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Que le Ramadan commence le 18 ou le 19, on s’en fout

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On voudrait juste qu’il n’ait pas lieu chez nous.

Le Ramadan, le mois sacré de jeûne chez les musulmans, a débuté en Arabie, berceau de l’islam, mercredi 18 février. Il a débuté ce jeudi 19 février ailleurs.

En France, cela a été le 18 ou le 19 selon que l’on soit musulman de l’Est ou de l’Ouest. Que l’on soit chiite ou sunnite. Ou à quelle organisation islamique on appartient et à laquelle on obéit.

Les médias officiels occidentaux accourent au secours du monde dit islamique pour expliquer que cette différence de calendrier est futile et que la « Oumma islamique » est unie et solide.

Pas vraiment.

La différence de calendrier est un révélateur de profondes divisions au sein de ladite « Oumma ».

Le Ramadan ne débute pratiquement jamais en même temps dans tous les pays musulmans. C’est que, dans le calendrier lunaire islamique, le début du mois est déterminé par l’observation du croissant de lune. A l’œil nu. Ce qui n’est pas une simple affaire. L’observation dépend souvent de facteurs atmosphériques. Le croissant peut être visible à Ryad, mais pas au Caire et encore moins à Rabat, d’où des différences de début de mois entre les pays de la communauté islamique et partant, un décalage de calendrier qui va se répercuter sur la célébration des fêtes et des grands événements de cette communauté y compris pour le nouvel an islamique.

Ce « décalage » se retrouve même au sein des différentes composantes de la communauté musulmane qui coexistent dans un même pays. C’est le cas au Liban entre les chiites et les sunnites. Les deux communautés font tout pour ne pas célébrer quoi que ce soit en même temps. Quand il y a la joie chez l’un, on souhaite plutôt qu’il y ait des larmes chez l’autre.

L’observation du croissant de lune prévaut pour la détermination du début de tous les mois de l’année. Les masses musulmanes ne se sentent cependant concernées que par le début et la fin du Ramadan. La fin surtout. Le Ramadan, on n’est pas pressé de le commencer et on a hâte d’en finir.

Le croissant de la fin du Ramadan est toutefois beaucoup plus facilement visible que son début. On voit mieux et on est plus vigilant quand on a faim.

Au moment où les Américains et les Russes explorent l’espace interplanétaire comme un gynécologue explore l’origine du monde, les musulmans, eux, cherchent encore à se donner un calendrier commun. Et il est peu probable qu’ils y parviennent un jour.

« Les Arabes se sont mis d’accord pour ne jamais se mettre d’accord », dit-on. Ce n’est pas une plaisanterie. C’est très sérieux. C’est même le seul engagement qu’ils respectent à la lettre.

Pour son bien-être et la tranquillité de sa conscience, la « Oumma » arabo-islamique doit continuer à vivre dans ses divergences. Des divergences qui peuvent sauver le monde occidental…

Le Maroc et l’Algérie, deux pays voisins, n’ont jamais célébré une fête religieuse islamique le même jour. Il faut avouer que c’est le Maroc qui triche. Il n’a pas tellement confiance dans ses populations de l’Est, frontalières de l’Algérie. Alors, on préfère observer le croissant de lune plutôt dans les régions plus à l’ouest. Celles qui donnent sur l’océan Atlantique. Où le croissant arrive toujours un peu plus tard…

Au Maroc, l’observation de la nouvelle lune doit être attestée par les autorités administratives en charge des affaires islamiques.

Quiconque aperçoit le croissant de lune doit en référer aux autorités pour attester de la véracité de ce qu’il a vu.

Un honnête berger dans la fin fond du pays devra marcher pendant au moins une semaine pour pouvoir faire sa déclaration au poste de la gendarmerie le plus proche.

Le temps que les gendarmes transmettent sa déclaration, c’est déjà la fin du Ramadan…

La complexité du calendrier islamique ne provient pas seulement de l’observation du croissant de lune. Les mois ne sont pas dits de la même façon dans les pays dits arabes. Chaque pays a ses appellations propres.

Le calendrier islamique n’est utilisé dans les sociétés musulmanes que pour déterminer les dates associées à des célébrations religieuses. Pour tous leurs autres besoins, les musulmans utilisent le calendrier grégorien.

Le président égyptien Nasser, champion du nationalisme panarabe en son temps, a voulu, une fois, fixer une date pour un Sommet de la Ligue arabe selon le calendrier islamique. Des délégations sont arrivées au moment où on nettoyait déjà les cendriers de narguilé dans les salles de réunion. Le Sommet avait déjà tenu et clos ses travaux.

Depuis, c’est le calendrier grégorien qui prévaut. Dans certains pays, les documents officiels portent la date du calendrier grégorien avec la date correspondante du calendrier lunaire. Le calendrier grégorien prévaut également pour les peines de prison, vu que l’année dans le calendrier musulman est plus courte que l’année grégorienne de 10 à 12 jours.

Le retard du calendrier musulman sur le grégorien est actuellement de près de 680 ans. Mais le calendrier musulman « avance » plus rapidement que le calendrier grégorien et va inexorablement le devancer… C’est un signe, jubilent les musulmans. Les deux calendriers devraient être concordants en l’an 20 874.

Si jamais le grégorien arrive à subsister.

Ce qui semble peu probable…

Messin’Issa

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