n'est plus un divertissement pour les classes pauvres, raconte-t-il.

Les équipes sportives ciblent les mieux nantis, affirme le professeur Philippe-Antoine Lupien. (Photo d'archives)
Photo : La Presse canadienne / Rich Lam
Ce qui est nouveau cette saison pour la LNH au Canada :
- La fin de Hockey Night in Canada à CBC, qui diffusait des matchs gratuitement le samedi soir;
- La place grandissante de Prime (Amazon), qui diffuse des matchs le mercredi soir. Ce joueur web américain vient « tranquillement transformer le marché tel qu'on le connaissait », note le professeur Lupien.
Pour Amazon, c'est une manière d'attirer des clients pour leur service principal qui n'est pas la diffusion de matchs sportifs, c'est vraiment la livraison de colis, de produits de consommation, soutient-il.
Bonne nouvelle pour le hockey féminin
CBC ne diffusera plus de matchs de la LNH cette année, mais s'est entendue avec la Ligue professionnelle de hockey féminin (LPHF) pour présenter des matchs de la LPHF le samedi soir, dans le cadre d'une nouvelle mouture de Hockey Night in Canada.
Les matchs de la Victoire de Montréal seront par ailleurs diffusés à la radio de Radio-Canada. Certains matchs seront aussi télédiffusés le week-end à Radio-Canada.
C'est très positif, selon le professeur Lupien. Dans le cas d'une ligue de hockey qui en est à ses premières années, la télévision gratuite va créer un engouement, croit-il.

France Bergeron est une grande amatrice de la Charge et de la Victoire, mais elle admet que son passe-temps lui coûte cher.
Photo : Fournie par France Bergeron
France Bergeron, qui habite à Ottawa, est une amatrice de la Victoire et de la Charge. Elle a des abandonnements annuels pour voir les matchs à domicile, mais, pour les autres matchs, elle planifie s'abonner à nouveau à Sportsnet cette saison, en plus de son compte existant avec TSN/Crave (elle regarde les matchs en anglais).
Ça m'intéresse énormément le hockey, je ne veux rien perdre. Mais ça finit par coûter cher de voir nos équipes jouer.
Au total, l'ancienne hockeyeuse de l'Université Laval débourse une cinquantaine de dollars par mois pour ses chaînes sportives, et elle ne regarde que le hockey féminin.
Quand j'étais jeune, tu regardais Hockey Night in Canada [La Soirée du hockey], puis c'était gratuit sur Radio-Canada, raconte-t-elle.
Jusqu'à combien paieront les amateurs?
Si c'était comme 100 $ par mois, j'y penserais à deux fois, affirme Mme Bergeron.
Richard Powers, professeur à l'École de gestion Rotman de l'Université de Toronto, pense que les chaînes sportives font face au risque de se mettre les amateurs à dos, avec la multiplication des abonnements.
[Ces diffuseurs] misent sur le fait que le hockey est un sport tellement ancré dans la culture canadienne que les gens vont payer ces frais supplémentaires. Je n'en suis pas convaincu.
Il est particulièrement sceptique quant à la jeune génération qu'ils essaient de fidéliser, ajoutant que certains jeunes regardent plutôt les matchs illégalement sur Internet.

La Victoire de Montréal a remporté la Coupe Walter lors de la dernière saison. (Photo d'archives)
Photo : Photo soumise par Victoire de Montréal
Ça dépend de son attachement personnel à une équipe sportive, dit Benoît Girardin, professeur à l'Université McGill et propriétaire de la firme de consultants LBB Stratégies. Par exemple, il n'a pas voulu sortir de son câblodistributeur et s'abonner à Apple TV, pour continuer à regarder les matchs du CF Montréal, mais il demeure fidèle à TVA Sports et RDS pour le Canadien.
On est habitués aux commentateurs, aux animateurs. Ça fait partie de l'expérience. On est bien là-dedans.
Les diffuseurs misent sur l'attachement des amateurs à leur équipe, selon le professeur Lupien.
Quand on est fan d'une équipe sportive comme le Canadien de Montréal ou la Victoire, qui viennent forger notre identité, on est prêts à payer de plus en plus cher pour avoir accès aux images du sport.
Quelle sera la ligne de rupture [en matière de frais]? On va le savoir quand les gens vont se désabonner ou se désaffilier de leurs équipes et de ces services-là, répond le professeur Lupien.
Avec la collaboration de Charley Dutil


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