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Pendant que le monde discute de réarmement, de révolution de l’intelligence artificielle, de guerre commerciale, de productivité et de souveraineté énergétique, le Québec donne parfois l’impression de concentrer son attention sur des enjeux de plus en plus microscopiques.
Depuis plusieurs années, des observateurs comme Jérôme Blanchet-Gravel dénoncent une forme de provincialisme intellectuel dans lequel les débats publics se replient sur des sujets toujours plus anecdotiques, comme si la société québécoise vivait sous un « dôme », relativement coupée des grandes transformations qui bouleversent pourtant l’Occident.
Le portrait est sans doute sévère. Mais certaines nouvelles récentes donnent néanmoins matière à réflexion.
Le plus récent exemple est venu de La Presse, où le journaliste Antoine Paquette rapportait les travaux d’Alain Paquette, professeur de biologie à l’UQAM et chercheur au Centre d’étude de la forêt, sur les îlots de chaleur à Montréal. L’article rappelle que des quartiers comme Parc-Extension disposent d’une canopée beaucoup plus faible que Mont-Royal et que cette réalité accentue les effets des vagues de chaleur.
Jusque-là, rien de particulièrement controversé. Les îlots de chaleur constituent un phénomène bien documenté et la plantation d’arbres est largement reconnue comme une mesure efficace pour améliorer le confort urbain.
Là où plusieurs lecteurs ont décroché, c’est lorsque le chercheur a expliqué cette situation par l’existence d’un « racisme botanique », affirmant que les populations plus favorisées obtiennent plus facilement des arbres parce qu’elles disposent d’un meilleur accès aux décideurs.
Le problème n’est pas de souhaiter davantage de verdissement dans les quartiers densément construits. Le problème est de voir des réalités urbanistiques complexes être systématiquement interprétées à travers le prisme du racisme, de la discrimination ou des rapports de pouvoir, même lorsqu’il s’agit de la répartition des arbres.
Cette façon de lire le monde illustre une tendance plus large où les concepts issus de certains courants universitaires militants s’étendent progressivement à tous les domaines de la vie publique.
Pendant ce temps, un autre reportage de Radio-Canada rappelait que la Brigade verte de Trois-Rivières sillonne les rues afin de vérifier le respect des règlements municipaux sur l’utilisation de l’eau. Les étudiants chargés de cette mission ont même fait l’objet de commentaires hostiles, au point où la Ville a dû intervenir publiquement pour demander que les citoyens les traitent avec respect.
Quelques heures auparavant, le même média rapportait également que le maire Jean-François Aubin présentait ses excuses aux citoyens en raison de la longueur excessive du gazon dans plusieurs parcs municipaux.
Pris isolément, chacun de ces dossiers paraît parfaitement légitime. Une ville doit entretenir ses espaces verts. Elle doit également gérer sa consommation d’eau potable.
Mais leur accumulation contribue à donner l’impression que les institutions publiques consacrent une énergie croissante à administrer les plus petits détails de la vie quotidienne.
On multiplie les brigades, les règlements, les campagnes de sensibilisation, les plans d’action, les stratégies de refroidissement, les objectifs de canopée et même les nouveaux concepts comme le « racisme botanique », pendant que d’autres enjeux beaucoup plus structurants occupent une place parfois étonnamment modeste dans le débat public.
Le Québec fait pourtant face à des défis autrement plus considérables : ralentissement de la productivité, vieillissement accéléré de la population, pression sur les finances publiques, crise du logement, transformation rapide des marchés de l’énergie et bouleversements géopolitiques qui redéfinissent les rapports de force internationaux.
À force de gérer minutieusement chaque aspect du quotidien, ne risque-t-on pas de perdre de vue les grandes orientations?
Cette tendance pourrait être qualifiée de « micro-management environnemental » : une approche où l’action publique s’intéresse de plus en plus à la surveillance des comportements individuels et à la gestion extrêmement fine de l’environnement immédiat — la durée de l’arrosage, la hauteur du gazon, le pourcentage de canopée ou la température d’un trottoir — tout en donnant parfois l’impression de manquer d’ambition sur les grands dossiers économiques, industriels ou stratégiques.
Le paradoxe est d’autant plus frappant que le Québec a longtemps cultivé une image de société bâtisseuse, capable de réaliser de vastes projets d’infrastructures et de développement économique. Aujourd’hui, une partie importante du débat public semble plutôt absorbée par l’administration du moindre détail.
La question mérite donc d’être posée : le Québec est-il encore tourné vers les grands projets d’avenir, ou s’enferme-t-il progressivement dans une gestion toujours plus minutieuse — et parfois idéologisée — de son environnement immédiat?


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