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Quand ils sont venus chercher CNews…

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Quand ils sont venus chercher CNews…

Renvoyez la censure ! (Philippe Muray)

Quand ils sont venus chercher CNews… Lycée Turgot, 5 octobre 2026 © Cesar VILETTE/SIPA

Près de 800 000 pétitionnaires demandent la fermeture de CNews. « La gauche est aujourd’hui le parti de la censure » déplore Élisabeth Lévy dans sa chronique radio. Nous vous proposons de l’écouter.


On avait déjà un gendarme des médias, l’Arcom. Désormais, on a 800 000 flics de la pensée qui réclament tranquillement la fermeture d’une chaîne de télévision parce qu’ils n’aiment pas sa ligne éditoriale. La Commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale pourrait même décider que cette question sera débattue dans l’hémicycle. C’est peu probable, mais cette pulsion de censure effraie. Delenda Carthago est (« il faut détruire Carthage ») répétait obsessionnellement Caton. « Il faut fermer CNews », psalmodient les Insoumis, les écolos et quelques éditorialistes – en toute confraternité. Pour ma part, je me sentirais dégradée si je demandais la fermeture d’un journal ou d’une chaîne parce que ses orientations me défrisent. Mais après tout, chacun fait ce qu’il veut de sa dignité, y compris la sacrifier sur l’autel du sectarisme et de la mesquinerie. Vous avez dit « minables » ? 

Soudainement, on se fiche totalement de l’État de droit

Chacun est libre de critiquer CNews. De la détester, même. Sur ses plateaux, comme sur tous les autres, des propos choquants ou condamnables sont parfois tenus. La parole humaine est faillible, excessive, blessante. Je préférerai toujours la bataille d’arguments à l’interdit. Mais si vraiment, on ne peut pas se passer de jouer les délateurs, on peut saisir l’Arcom ou la justice. Sauf que pour les signataires, l’Arcom a la main trop légère : « le régulateur est le paillasson du régulé », écrivent-ils, sans doute fiers d’une telle trouvaille. En tout cas, c’est amusant : soudainement, ils se fichent totalement de l’État de droit qu’ils révèrent généralement. Puisque le gendarme ne fait pas régner l’ordre idéologique, vive la justice populaire. Je juge, je condamne, j’exécute. À la Poutine. Ou à la Staline.

A lire aussi, éditorial: Carton jaune

D’accord j’exagère. Il s’agit d’un usage hyperbolique du signifiant Staline. À ma connaissance aucun camp de travail ou de rééducation n’est prévu pour les journalistes du groupe Bolloré. Dans sa clémence, le procureur Benjamin Lucas, le député écolo qui est la pointe de ce noble combat pour fermer un média, demande juste à l’Assemblée de leur retirer leurs accréditations. Benjamin Lucas et ses copains insoumis souffrent pour les pauvres, mais ils mettraient des centaines de gens au chômage sans sourciller et même avec un certain plaisir.

Bien entendu, cette belle campagne épuratrice est menée au nom du vivre-ensemble. Sous Staline, on accusait les dissidents de comploter contre le Parti ; aujourd’hui, on les traite de « racistes ». Rappelons que les propos et actes racistes sont punis par la loi et que c’est encore aux juges de l’appliquer pas à des meutes excitées (il est vrai que certains juges se joignent volontiers aux meutes excitées). Mais Ali Rabeh et d’autres veulent interdire à quiconque d’observer les méfaits de l’islam radical ou les difficultés liées à l’immigration sans intégration, puisque, dans des esprits simples, des constats factuels pourraient encourager un passage à l’acte criminel. C’est ainsi que le malheureux Edouard Philippe subit un déchaînement furieux pour avoir vu ce que chacun voyait.

Touche pas à mon pluralisme

Le renversement historique est achevé. La gauche, qui était autrefois (il y a déjà pas mal de temps) le parti de la liberté, est aujourd’hui celui de la censure. Pas toute la gauche. Le PS boude cette croisade épuratrice (sans oser toutefois soutenir clairement CNews) et ma chère Françoise Degois défend valeureusement la liberté d’expression de ceux qui ne pensent pas comme elle. La jeunesse mélenchonisée, tiktokisée et radicalisée n’a pas cette élégance. La hargne de nombreux lycéens contre les journalistes en général et ceux de CNews en particulier montre que, comme l’analyse Chloé Morin, la Gen Z a un sérieux problème avec l’altérité. Les héritiers autoproclamés de Mai 68 adorent surveiller, punir et interdire. Au nom du vivre-ensemble, bien sûr.

J’ai une idée pour les 800 000 apprentis-censeurs : puisqu’ils n’aiment pas le pluralisme, offrons-leur un petit territoire où ils pourront vivre entre eux sans jamais être choqués, offensés ou dérangés. Et qu’ils foutent la paix à tous ceux qui conservent le goût de la discorde civile et de l’engueulade démocratique.

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Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale du lundi au jeudi

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