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Dévoilé à Sundance en janvier 2025, Rebuilding, qui met en vedette Josh O’Connor, fut l’un des films les mieux reçus de la dernière année. Un an plus tard paraît enfin chez nous ce drame d’une retenue admirable, dans lequel un propriétaire de ranch refermé sur lui-même s’ouvre au monde après avoir tout perdu dans un feu de forêt. L’attente en aura valu la peine. En exclusivité, on a pu s’entretenir avec Max Walker-Silverman, jeune scénariste-réalisateur qui a su s’imposer en deux longs métrages seulement.
Pour mémoire, son film A Love Song, sur une veuve quinquagénaire qui explore un possible amour avec un ami d’enfance, s’était lui aussi distingué à Sundance. Les deux films ont en commun d’avoir été tournés dans le Colorado natal du cinéaste, et de mettre en scène des êtres solitaires qui découvrent, par la force des circonstances, les vertus de la grégarité.
Hébergé dans un campement d’urgence, Dusty, le protagoniste de Rebuilding, se met à passer davantage de temps avec sa fille (Lily LaTorre), sur l’insistance de son ex-femme (Meghann Fahy), avec qui il a maintenu une relation de profonde amitié.
« L’image d’un cow-boy et d’une petite fille me trottait dans la tête depuis longtemps », confie Max Walker-Silverman, joint par visioconférence.
« J’ai toujours trouvé touchant et humain ce contraste fondamental entre un homme rude et une enfant. Je voulais aussi aborder les thèmes de l’agriculture et de la sécheresse. Puis, il y a eu un incendie lors duquel la maison de ma grand-mère a été réduite en cendres. C’est ce qui m’a inspiré la situation de Dusty. »
Proche de sa grand-mère, le cinéaste est allé lui prêter main-forte.
« Sur place, il y avait toutes ces autres personnes qui habitaient sur la même route que ma grand-mère et qui avaient également perdu leur maison. Nous avons tous appris à nous connaître d’une manière inédite. C’était une expérience étrange, marquée par la perte, mais il y avait aussi quelque chose de réconfortant dans ce sentiment de communauté. Et c’est devenu la trame du scénario. »
Réconfortante communauté
Ce thème, la communauté, fut ce qui emporta l’adhésion de l’acteur Josh O’Connor (The History of Sound/Une histoire du son ; The Mastermind/Le stratège ; Wake Up Dead Man: A Knives Out Mystery/Wake Up Dead Man. Une histoire à couteaux tirés), ici d’une poignante intériorité.
« Nous avons d’abord sympathisé grâce à notre passion commune pour l’écologie. Josh est originaire d’un endroit si différent, si loin du mien. Sauf que, lui venant d’une petite ville du Royaume-Uni, et moi d’une petite ville du Colorado, nous avons découvert que nous avions plus en commun que nous ne l’aurions cru. Il a lui aussi vécu des catastrophes, des inondations dans son cas, et nous avons beaucoup parlé des communautés qui se reconstruisent après. »
Ainsi, outre sa fille, son ex et même la mère de celle-ci (Amy Madigan), Dusty en vient à se lier avec ses voisins d’infortune, eux aussi sinistrés.
« Au fond, l’histoire n’est pas née de l’incendie lui-même, mais plutôt de l’expérience vécue dans les semaines, les mois, voire les années qui ont suivi. J’ai par ailleurs observé comment cette terre brûlée commençait à renaître. Elle avait changé, mais je lui trouvais encore une beauté. »
De la beauté, on en trouve à foison dans le film, qui privilégie un rythme contemplatif, à l’instar du précédent opus de Max Walker-Silverman. À nouveau, le silence joue un rôle clé dans l’expression, ou la répression, des sentiments.
« Je suis attiré par les personnages qui réfléchissent à leurs paroles ou qui ne savent pas comment formuler ce qu’ils aimeraient dire. Ce cheminement pour trouver les mots est profond et gratifiant. Parce que, une fois que les personnages parviennent à exprimer ce qu’ils voulaient exprimer, et aussi simple que ce soit, il y a un réel impact émotionnel, puisque ça leur aura demandé du temps et des efforts. Au cinéma, il arrive que le dialogue soit superflu : on peut jouer avec les acteurs, le temps, la musique, l’image bien sûr, le paysage… »
Justement, à propos des paysages, dans Rebuilding, ceux-ci deviennent des personnages qui parlent autant, sinon plus que les gens.
« Vous savez, pour moi comme pour les personnages du film, un paysage n’est pas une chose vierge et statique : il retrace l’histoire et les choix de l’humanité, montrant ce qui a été protégé, ce qui a été exploité, ce qui a été brûlé, ce qui a été épargné… C’est un héritage très ancien. Je le ressens chaque jour en sortant de mon petit immeuble : c’est un privilège de se sentir partie prenante de l’histoire de quelque chose de plus grand que soi. »
Plus beau que la réalité
En phase avec cette philosophie, la mise en scène dégage une poésie discrète, et même si ce que vit Dusty est extrêmement dramatique et traumatisant, le film ne verse jamais dans le misérabilisme, trouvant un équilibre subtil entre dure réalité et espoir.
« Dans le cinéma que je souhaite faire, il y a toujours deux impératifs contradictoires. Le premier consiste à être honnête envers le lieu représenté et envers ses habitants. Ici, il s’agit de la vallée de San Luis, dans le Colorado. Je pense beaucoup aux gens d’ici, en espérant qu’ils percevront une certaine authenticité dans le film. Ensuite, et c’est le second impératif, il s’agit aussi de fiction, et la fiction possède certaines caractéristiques que le documentaire, par exemple, n’a pas forcément. Comme celle de faire appel à l’imagination. »
Marquant une pause, le cinéaste reprend : « Ça pourra paraître controversé, mais je pense que la fiction a la responsabilité d’offrir une forme d’espoir. Le monde dans lequel nous vivons est dur, injuste et cynique, et chacun d’entre nous le sait et le vit au quotidien. Je ne crois pas que ce soit la responsabilité de la fiction de rappeler ça aux gens. Je pense que c’est en fait plus difficile de présenter, même timidement, une ébauche d’amélioration, dans l’espoir que cette image devienne quelque chose vers quoi tendre. »
Esquissant un sourire, Max Walker-Silverman conclut : « Tout ça est très ambitieux et abstrait, et je ne me fais aucune illusion sur le pouvoir de mes petits films, mais à quoi bon faire du cinéma si je n’essaie pas de créer quelque chose d’un peu plus beau que la réalité ? »
Le film Rebuilding prendra l’affiche le 9 janvier.


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