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Quand pourra-t-on revoir Cuba?

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Quel contraste ! Pendant que nous cherchons à aller toujours plus vite avec notre TGV canadien, Cuba est complètement paralysée. Les rues de La Havane sont pratiquement vides, les usines étrangères ferment, et les touristes sont inexistants.

À Cuba, le pétrole ne « coulera pas à flots », détroit d’Ormuz ouvert ou non. L’autre blocus, celui que Trump a transformé en arme de guerre totale contre Cuba, si bien que l’Organisation des Nations unies (ONU) craint un « effondrement humanitaire », menace d’anéantir l’île. Imaginez, même Mastercard et Visa l’ont quittée. Sur ordre du président américain, bien sûr…

Cuba est d’abord une sorte d’éloge à la lenteur, le contraire de Trump, toujours pressé. On s’y rend pour le plaisir de tuer le temps en montant à bord d’une calèche conduite par un cocher aux allures débonnaires ou de rouler dans les almendrones (ces vieilles voitures des années 1950). On choisit l’île pour le farniente sur ses plages incomparables, pour son rhum, ses cigares et, surtout, pour son peuple chaleureux et sa culture unique.

Mon premier voyage sur l’île remonte au début des années 1990, à l’époque de l’effondrement de l’URSS, l’indispensable allié de Cuba. Cette période, appelée « la période spéciale », amorça une première remise en cause du système et s’accompagna de pénuries. Il était par exemple impossible de trouver des produits comme du vin blanc ou des frites. Quand je retournai dans l’île deux décennies plus tard, l’espoir était de retour. C’était l’époque d’Obama et d’une amorce de « dégel » entre l’île et son voisin américain. Je fis alors, dans un bar de Varadero, la rencontre du seul Américain jamais aperçu en terre cubaine. Il se présenta comme une sorte d’émissaire économique des États-Unis venu négocier des « investissements » dans l’île. Ses projets, on le devine, sont rapidement tombés à l’eau.

Mon dernier voyage à Cuba s’est déroulé dans un contexte étrange. C’était l’après-pandémie, qui fut vécue difficilement par Cuba comme dans toutes les îles des Caraïbes privées pour la plupart de leur première source de revenus : le tourisme. Malgré le retour des démocrates au pouvoir, l’ère d’Obama était bel et bien terminée. Plutôt que de croiser de mystérieux investisseurs américains, j’aperçus pour la première fois d’immenses hôtels abandonnés. Les pénuries étaient de retour et le peuple était inquiet.

C’est lors de ce dernier voyage, en 2023, que j’eus pour la première fois la chance de mettre les pieds à Santiago de Cuba, l’une des plus belles villes du pays. C’est ici qu’est née la révolution cubaine. En 1953, des guérilleros menés par Fidel Castro ont défié le régime et le bon sens en attaquant la caserne militaire de Moncada. Si un bon nombre des conjurés furent tués par les soldats, Castro fut capturé puis remis en liberté par les autorités après seulement deux ans de cachot.

Dans une de ses envolées lyriques caractéristiques, intitulée « L’histoire m’absoudra » et qui dura rien de moins que trois heures, Castro demanda à rejoindre ses camarades et à mourir avec eux. Soutenu par le peuple, il fut plutôt libéré. Ce fut probablement la plus grande erreur jamais commise par Batista, ce dictateur à la solde des Américains qui exerçait un pouvoir sans partage sur l’île. Quelques années plus tard, le premier janvier 1959, pendant que Batista fuyait en République dominicaine, Castro, Che Guevara et les révolutionnaires cubains s’emparèrent de la capitale pour ne plus jamais la quitter.

La caserne de Moncada, sur laquelle on aperçoit encore des éclats de balles laissés par l’attaque de 1953, raconte aussi une autre histoire. Elle a depuis été convertie en école. Éduquer le peuple, donner accès à l’université même aux plus humbles des paysans, ce fut probablement le plus grand accomplissement du régime communiste de Castro. Et de fait, les Cubains sont aujourd’hui le peuple le plus instruit d’Amérique latine.

Cette histoire interpelle les Québécois, qui ont fait de Cuba leur première « destination soleil ». Il y a bien sûr les plages et le coût peu élevé du séjour. Mais au-delà de ces évidences et du romantisme révolutionnaire, il y a probablement chez nous une part d’admiration teintée d’envie envers Cuba. Cette petite île des Caraïbes a fait à la dure une révolution qui, pour nous, ne demandait qu’à être cueillie par des voies démocratiques…

Après cette première visite furtive à Santiago de Cuba, il me tarde de retourner visiter cette ville blottie entre la mer et les montagnes qui ne se mérite qu’au bout d’une longue route de campagne si bien parsemée de nids-de-poule qu’on se croirait à la maison… Il faudra pour cela que les choses reviennent à la normale. Mais, bien au contraire, nous sommes aujourd’hui devant la perspective du dernier acte de la soumission de Cuba que voudra sans doute jouer le nouveau roi américain. Espérons que l’aventure iranienne l’aura lassé de nouvelles « conquêtes ». Espérons surtout que le pays renouera avec la démocratie et de meilleures conditions de vie sans redevenir une colonie américaine. La Havane transformée en une nouvelle Miami ? Non merci !

Quand pourra-t-on revoir Cuba et renouer avec sa douce lenteur ?

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