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«Qui est le plus intelligent ? Pas l’Homme» : entretien avec Giuseppe Mazza, journaliste exalté à l’origine de «la plus belle encyclopédie»

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ENTRETIEN. Lui qui a été l’ami de la princesse Grace de Monaco est l’un des rares Italiens ayant obtenu la nationalité monégasque. Ce passionné de la faune et de la flore a compilé plus de 70.000 photographies qu’il digitalise jour après jour, aidé dans sa tâche par une douzaine d’universitaires bénévoles. Il présente sa mission au Figaro.

À 82 ans, Giuseppe Mazza ne compte toujours pas se reposer. «Un journaliste ne prend jamais sa retraite», dit-il malicieusement. Il a du moins l’énergie qui convient pour la tâche qu’il s’est assigné : créer la plus belle encyclopédie au monde. Son nom ? La «Monaco Nature Encylopedia». C’est sur elle que nous sommes tombés en cherchant une illustration de dragon de mer feuillu. M. Mazza nous a gentiment permis d’exploiter les informations qu’il avait écrites. Il a accepté l’idée d’un entretien, mais nous a avertis : «Ce n’est pas moi le sujet, le scoop, c’est l’encyclopédie».

Cet Italien naturalisé Monégasque, apprécié par la famille princière pour son travail acharné et son goût pour la nature, a eu la chance d’avoir deux de ses livres préfacés par la princesse Grace. Il a le verbe fleuri, le discours émaillé de digressions étonnantes, une passion qui l’anime et il trouve de la joie dans tout ce qu’il fait. Son seul rêve désormais est d’avancer autant qu’il le peut la «Monaco Nature Encyclopedia » et trouver un héritier qui saura la rendre éternelle.

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Bonjour Giuseppe Mazza. Comment en êtes-vous venu à vous intéresser autant aux animaux et aux plantes ? 

Cela remonte à ma jeunesse. Je me souviens d’une photographie macro d’un criquet, qui était absolument spectaculaire. À Milan, où je vivais, j’avais bâti un gros aquarium dans ma cave où la température était stable et où l’on pouvait garder des animaux méditerranéens. Je voulais faire de la biologie et je m’étais inscrit à l’université de Milan, mais ma famille m’a finalement poussé à faire des sciences économiques. La biologie, c’est nettement plus intéressant. Après mon doctorat, j’ai appris tout seul.

J’ai eu l’idée de réaliser une encyclopédie pour créer des passionnés de la nature. Comme on ne peut pas aimer ce que l’on ne connaît pas, je veux faire connaître la nature.

Quand avez-vous commencé à travailler en lien avec les animaux ?

Par les photographies que je faisais. La toute première fut une vache, la deuxième une plante. Les plantes sont des animaux, certes différents des autres. Beaucoup de gens pensent qu’elles sont presque des objets, mais ce sont des êtres vivants, une forme de vie arrivée tout comme nous à travers les millénaires. Nous sommes égaux. Qui est le plus intelligent ? Pas l’Homme, certainement, même s’il se pense au centre de tout, par orgueil.

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Pour revenir à la question, c’est simple : j’ai travaillé en tant que journaliste pour l’équivalent de Science et Vie en Italie, pour Gardenia, Natura... Certains magazines ont disparu depuis. J’envoyais des textes et des photos. J’ai aussi collaboré pour Télé 7 Jours. Je me suis toujours amusé en travaillant, c’est une chance.

De toutes ces années d’activité, vous conservez 70.000 photographies en argentique. Expliquez-nous votre projet actuel.

C’est tout le drame. Avec l’évolution du digital, les photographies ne sont plus utilisables, à part celles en grand format. J’ai un super scanner qui me permet de les digitaliser mais il me faut une heure de travail pour chaque image.

Quand moi ou un des douze universitaires bénévoles avec qui je travaille écrit un texte, je regarde dans mes archives si j’ai une illustration et je la digitalise. Sinon tout va pourrir. Je n’ai pas l’air conditionné pour moi, mais j’ai climatisé une pièce entière où reposent les photographies. Il faut que l’air soit sec, froid, obscur.

