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Québec autorise des travaux forestiers dans une forêt ciblée pour une aire protégée

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Même si la protection d’une des dernières forêts intactes de la Mauricie est soutenue par les élus locaux et que le projet a été accepté dans le cadre du processus lancé par le gouvernement Legault pour la création d’aires protégées, Québec a prévu des travaux forestiers sur ce territoire. Ceux-ci doivent débuter lundi avec la construction d’un chemin au cœur de ce milieu naturel unique dans la région.

« S’il y a un écosystème à protéger dans le sud de la Mauricie, c’est celui-là. Il s’agit d’une continuité biologique de plusieurs siècles, voire de plusieurs millénaires. Je suis d’ailleurs convaincu qu’on y retrouve plusieurs espèces rares et menacées », résume l’ingénieur forestier Louis Bélanger, professeur retraité de la Faculté de foresterie, géographie et géomatique de l’Université Laval.

L’écosystème en question est la « forêt ancienne des lacs Grandbois », une zone de 7 km² située sur le territoire de la MRC de Mékinac, au nord-est de Shawinigan. Ce territoire jusqu’ici préservé, malgré l’activité forestière industrielle dans la région, « est un écosystème exceptionnel et un patrimoine naturel unique », soutient M. Bélanger, qui a lui-même étudié ce secteur. On y retrouve notamment des arbres de plus de 200 ans en moyenne, mais aussi des espèces fauniques et floristiques en péril.

Dans le cadre de « l’appel à projets » lancé par le gouvernement Legault pour créer de nouvelles aires protégées au Québec, des citoyens de la région ont soumis un projet de protection de cette forêt ancienne. La MRC de Mékinac a accordé son appui au projet, afin qu’il puisse être soumis au processus de « concertation régionale » qui doit se terminer en 2026. Le gouvernement doit par la suite décider s’il autorise la protection, et ce, d’ici 2027.

Coupes autorisées

En attendant cette décision, le ministère des Ressources naturelles et des Forêts (MRNF) peut toutefois autoriser des coupes forestières sur les territoires qui ont été retenus pour le processus en cours en raison de leur grande valeur écologique. C’est ainsi qu’il a donné le feu vert à des travaux forestiers qui vont empiéter sur la forêt ancienne des lacs Grandbois.

Selon le calendrier établi par le MRNF, les informations colligées par les citoyens et l’analyse effectuée par l’ingénieur forestier Louis Bélanger, des entreprises de la région doivent débuter dès le 22 décembre des travaux de « voirie » impliquant de la « construction » et de l’« entretien », et ce, en vue des coupes qui seraient planifiées au cours des prochaines semaines. M. Bélanger n’hésite pas à parler d’une « décision idéologique ». Il rappelle que le volume de bois qui peut être coupé chaque année dans le secteur représente environ 0,1 % de la capacité de l’« unité d’aménagement » de la région et 0,03 % de la « possibilité forestière » annuelle de la Mauricie.

Les citoyens qui réclament la protection de cette forêt ont appris le 18 décembre que des travaux étaient imminents. Ils disent avoir contacté les décideurs régionaux et les entreprises concernées pour tenter d’avoir des réponses à leurs questions, en vain.

« Nous demandons d’urgence au ministre du MRNF, Jean-François Simard, de suspendre immédiatement tous les travaux forestiers dans la forêt ancienne des lacs Grandbois. À défaut d’agir maintenant, l’État choisirait de sacrifier un héritage collectif patiemment préservé par nos prédécesseurs, un patrimoine naturel que nous avions le devoir de protéger et de transmettre intact aux générations futures », affirment les partisans du projet de protection, et notamment l’actrice et dramaturge Christine Beaulieu, dans un communiqué diffusé dimanche.

Le Devoir a demandé des précisions au sujet de cette décision auprès du cabinet du ministre des Ressources naturelles et des Forêts, Jean-François Simard. Ce dernier a indiqué, par courriel, qu’il respecte le « processus » de l’appel à projets, « à savoir que le dépôt d’un projet n’entraîne pas la suspension temporaire ou définitive des droits consentis à d’autres activités, notamment les opérations forestières ».

« Réserve de biodiversité » rejetée

En plus des travaux dans la forêt ancienne, le MRNF a autorisé des coupes qui doivent débuter en janvier 2026 sur un territoire plus grand, qui englobe la forêt ancienne des lacs Grandbois et un projet de « réserve de biodiversité Mékinac ».

Ce projet de protection présenté en réponse à « l’appel à projets » du gouvernement Legault a été bloqué par la MRC de Mékinac, malgré plusieurs appuis régionaux, afin de préserver les intérêts de l’industrie forestière. Les deux municipalités où se situe le projet avaient pourtant signifié leur appui en adoptant des résolutions favorables à son analyse.

Ce territoire de 200 km2 est composé de lacs, de milieux humides, d’une forêt ancienne, de zones déjà protégées pour leur valeur écologique et d’habitats importants pour différentes espèces menacées.

Le ministre Bernard Drainville, dont le mandat implique la protection de la biodiversité, a rejeté le mois dernier la demande des citoyens qui réclamaient son intervention en faveur d’un projet. « On ne s’immiscera pas dans les décisions des MRC, qui sont les principales responsables de l’aménagement du territoire », avait indiqué son cabinet dans une réponse écrite aux questions du Devoir. Au moins 29 projets ont été rejetés dans la région de la Mauricie, une région où moins de 10 % du territoire est protégé.

Directeur général de la Société pour la nature et les parcs du Québec, Alain Branchaud, invite le gouvernement à « adopter rapidement une grille d’analyse lui permettant de mettre en place des mesures de protection provisoires » dans le cadre de l’appel à projets. « Les critères d’une telle grille pourraient inclure la possibilité de couper ailleurs dans la région, l’appui massif de la communauté locale et le caractère irréversible d’une destruction de l’habitat. Ces trois critères sont réunis pour la forêt Grandbois, un site exceptionnel qu’il faut absolument protéger. »

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