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Non content de déstabiliser la scène internationale, en agressant le Venezuela, l’Iran, en renforçant le blocus sur Cuba, Donald Trump s’active aussi à saccager le monde de la recherche états-unien, au plus grand bénéfice de ses amis milliardaires d’extrême droite. Un rapport a été remis au Président Trump par ses plus proches collaborateurs, pour orienter […]
Non content de déstabiliser la scène internationale, en agressant le Venezuela, l’Iran, en renforçant le blocus sur Cuba, Donald Trump s’active aussi à saccager le monde de la recherche états-unien, au plus grand bénéfice de ses amis milliardaires d’extrême droite. Un rapport a été remis au Président Trump par ses plus proches collaborateurs, pour orienter sa politique en matière de recherche par toujours plus de pressurisation du secteur public.
Dans la droite lignée de la politique trumpienne, le rapport préconise également une mise au pas de la recherche publique, qui serait mise au service du privé mais aussi de la politique belliqueuse et guerrière de la première puissance impérialiste. Dans cette fuite en avant pour tenter, en vain, de conserver l’hégémonie américaine, les premières victimes sont les chercheurs eux-mêmes et la lutte contre le changement climatique. Le député LFI Arnaud Saint-Martin et le militant insoumis Mathieu Rateau reviennent sur cette nouvelle saignée de la recherche publique aux États-Unis, et se revendiquent au contraire d’une recherche altermondialiste, libérée de la loi du marché. Notre article.
Un rapport qui légitime les coupes budgétaires dans la recherche
Le président du Bureau de la politique scientifique et technologique (OSTP) de la Maison Blanche a publié ce mois de juillet 2026 son rapport adressé au président états-unien Donald Trump. L’OSTP occupe une place stratégique dans l’architecture gouvernementale du pays. Soumis à la Maison Blanche, le bureau dispose d’une grande influence sur les budgets colossaux de la recherche fédérale.
Censé guider les orientations stratégiques de l’action de l’exécutif d’extrême droite en matière de recherche, le document s’apparente sans surprise à une déclaration de doctrine arrivée en cours de mandat. L’instrumentalisation de la recherche par les pouvoirs politiques réactionnaires n’a rien de nouveau. Le document retient pourtant l’attention, puisqu’il déroule une certaine vision de la rationalisation scientifique alignée avec la doctrine à l’œuvre dans la méga-puissance états-unienne à bout de souffle.
L’empire, en guerre depuis 226 ans cumulés sur ses 250 ans d’existence, se cherche une nouvelle hégémonie. Du détroit d’Ormuz aux laboratoires de recherche, Trump a décidé de montrer les muscles. Rappelons qu’il souhaitait en 2025 réaliser une coupe budgétaire de 55% dans le budget de la National Science Foundation (NSF) ainsi qu’une coupe de 47% dans celui de la NASA, finalement retoquées par le Sénat.
L’ambiance instaurée par la présidence Trump aux Etats-Unis est à l’obscurantisme, ayant conduit de nombreux scientifiques à envisager de quitter le pays. Ce néo-Maccarthysme encourageant une science et des universités mises au pas pour faire rayonner une certaine vision de la nation tue pourtant la recherche de l’intérieur. L’analyse de cette doctrine nous donne plus de détails pour comprendre ce qu’il se joue.
Une stratégie de recherche tournée vers la guerre et le privé.
Personne ne s’attendait à ce que la doctrine trumpiste soit tournée vers l’intérêt général et le progrès humain, ce document nous le confirme. Rappelant à quel point la recherche fut stratégique pour assurer le « triomphe » du pays dans la guerre froide, dont le résultat a produit « la nation la plus prospère de l’histoire de l’humanité » – hyperbole états-unienne s’il en est – la stratégie énonce clairement le rôle de la recherche comme un supplétif des vues belliqueuses du gouvernement. Le mot guerre est présent 15 fois dans le texte, quatre pour militaire.
Le président Trump a ainsi été très clair concernant ses priorités, cherchant à ériger un nouvel « Âge d’or de l’innovation américaine », qui aurait pour but de sécuriser l’hégémonie états-unienne, notamment en matière de nouvelles technologies, face à des rivaux étrangers. L’ennemi est à peine dissimulé, puisqu’une référence explicite est faite à la stratégie chinoise de développement. Le rapport déplore également la récupération par les autres pays des avancées achevées dans les laboratoires états-uniens se retrouvant directement sur le sol des usines étrangères.
Venant de la première puissance capitaliste mondiale, la critique des résultats de la compétition néolibérale est osée. Le document nous propose également une méthode pour instaurer ce nouvel Âge d’or de l’innovation états-unienne. L’OSTP entend effectivement remettre l’individu au cœur de la recherche, car il aurait été écrasé dans son activité par la bureaucratie, limitant les inventions. En clair, la Maison Blanche annonce le grand retour du chercheur, mais libéré des instituts de recherche, c’est le self made man recyclé pour la recherche fondamentale.