Je travaille 14 heures par jour mais je ne suis pas éternel. Se pose la question de la succession. J’ai trouvé un jeune docteur en biologie de l’université Sapienza de Rome, Nicolo Pellecchia, qui serait disposé à s’installer à Monaco pour que je le forme et qui pourrait prendre la suite. Il est très compétent sur les sujets liés aux amphibiens. Il a fait son doctorat sur les grenouilles et les tritons qui peuplent les parcs publics, notamment au jardin botanique de Rome.

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Comment choisissez-vous les espèces sur lesquelles écrire ?

Quand il s’agit de poissons, c’est moi qui écris. J’ai deux critères : d’abord la beauté, ensuite, avoir des représentants de genres différents et pas plusieurs espèces du même genre, pour éviter d’avoir des articles qui se ressemblent. Pour ce qui est des autres animaux ou les plantes, on décide ensemble avec les universitaires selon un principe très simple : s’amuser. Je vous donne un exemple. Avant-hier, je suis allé à Casterino et j’ai aperçu une immense pelouse recouverte de marguerites. J’ai envoyé mes photographies à mon ami le botaniste Pietro Pavone, notre plus grand expert des plantes et il est déjà en train d’écrire la fiche.

À l’heure où l’IA produit des milliers de pages en quelques minutes sur toutes les espèces animales, en quoi pensez-vous vous distinguer et l’expertise d’un homme peut-elle encore rester précieuse ?

Notre encyclopédie a un caractère en plus, c’est la beauté. Si vous cherchez de belles images, notre encyclopédie est la meilleure. En Italie, quand vous demandez à Google «quelle est la plus belle encyclopédie ?», il dit que c’est Monaco Nature Encyclopedia. La nature est belle et le SEO n’est pas une force suffisante face à sa beauté.

Je n’utilise l’IA que pour des tâches techniques. Je ne l’utilise jamais pour obtenir des renseignements, car elle n’est pas assez fiable. Seul un cerveau humain est capable de cela, il ne suffit pas de balayer le net pour être un expert. Tout comme il ne suffit pas de lire plein de bouquins de médecine pour se prétendre médecin.

Notre travail est sérieux. J’ai réuni avec moi 140 collaborateurs dont 12 universitaires. Comment je les engage et avec quels sous ? Je n’ai pas besoin de cela. Je mets leur photo et leur nom à côté de la notice encyclopédique. Mieux vaut cela qu’une photo en noir et blanc sur la tombe au cimetière, pas vrai ? Les prêtres vendent l’immortalité au ciel, moi je la vends sur terre.

N’est-ce pas une forme d’immortalité que vous recherchez à travers ce travail titanesque ?

Non, pas pour moi. Mon but est de faire découvrir la beauté de la nature et de Monaco. Vous savez, je pense à une discussion que j’ai eue avec l’évêque de Monaco qui me demandait si j’étais évolutionniste ou créationniste. Je m’en suis sorti en disant qu’il n’existait pas de contraste entre les deux visions : si l’on croit en Dieu, celui-ci est à l’origine de tout et sa création continue à se faire à chaque instant ; la création se trouve au départ et dans l’évolution même.

Vous avez un certain vécu avec la famille princière de Monaco...

Quand je suis arrivé à Monaco, j’ai eu un coup de foudre d’abord pour l’aquarium, ensuite pour l’arrière-pays magnifique. Le directeur de l’aquarium est devenu mon ami. J’ai eu la chance rarissime pour un Italien d’avoir été naturalisé Monégasque. On m’a dit «qu’as-tu payé ?», mais rien ! C’est par la considération que le prince Régnier avait pour moi.

Quant à la princesse Grace, j’ai eu la chance d’en être apprécié. À l’époque, il n’y avait pas de garde du corps alors je l’ai approchée pour lui offrir un livre que j’avais écrit sur les plantes. Elle m’a ensuite accueilli au palais pour voir les essais des tirages du livre, très motivée. Nous étions tous deux, la princesse et moi, à genoux sur le sol du palais à contempler les tirages. Grâce à elle, j’ai pu créer un timbre pour le service postal monégasque représentant la rose créée en son honneur.

Nous sommes devenus des amis. Elle a préfacé certains de mes livres. J’ai appris sa mort de façon cruelle. Un journaliste allemand me demandait un portrait de la princesse pour illustrer sa nécrologie. J’étais traumatisé.

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