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Réchauffement climatique : le constat de ces chercheurs est sans appel... La nature a déposé les armes

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Imaginez un moteur qui serait capable de remplacer sans cesse ses pièces usées pour continuer d'avancer. C'est un peu ce qui existe dans la nature. Elle remplace les espèces. Elle les renouvelle. Mais si ce moteur, pourtant bien huilé, venait à caler pile au moment où notre climat s'emballe ?

C'est ce que laissent craindre les conclusions de l'analyse de millions de données recueillies sur 50 000 espèces au cours du siècle écoulé. Passée la surprise, les chercheurs entrevoient la cause de la panne. Et personne n'a vraiment envie de l'entendre...

On se figure assez facilement que le renouvellement des espèces puisse être le résultat de facteurs environnementaux. Mais ce qu'on soupçonne peut-être moins, c'est qu'aux yeux des scientifiques, des dynamiques internes aux écosystèmes peuvent aussi intervenir. Plus encore, pour eux, l'importance relative de ces deux phénomènes dans le remplacement observé des espèces demeure incertaine.

 l’avenir d’une société humaine viable n’est plus garanti. © XD avec ChatGPT
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Pour tenter d'y voir plus clair, des écologistes de l'université Queen Mary de Londres (Royaume-Uni) ont analysé une immense base de données mondiale. BioTIME renferme des millions d'informations soigneusement organisées sur la biodiversité des écosystèmes marins, d'eau douce et terrestre et sur ses évolutions au fil du temps. Ce que les chercheurs ont constaté les a complètement déconcertés.

La nature devrait se réorganiser et pourtant…

Nous nous attendons tous, en effet, à voir la nature évoluer plus rapidement dans le contexte de réchauffement climatique. Hausse des températures, déplacement des zones climatiques. Tout semble réuni pour encourager les espèces à quitter certaines régions et à créer de nouveaux habitats ailleurs. Pour provoquer des extinctions locales plus rapides qu'à l'accoutumée et une colonisation, elle aussi, accélérée.

Or, c'est tout le contraire que les écologistes de l'université Queen Mary de Londres ont observé dans les données BioTIME. Dans la revue Nature communications, ils rapportent que le taux de remplacement des espèces dans les habitats locaux n'a pas augmenté ces dernières décennies. Il a même considérablement freiné. Depuis 1970, le renouvellement des espèces a généralement ralenti d'un tiers ! « La nature fonctionne comme un moteur qui s'autorépare, remplaçant constamment les pièces usées par des neuves. Mais nous constatons que ce moteur est aujourd'hui au point mort », décrit Emmanuel Nwankwo, principal auteur de l'étude, dans un communiqué.

Quel est ce frein plus puissant que le climat ?

Les chercheurs se sont concentrés sur les changements intervenus depuis les années 1970. Car c'est à partir de là que les températures ont commencé à augmenter plus rapidement sous l'effet du réchauffement climatique anthropique. Les changements environnementaux se sont accentués. Entre la période avant cette accélération et la période après, ils s'attendaient, comme nous, à voir les taux de renouvellement des espèces, c'est-à-dire la vitesse à laquelle une espèce en remplace une autre, augmenter.

Or c'est tout l'inverse qui s'est produit. « Nous avons été surpris par l'ampleur de cet effet, reconnait Axel Rossberg, coauteur de l'étude et chercheur à l'Université Queen Mary de Londres. Les taux de renouvellement ont généralement diminué d'un tiers ».

Selon les chercheurs, ce résultat constituerait une preuve concrète de l'existence d'une phase des « attracteurs multiples ». Le concept a été prédit en 2017. Il stipule que les espèces se remplacent continuellement les unes les autres grâce à des interactions biologiques internes. Y compris lorsque les conditions environnementales restent stables. Un peu comme si la nature jouait au chifoumi. Aucune espèce ne domine ainsi durablement un écosystème.

Un signe inquiétant de dégradation

Mais alors, le renouvellement des espèces devrait rester plutôt constant. Or les chercheurs ont bel et bien observé un ralentissement de la dynamique. Une fois de plus, nous pourrions en être les responsables. Dans un écosystème sain, en phase de « multiples attracteurs », une large diversité d'espèces alimente un flux constant de nouveaux arrivants potentiels, maintenant ainsi le cycle de remplacement actif.

Lorsque les activités humaines dégradent les habitats et réduisent la biodiversité, en revanche, le nombre d'espèces colonisatrices potentielles diminue. Avec moins d'espèces disponibles pour s'installer, le rythme de renouvellement ralentit.

« D'autres recherches montrent clairement que les impacts humains sont à l'origine du ralentissement du renouvellement. C'est inquiétant », souligne Emmanuel Nwankwo. Car ces résultats suggèrent que des écosystèmes d'apparence stable ne sont pas nécessairement des écosystèmes sains. Un ralentissement de l'évolution des espèces à l'échelle locale peut en réalité signaler un appauvrissement de la biodiversité à plus grande échelle, affaiblissant les processus naturels qui assurent normalement le dynamisme et la résilience des écosystèmes.

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