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La naissance d'un enfant au Canada devient de plus en plus difficile financièrement en raison de l’inflation et de la valeur des prestations de maternité et parentales versées aux familles.
Tiphaine Desfond, âgée de 32 ans et gestionnaire de projets en construction à Vancouver, prévoyait de prendre un congé de maternité de 12 à 18 mois pour accueillir son premier enfant.
Or, la découverte du système fédéral de congé parental a eu l’effet d’une douche froide sur ses finances familiales.
Au Canada, les prestations du congé de maternité proviennent de l'assurance emploi (AE). Ce régime, à l'extérieur du Québec, remplace 55 % du revenu jusqu'à un maximum de rémunération assurable établi à 729 $ par semaine en 2026.

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Le coût de la vie dicte parfois la durée du congé parental.
Photo : Radio-Canada
Le congé de maternité est de 17 semaines, ou trois mois, et il est suivi d'un congé parental qui peut être partagé avec l'autre parent. La prestation s'étend alors sur une période de 40 à 69 semaines.
Selon ce calcul, la somme que Tiphaine Desfond recevra représente moins de 40 % de son salaire habituel, confie-t-elle.
Je bosse tellement que je m'étais dit : je vais avoir l'année pour souffler un peu, si on appelle souffler s'occuper d'un bébé, mais au moins je pourrai prendre le temps pendant une année, explique Tiphaine Desfond.
Mais là, ça me fait peur. J'ai tellement idéalisé le congé maternité.

Un nouveau chapitre
Photo : iStock / santypan
Elle prévoit désormais travailler jusqu'à la date de son accouchement et envisage un retour au travail seulement trois mois après la naissance de son enfant pour réussir à maintenir ses paiements.
Cette situation illustre une réalité documentée dans un rapport de 2025 du Centre canadien de politiques alternatives (CCPA) sur le soutien aux jeunes familles.
Katherine Scott, économiste au CCPA et autrice du rapport, constate qu'il y a dans le système canadien de congé de maternité de grandes disparités par rapport à plusieurs pays de l’OCDE. Le Canada, qui a établi son congé de maternité en 1971, fait piètre figure quand on le compare à d’autres pays.

Selon l'économiste Katherine Scott, le Canada fait piètre figure en matière de congé parental.
Photo : Fournie par Katherine Scott
Il se classe au 18e rang pour ses dépenses liées au congé parental, avec des dépenses représentant 0,25 % du PIB, derrière des pays comme la Slovaquie et la Grèce.
Nous avons greffé notre système de congé parental sur celui de l'assurance emploi. Nous pourrions au minimum corriger cette lacune flagrante, affirme Katherine Scott.
[Ce système a un impact sur] les familles défavorisées au moment même où elles ont le plus besoin de soutien.
Une place en garderie, parcours du combattant
Aux sommes versées par l'assurance emploi, qui exclut plusieurs travailleuses autonomes, s'ajoute désormais un nouvel obstacle important : la suspension du programme des garderies à 10 $ par jour annoncé par le gouvernement de la Colombie-Britannique dans le dernier budget.
Le rapport du CCPA rappelait déjà que la garde d'un enfant coûte très cher aux parents qui n'arrivent pas à obtenir l'une de ces places subventionnées.
Marina Adshade, économiste à l’Université de la Colombie-Britannique, déplore que le coût des garderies au pays soit tel que des femmes, surtout, se demandent si elles devraient retourner au travail.
Elles se disent : "Est-ce que tout mon salaire ira entièrement dans les frais de garde?", explique Marina Adshade.
Si ces femmes décident de ne pas retourner au travail pendant deux, trois ou quatre ans, lorsqu’elles retourneront [sur le marché de l'emploi], elles risquent de moins gagner.
Cayley Benjamin, coach de maternité à Vancouver, a soutenu des centaines de femmes au fil des ans. Cette mère de deux enfants constate que les pressions financières sont centrales dans leur questionnement, dont l'accessibilité des garderies sur le plan financier.
Des femmes qui ont eu accès à des garderies abordables m’ont dit qu’elles ont immédiatement économisé de 2000 $ à 3000 $ par mois… par mois! C’est le prix d’un loyer ou d’une hypothèque!

