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Quand un déchet devient une occasion d’affaires

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Dans un entrepôt du sud-est de Calgary, des montagnes de tapis sont entreposées à côté de paniers de chiffons. Un peu plus loin, des bacs sont remplis de dosettes de café et de tasses jetables. Ici, ces accumulations de déchets sont des trésors et des sources d’affaires.

Un déchet n’est que déchet si on le gaspille, explique Kim Caron, le fondateur des multiples entreprises abritées dans cet entrepôt. Nous ne voyons pas cela comme un déchet, mais comme une ressource pour créer autre chose.

L’inventeur en série, qui s'est entouré de directeurs aussi passionnés que lui, a toujours eu une fibre environnementale. Avant que le recyclage ne soit municipal, il payait pour que ses déchets soient recyclés.

6000 m2 et pas de poubelle

Trouver le point de départ de son casse-tête d’économie circulaire, il trouve cela donc bien difficile. La première entreprise, Executive Mat Service, est un service de nettoyage de tapis commerciaux qui comprend aussi la fourniture de serviettes en papier.

Kim Caron, qu'on voit ici à Calgary, le 2 décembre 2025, montre un boudin de couleur brunâtre devant un grand bac. Le boudin est une briquette de biomasse.

L’entrepreneur en série Kim Caron ne cesse de chercher de nouvelles manières d’éviter les déchets ou de leur trouver une nouvelle utilité. Ses multiples entreprises sont devenues son laboratoire.

Photo : Radio-Canada / Tiphanie Roquette

Les serviettes en papier sont livrées en rouleaux bien serrés, mais quand les clients les utilisent, elles prennent 10 fois plus de volume et remplissent leurs poubelles, raconte-t-il. Je me suis dit : pourquoi ne pas construire un système pour récupérer ce matériel et le transformer en énergie?

Aux matériaux en papier jetables, l’entreprise a par la suite ajouté les dosettes de café récupérées de municipalités, d’entreprises privées et de bacs de collection dans des dépôts de bouteilles.

Entre février 2023 et juin 2024, la Municipalité d’Okotoks, au sud de Calgary, a collecté environ 1400 kg de dosettes de café. Près de 17 000 kilos de CO2 ont ainsi été évités, soit l’équivalent des émissions annuelles de trois voitures.

Comme pour la première expérimentation, l’idée des dosettes est arrivée un peu par hasard. Un client m’a dit : “J'ai des dosettes inutiles. Tu ne pourrais pas en faire quelque chose?“ Je n’avais pas de réponse immédiatement, mais on a expérimenté.

Des centaines de dosettes de café sont entreposées sur la rampe d’une machine qui va ensuite séparer le plastique du papier, à Calgary, le 2 décembre 2025.

Les dosettes de café sont compliquées à recycler parce qu’elles sont faites de plastique, de papier métallisé et de matière organique, 90 % du poids provenant du café.

Photo : Radio-Canada / Tiphanie Roquette

À côté du service de nettoyage de tapis, des déchiqueteuses et d’autres machines se sont ajoutées au fur et à mesure des expérimentations. Cette nouvelle activité de recyclage a été baptisée Eco-Growth Environmental.

Aujourd’hui, le plastique des dosettes et d’autres matériaux des clients sont déchiquetés et envoyés dans une autre entreprise, qui les transforme en poutres pour faire des bancs, des pots de fleurs et d’autres meubles.

Les papiers déchiquetés et le café (90 % du poids d’une dosette utilisée) sont compressés en briquettes de biomasse.

Eco-Growth déshydrate aussi les déchets organiques pour les transformer en granulés de biomasse. L’entreprise a ainsi récupéré tous les restes alimentaires des quelques jours de Sommet du G7 à Kananaskis en juin 2025.

Nous avons un entrepôt de 6000 mètres carrés et pas une seule benne à ordures.

En deux jours, pendant le Sommet du G7, Eco-Growth a récupéré 3170 kg de déchets alimentaires et 245 kg de plastique. L’entreprise a expliqué au gouvernement fédéral qu'il avait ainsi évité 31 600 kg de CO2, soit l’équivalent des émissions annuelles de huit voitures à essence.

Laboratoire environnemental

Les granulés et les briquettes sont un combustible écologique qui est alimenté dans la chaudière de l’entrepôt. Elles servent ainsi à le chauffer, mais surtout à chauffer l’eau nécessaire à la troisième entreprise de Kim Caron : une laverie industrielle.

