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Le gouvernement du Québec a « entendu les constructeurs automobiles » : il abaisse l’ambition de son règlement sur les véhicules électriques.
Jeudi matin, la ministre de l’Environnement, Pascale Déry, a annoncé que la norme québécoise sur les véhicules zéro émission (VZE) serait modifiée. Ce sont désormais 80 % des véhicules neufs vendus en 2035 qui devront être électriques, plutôt que 100 %.
Les cibles intérimaires seront aussi revues à la baisse. Pour 2027, par exemple, l’exigence de Québec envers les concessionnaires passera de 45 % de véhicules électriques (VÉ) à 30 %. Pour 2030, la cible sera abaissée de 85 % à 51 %.
Selon la ministre Déry, citée dans un communiqué de presse, « maintenir » la norme VZE est une décision « stratégique » qui réduit la pression sur le portefeuille des Québécois, alors que l’essence coûte cher.
« Cela dit, poursuit-elle, nous avons entendu les constructeurs automobiles : certains ajustements étaient nécessaires pour tenir compte de leurs défis actuels. On adopte donc une approche équilibrée, qui maintient la norme tout en l’assouplissant de façon pragmatique en tenant compte de la réalité du terrain et de nos régions. »
Parmi les défis pour l’industrie, le gouvernement mentionne les perturbations dans les chaînes d’approvisionnement, les difficultés d’accès aux matériaux stratégiques et les enjeux commerciaux internationaux.
L’an dernier, le ministre Bernard Drainville avait annoncé l’abaissement de la cible de 2035 à 90 %, mais cette mesure n’avait jamais été officialisée.
« C’est fascinant de voir qu’avec le prix de l’essence aussi élevé, le gouvernement n’en profite pas pour expliquer pourquoi une politique forte sur les VÉ est importante, non seulement pour le climat, mais aussi pour nous protéger des aléas des marchés mondiaux », réagit Normand Mousseau, le directeur scientifique de l’Institut de l’énergie Trottier de Polytechnique Montréal.
Pour M. Mousseau, il s’agit d’un autre « recul » préoccupant. « Ça s’empile, dit-il. Le découplage du Québec et du Canada avec le reste du monde est de plus en plus grand. Nous n’avons pas de vision, malgré notre objectif théorique de carboneutralité en 2050. »
Les hybrides non branchables inclues
Le nouveau projet de règlement, qui sera publié aux fins de consultation le 23 juin, rendra par ailleurs admissibles « temporairement » les véhicules hybrides non branchables à la norme VZE.
Pourtant, ces automobiles sont essentiellement des véhicules thermiques à efficacité énergétique rehaussée. Ailleurs dans le monde, les hybrides non branchables ne sont typiquement pas admissibles aux normes de type VZE.
Rappelons que le règlement québécois impose aux constructeurs automobiles de vendre un certain pourcentage de véhicules électriques à leur clientèle. Ceux qui n’y arrivent pas peuvent acheter des crédits aux meilleurs joueurs.
Les ventes de véhicules électriques ont fortement fléchi dans l’ensemble du Canada en 2025 en raison de la réduction des subventions gouvernementales. Au Québec, elles occupaient l’an dernier seulement environ 10 % du marché.
Mais elles reprennent en force cette année, avec le rétablissement de l’aide financière fédérale de 5000 $ à l’achat d’un véhicule électrique en février. Entre mars 2025 et mars 2026, les nouvelles immatriculations électriques ont augmenté de 160 % au Québec.
M. Mousseau pense que la ministre aurait pu ajuster les cibles à courte échéance, au besoin, si elles apparaissent inatteignables, mais garder le cap sur le tout-électrique en 2035.
Selon l’Agence internationale de l’énergie, plus de 25 % des véhicules vendus dans le monde cette année devraient être électriques. En Chine, l’Agence s’attend à une part de marché de 60 %. En Norvège, 96 % des véhicules vendus l’an dernier étaient électriques.
En raison de la guerre commerciale avec les États-Unis, Ottawa a aboli sa propre norme VZE en février, promettant de la remplacer par une exigence de réduction des émissions des véhicules vendus au Canada. Le fédéral a aussi signé une entente avec Pékin pour ouvrir le marché canadien à 49 000 véhicules électriques chinois par an.
Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) considère que les véhicules électriques sont un élément « crucial » pour décarboner les transports, à l’instar d’un meilleur accès aux transports collectifs et actifs.


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