Cayley Benjamin est coach de maternité à Vancouver.
Photo : Radio-Canada
Pénalité de la maternité
Le fait de réduire ses heures de travail ou de rester à la maison sont autant de stratégies à court terme qui décrivent le phénomène de pénalité de maternité, rappelle Marina Adshade.
Loin d’être une impression, l’impact financier sur les femmes est incontestable. Selon une étude de 2023, 10 ans après la naissance de leur premier enfant, les Canadiennes hors Québec gagnent encore 34 % de moins qu'avant leur accouchement.
Dans les faits, une absence prolongée du milieu du travail se fait au détriment de leurs cotisations de retraite, ce qui exacerbe la pénalité de maternité.

Marina Adshade est économiste à l’Université de la Colombie-Britannique.
Photo : Radio-Canada
Comptable à l’Université Carleton, Oriane Couchoux s’intéresse aux dépenses faites par les mères depuis qu’elle a eu son premier enfant.
Elle a découvert que les mères sont souvent chargées des achats quotidiens de leurs enfants et qu’elles absorbent du fait même ces petits coûts de façon invisible, sans les comptabiliser ni réclamer leur part à l'autre parent.

Les mères de famille absorbent de plus grandes dépenses face à la parentalité.
Photo : Getty Images / Kerkez
Pour beaucoup de nos participantes, l'idée même de de compter exactement combien on dépense pour les enfants, c'est presque tabou. C'est considéré comme inapproprié, comme malsain parce qu'une bonne maman, ça ne devrait pas compter, explique-t-elle.
Or, dans un contexte d'inflation, ces dépenses s'accumulent et grugent le portefeuille de la mère.
À titre d’exemple, le prix du lait maternisé a bondi, depuis 2019, passant de 28,99 $ à 51,39 $, selon Statistique Canada. La catégorie qui englobe les couches pour bébé a également augmenté de 17,1 % entre 2019 et 2025.
Oriane Couchoux ajoute que, face à des budgets serrés, de nombreuses mères cessent carrément d'épargner pour leur propre retraite (REER) afin de prioriser les besoins de leurs enfants ou leurs futures études, comme les REEE.
Ce sacrifice financier aggrave l'écart de pension de 17 % entre les hommes et les femmes au pays et les mères dans les métropoles sont davantage pénalisées, selon elle.

Bien se nourrir pendant que l'on porte la vie. (Photo d'archives)
Photo : getty images/istockphoto / Natalia Kuzina
Les grandes zones urbaines dans 134 pays analysés affichent systématiquement des pénalités de maternité plus importantes que les moyennes nationales, selon une étude de 2023 (nouvelle fenêtre).
À Londres, par exemple, la chute du revenu des femmes comparativement à celui des hommes est de 43 % à Londres, contre 34 % pour l'ensemble du Royaume-Uni.
Ainsi, des familles envisagent de déménager, explique Cayley Benjamin, qui a eu cette discussion avec des dizaines de femmes à Vancouver.
La clé du Québec
Katherine Scott, l’économiste du Centre canadien de politiques alternatives, recommande au gouvernement fédéral de s'inspirer du Régime québécois d'assurance parentale (RQAP).
Depuis 2006, la province a fait bande à part du reste du Canada et verse des sommes plus importantes pour le congé de maternité, en plus d’y inclure davantage de mères, explique-t-elle.

Un père change la couche de son enfant.
Photo : iStock
Dans son rapport, elle suggère d'augmenter le taux de remplacement du revenu de l'AE à 75 % et d'aligner le seuil maximal de rémunération assurable sur celui du Québec (98 000 $) pour mieux protéger le pouvoir d'achat des nouveaux parents.
Si les employeurs peuvent bonifier une partie du salaire de leurs employées quand elles partent en congé de maternité, ils ne sont pas majoritaires au Canada, dit Cayley Benjamin.
Par ailleurs, les économistes Katherine Scott et Marina Adshade croient qu’il faut augmemnter les incitatifs pour que le père ou l’autre parent puisse prendre un congé plus important.


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