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L’opposition au projet de train à grande vitesse (TGV) de la société Alto qui se fait entendre depuis quelques semaines rappelle de nombreuses autres situations où l’intérêt de la collectivité est entré en collision avec des intérêts locaux. En fait, cela semble même être une conséquence inévitable de tout projet d’infrastructure de la moindre envergure.
Le Québec s’enorgueillit à juste titre d’être un champion de cette énergie verte qu’est l’hydroélectricité, et chaque Québécois bénéficie du faible coût de l’électricité qui en résulte. Mais quand on se tient debout sur cette merveille d’ingénierie qu’est le barrage de Manic-5, on réalise le prix que la Côte-Nord a payé pour éclairer les villes au sud : un paysage saccagé, des territoires ancestraux innus engloutis. La même histoire s’est répétée à chaque barrage, de Grande-Baleine à la Romaine. Des retombées immenses pour la nation québécoise, un drame tout aussi grand pour les communautés touchées.
À Montréal, des quartiers ont été rasés en tout ou en partie pour permettre la construction des autoroutes et des bâtiments. En Gaspésie, parmi les 188 000 visiteurs qui se sont rendus à Forillon en 2025, la plupart ignoraient sans doute que la création de ce magnifique parc national en 1970 a obligé 225 familles à quitter leur maison.
Et puis, bien sûr, il y eut Mirabel, une tragédie locale d’autant plus cruelle que les bénéfices promis pour la collectivité se sont évaporés une génération plus tard. Une véritable insulte pour les familles et communautés qui se sont trouvées disloquées à la suite de la construction d’un aéroport au cœur d’une région agricole. Le traumatisme vécu est visiblement encore bien présent dans les esprits, et ravivé par le projet fédéral de TGV qui doit passer dans la même MRC.
Les avantages collectifs qu’entraînerait la construction de ce TGV sont indéniables. La possibilité d’effectuer le trajet Québec-Montréal en 90 minutes changerait la vie de ceux qui doivent faire la navette entre ces villes pour le travail, la famille ou les études. Par ailleurs, un lien rapide entre les deux plus grosses villes canadiennes aurait des retombées positives sur les affaires, le tourisme et l’économie générale des deux régions concernées, et de toutes celles sur le chemin, dont celles de Gatineau et de Trois-Rivières. Alto estime cet effet à une augmentation du PIB du Canada allant jusqu’à 1,1 % par an.
Sur le plan environnemental, le bénéfice serait évidemment important. S’il est aussi rapide et efficace que prévu, le TGV pourrait faire baisser le nombre de déplacements en voiture et en avion et générer bien moins de gaz à effet de serre puisqu’il serait électrique. On peut arguer que la culture du « char » est implantée trop profondément chez les Nord-Américains pour qu’on prenne l’habitude du train. Mais quiconque est déjà monté dans un TGV en Europe, en Asie ou ailleurs peut témoigner que se déplacer aussi rapidement et confortablement est une expérience au goût de revenez-y.
Tout cela ne dispense pas bien sûr de se demander si on a les moyens de se payer une telle infrastructure, si formidable soit-elle. C’est une question autant politique qu’économique, à laquelle il faut répondre en mettant dans la balance non seulement les coûts de construction, mais aussi ceux de renonciation. Il faut surtout attendre d’avoir un véritable prix, car, pour le moment, les chiffres lancés dans le débat public vont de l’estimation basée sur des comparaisons avec des projets d’ailleurs à la pure conjecture.
En attendant que le plan se précise, on peut tout de même tirer deux leçons de l’histoire québécoise en matière d’infrastructures.
La première, c’est qu’abandonner un projet sous le seul prétexte d’une opposition locale ne serait pas de la bonne gouvernance. Pour assurer le bien de toute la société, nuire à certaines personnes ou communautés est parfois, hélas, inévitable.
La deuxième, c’est que même lorsqu’il a été établi que le projet était essentiel à la collectivité et devait aller de l’avant, il faut quand même tout mettre en œuvre pour réduire au maximum les répercussions locales. Nous ne sommes plus au temps où les Cris apprennent dans le journal que le gouvernement s’apprête à inonder leur territoire, ou que les autoroutes tranchent des quartiers en deux sans état d’âme. La transparence doit être maximale, les consultations, amorcées au tout début du processus. Tout doit être fait pour réduire le plus possible les répercussions sur les personnes touchées, et compenser celles-ci de façon juste. C’est une question de respect élémentaire envers nos concitoyens à qui on demande de faire des sacrifices pour le bien de tous.


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