Toutefois, ce retour ne se fera pas seul, le recherche n’assurant « ni la puissance nationale ni la vitalité économique », les travaux de recherche sont donc priés de collaborer étroitement avec le secteur privé, cité 14 fois dans le document. La mise au pas de la recherche au service des intérêts financiers achève ainsi sa mue : elle aboutit sur la Mission Genesis, prenant la suite du Projet Manhattan et de le Programme Apollo dans le récit national, censée doubler la productivité et l’impact de la science états-unienne en mettant l’intelligence artificielle pleinement à son service. Les GAFAMX et autres vautours numériques s’en réjouiront sans nul doute, le techno-féodalisme bat son plein.
Le climat et la biodiversité sacrifiés
Si la stratégie de l’OSTP fait la part belle au secteur privé et à la militarisation de la recherche, les sciences climatiques, la protection de la biodiversité, ou tout ce qui aurait trait à la protection de l’environnement sont les grands absents du texte. Aucune mention n’est faite du mot climat, ni du changement climatique, de la biodiversité, et encore moins de la bifurcation écologique. Comme rayés de la carte par le climato négationniste Trump, tous les projets de recherche du pays traitant de ces questions en pâtiront d’une manière ou d’une autre. La tendance annoncée par la nomination d’un magnat de la fracturation hydraulique comme secrétaire à l’énergie en 2024 se confirme.
L’appétit trumpiste pour les hydrocarbures aura conduit les Etats-Unis à montrer leur visage le plus belliqueux du Venezuela jusqu’en Iran. Pas surprenant venant d’un président dont l’une des premières décisions aura été de retirer les Etats-Unis de l’Accord de Paris. En opposition avec les enjeux climatiques contemporains, la recherche états-unienne servira donc toujours plus le capitalisme fossile, nourrissant un écocide aux conséquences mondiales. D’ailleurs, si la France brûle, c’est aussi le cas du continent américain avec des méga-feux au Canada dont les fumées se sont fait ressentir jusqu’à New-York.
C’est pourquoi il est crucial que cette information circule : la France a aussi son lot de climato-négationnistes d’extrême droite. A l’heure où les gens subissent de plein fouet des vagues de canicule successives, n’oublions pas que certains pourraient une fois arrivés au pouvoir annuler des programmes de recherche fondamentaux indispensables pour comprendre le changement climatique qui provoque l’intensification de ces phénomènes.
La vision insoumise : pour une diplomatie scientifique altermondialiste !
Avec cette stratégie, ce sont deux visions de l’universalisme et du rôle de la recherche qui se confrontent. L’une, portée par l’extrême droite états-unienne, traduit la tentation d’une hégémonie et la volonté d’un rapport de force permanent. Le rapport de l’OSTP déplore avec suffisamment de clarté la perte du statut de puissance incontestée dans le domaine de la recherche, remettant aux goût du jour une ambiance de guerre froide mobilisant les agences héritées de cette période face à un nouveau bloc ennemi, avec la Chine pour moteur.
Le risque est là, puisque le rapport l’annonce, « notre dominance scientifique est en danger. ». Et de ce risque émerge un objectif pour la puissance en perte de vitesse : reconquérir une hégémonie grâce à la mise au pas de l’intelligence artificielle pour la découverte scientifique « à un niveau qu’aucune autre nation ne pourra égaler. ».
À rebours de ce tout compétition et de la conception d’une recherche soumise aux objectifs lucratifs et belliqueux, nous défendons avec les insoumis une recherche publique exigeante, tournée vers l’intérêt général et les nouvelles frontières de l’humanité. La recherche française doit également participer d’une forme de diplomatie scientifique altermondialiste. C’est à ce prix que nous pourrons nous préparer aux chocs écologiques à venir.
Un outil est déjà disponible en France pour mettre en œuvre une diplomatie scientifique de grande ampleur : il s’agit de l’Institut de recherche et de développement (IRD). Il est aujourd’hui menacé d’une dissolution dans le Centre national de recherche scientifique (CNRS), risquant ainsi de perdre une connaissance de la coopération internationale et de domaines stratégiques clés pour notre pays, comme l’adaptation au changement climatique. Les insoumis apportent tout leur soutien aux 2300 scientifiques qui y travaillent. A l’heure où l’obscurantisme gagne du terrain sur le plan international, nous devons défendre le paradigme d’une recherche publique au service de nos causes communes.
Pour aller plus loin : « Les étudiants sont transformés en chair à canon » : le cri d’alarme du député LFI Arnaud Saint-Martin
Arnaud Saint-Martin, député de Seine-et-Marne et Mathieu Rateau, militant insoumis.


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