Quand tout le monde arrive le matin, nos réservoirs d’eau sont brûlants. Nous avons assez d’eau pour avoir deux quarts de travail et aucun besoin d’un chauffe-eau, explique Kim Caron.

Un thermomètre est planté dans un baril de poudre de café.

Les déchets organiques créent de la chaleur en se décomposant. C’est le même processus qui libère des émissions de CO2 et de méthane, deux gaz à effet de serre.

Photo : Radio-Canada / Tiphanie Roquette

Le CO2 émis par chaudière est récupéré dans un tonneau pour créer une sorte d’eau gazeuse qui permet de contrôler le ph des machines à laver.

Il est aussi conservé pour être alimenté dans une autre branche d’Eco-Growth, soit sa ferme modulaire. Le dioxyde de carbone sert à stimuler la croissance des plantes.

Entre la déchiqueteuse, le déshydrateur et la ferme modulaire, Kim Caron pense avoir entre ses mains une technologie qui pourrait résoudre de nombreux problèmes du Grand Nord. Imaginez tout le fioul qui doit être transporté depuis le sud. Les habitants créent des déchets, dont ils n'ont aucune utilité et ils doivent importer de la nourriture très chère. Nous pouvons combler le fossé en convertissant leurs déchets en énergie, s’enthousiasme-t-il.

Trois conteneurs du système de transformation des déchets en énergie prendront d’ailleurs la route vers l'Arctique ce mois-ci.

Cela ne s’arrête pas. Nous identifions un déchet qui pourrait devenir une ressource et nous creusons.

Le labyrinthe d’inventions n’est pas terminé. L’entreprise qui s’occupait de toutes mes impressions m’a dit : ‘‘ On va utiliser vos services de nettoyage de tapis, mais il faudra vous occuper de nos serviettes.‘‘

L’ennui, c’est que les chiffons d’imprimeur sont contaminés par des solvants. Toutefois, au lieu de s’inquiéter, Kim Caron a trouvé une manière de récupérer les hydrocarbures de ces serviettes contaminées.

Le liquide extrait sert à alimenter la chaudière à la vapeur qui est utilisée pour nettoyer les tapis industriels. Ce système a lui aussi été transformé pour être plus efficace et surtout recycler 98 % de l’eau.

Selon le rapport d’inventaire national (nouvelle fenêtre), les sites d’enfouissement produisent environ 18 % des émissions nationales de méthane, un puissant gaz à effet de serre. Ottawa s’est engagé à réduire les émissions de méthane des lieux d’enfouissement canadiens de 50 % par rapport aux niveaux de 2019 d’ici 2030.

On avait une machine qui [utilisait] beaucoup d’eau et d’électricité. Cette machine-là, elle lave, sèche et roule. Elle fait tout, explique Dany Monast, qui travaille dans l'entreprise depuis 10 ans.

C’est toujours de trouver des solutions, de [nouvelles] façons de faire les choses.

L'entrepreneur a ainsi déjà en tête une manière d'adapter sa machine de nettoyage de tapis pour laver et sécher les plastiques. Pour être recyclé et réutilisé, le plastique doit être nettoyé (pensez à votre pot de yaourt), mais le processus de nettoyage pourrait être amélioré en efficacité et en empreinte environnementale, selon Kim Caron.

Une démarche dispendieuse pour l'instant

Kim Caron doit toutefois mettre les choses au point : faire du zéro déchet est moins profitable que l’inverse. L’entreprise a du mal à faire reconnaître ses efforts de décarbonisation parce qu’elle fait de la prévention de la mise en décharge et de l’économie circulaire.

Grâce à nos activités, nous compensons davantage d'émissions de carbone que ce que cette usine en génère. Cela inclut tous nos camions sur la route ainsi que le bâtiment lui-même, souligne-t-il. L’entreprise a une certification de gestion environnementale.

Elle espère toutefois pouvoir obtenir des crédits carbone cette année, ce qui permettrait d’amortir plus rapidement ses inventions et de les rendre plus attractives pour d’autres entreprises.

Depuis le début, nous ne voyons pas [cela] comme un moyen de faire de l'argent, observe Kim Caron.

Nous allons laisser notre planète plus propre que celle que nous avons trouvée et j'espère pouvoir dire que j'ai au moins essayé pour tout ce que j'ai entrepris.

Aujourd'hui, on trouve déjà une quarantaine de déshydrateurs dans des compagnies à travers le Canada.

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