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Ravitailler le Nord grâce aux avions « combi » : le défi réussi d’Air Inuit

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Après deux ans et demi de préparation, le transporteur régional Air Inuit a mis en service, ce mardi, son tout nouvel appareil Boeing 737-800NG « combi ».

C'est le premier du genre à être adapté à la fois pour le transport de marchandises et de passagers dans cette région éloignée du Grand Nord québécois.

Le mercure frôlait les -30 degrés Celsius, mardi midi, lorsque l’imposant aéronef a amorcé son approche finale sur la piste de Kuujjuaq, au Nunavik.

Dans cette région isolée, l'arrivée d'un nouvel appareil constitue un événement majeur.

En l'absence de réseau routier, l’avion demeure le seul lien rattachant ces communautés au reste de la province, une desserte dont Air Inuit détient le monopole.

Des gens sortent de l'avion.

Quotidiennement, Air Inuit transporte des passagers à destination du Nunavik.

Photo : Radio-Canada / Félix Lebel

À bord de ce vol inaugural, comptant 90 passagers, le président-directeur général d’Air Inuit, Christian Busch, n'a pas caché sa fierté au moment de présenter l'acquisition à la communauté.

C’est le fruit de beaucoup de travail, et on est très fier, s'est réjoui Christian Busch en faisant visiter la cabine aux élus de la société Makivvik, propriétaire de la compagnie aérienne.

Photo de groupe dans l'avion.

Certains élus de Makivvik ont pu visiter l'avion en primeur avec certains employés.

Photo : Radio-Canada / Félix Lebel

Dans une optique de modernisation de sa flotte vieillissante, le transporteur a fait l'acquisition de trois Boeing 737-800NG en 2023.

Si l'un a été converti exclusivement pour le cargo, les deux autres ont subi la transformation combi dévoilée cette semaine. Cette configuration hybride permet d'embarquer cinq palettes de marchandises à l'avant de l'appareil tout en accueillant 90 passagers à l'arrière.

La porte ouverte de l'avion.

L'appareil a une grande porte à l'avant, qui lui permet de transporter de grandes quantités de marchandises.

Photo : Radio-Canada / Félix Lebel

D’avoir une configuration de passagers et de cargo sur le pont principal, il y en a pas d’autres comme ça au monde, assure Christian Busch.

La conversion permet d'augmenter considérablement la capacité de transport de marchandises dans la région, ce qui était nécessaire face à une demande croissante, soutient Air Inuit.

Ça nous donne une meilleure flexibilité pour donner un meilleur service dans le futur, assure le PDG, tout en précisant que cette avancée technologique n'entraînera pas de baisse des tarifs pour la clientèle.

Un défi technique majeur

Inédite sur un 737-800NG, cette conversion s’est avérée une opération longue et complexe.

L’ajout d’une porte cargo, l’installation d’un système d’extinction d’incendie et la modification des circuits électriques sont tous des détails qui ont dû être réfléchis et dessinés en respectant des normes strictes de sécurité.

Photo d'un boeing à Kuujjuaq.

Le nouvel appareil d'Air Inuit a obtenu sa certification de Transport Canada le 9 janvier dernier.

Photo : Radio-Canada / Félix Lebel

Confiés à l’entreprise britanno-colombienne KF Aerospace, les travaux se sont échelonnés sur près de deux ans et demi.

La préparation nécessaire pour convertir un appareil passager à un « combi », c’est tout un défi, et je dois féliciter Air Inuit pour avoir eu la patience de le faire, souligne John Gradek, coordonnateur du programme de gestion de l'aviation à l’Université McGill.

L'ampleur des démarches de certifications auprès des autorités canadiennes aurait pu rebuter de nombreuses entreprises à s'engager dans ce projet, croit-il.

L'expert croit par ailleurs que le 737-800 NG, qui signifie nouvelle génération, était le choix tout désigné pour ce type de conversion.

Un homme qui porte des lunettes dans l'atrium de Radio-Canada à Montréal.

Ancien cadre chez Air Canada, John Gradek est directeur du programme de gestion de l’aviation de l'Université McGill, à Montréal.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Deschênes

Si on avait choisi le 737-200, le 700 ou le 600, on aurait eu des problèmes. [...] Les 800 sont plus longs, on peut distribuer le poids de façon plus élargie sur l’appareil. Avec ce fuselage, on peut optimiser le nombre de palettes et de passagers, analyse John Gradek.

Une piste limitante

Alors que l'appareil dévoilé mardi dessert principalement Kuujjuaq, porte d’entrée de la baie d’Ungava, les villages de la côte d’Hudson devront patienter avant de bénéficier de cette capacité accrue.

Les récents travaux de resurfaçage inadéquats à l’aéroport de Puvirnituq empêchent pour l'instant l'atterrissage de ces gros porteurs.

À l'aéroport de Puvirnituq, une femme et son enfant, silhouettes en contre-jour, regardent la piste d'atterrissage.

La communauté de Puvirnituq est la deuxième en importance dans la région, et est le point d'entrée des autres villages de l'ouest du Nunavik.

Photo : Radio-Canada / Myriam Fimbry

Cette communauté est la deuxième en importance dans la région, et est le point d'entrée des autres villages de l'ouest du Nunavik.

Contre toute attente, le revêtement posé à l’été 2025 s’est révélé trop glissant et inutilisable par temps de pluie pour les gros avions.

Seuls les anciens 737-200 peuvent encore s'y poser, mais leur capacité de chargement est nettement inférieure.

En attendant les correctifs nécessaires, Air Inuit est contraint d'effectuer une escale technique à l’aéroport de La Grande, près de Radisson.

Un avion d'Air Inuit sur le point d'atterrir.

Les plus anciens Boeing 737-200 ont fait leurs preuves sur des pistes en gravier, mais ont une plus faible capacité de chargement et les coûts d'entretien sont importants.

Photo : Fournie par Air Inuit - Marc Lajeunesse

La marchandise y est transbordée vers des avions compatibles avec la piste de Puvirnituq. Cette logistique engendre des coûts supplémentaires et prive la moitié de la région d’un service moderne.

Éventuellement, il va falloir penser à paver cette piste-là, dans un futur assez proche. Mais on demeure confiant qu’en transition, on va pouvoir éventuellement amener cet avion-là à atterrir à Puvirnituq. [...] On verra la suite des choses, conclut Christian Busch.

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