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Procès de Frank Stronach : « J’avais peur pour ma vie », avoue la sixième plaignante

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Le témoignage de la sixième accusatrice de Frank Stronach a donné lieu à une scène bouleversante au procès du milliardaire pour viol et séquestration, mercredi, au palais de justice de Toronto. La femme de 73 ans a raconté les circonstances dans lesquelles elle dit avoir été invitée sous des prétextes dans l’appartement de l’accusé après l’avoir rencontré dans sa boîte de nuit en 1986.

AVERTISSEMENT : cet article pourrait choquer la sensibilité de certains lecteurs.

L’homme d’affaires de 93 ans fait face à une dizaine d’accusations à caractère sexuel pour des faits reprochés s’échelonnant sur une trentaine d’années.

C’est une femme traumatisée et en pleurs qui raconte, avant même d’être interrogée, qu’elle est dépressive et qu’elle a dû laisser son emploi d’infirmière 15 ans après sa rencontre avec l’accusé en 1986. Son identité est protégée par un interdit de publication.

Rencontre dans un club de nuit

La plaignante no 6 explique qu’elle se sentait seule le soir de la Saint-Valentin après son travail à l’hôpital, qu’elle avait entendu parler d’une boîte de nuit, le Rooney’s, et qu’elle avait décidé d’y aller.

J’avais revêtu un pantalon moulant rouge pour l’occasion avec un haut qui n’avait rien de vulgaire ainsi que des talons aiguille, se souvient la Torontoise d’origine polonaise, qui avait alors 33 ans.

La femme de 73 ans affirme qu’elle s’y est rendue en métro, mais qu’elle ne savait pas que le club appartenait à Frank Stronach.

Le bar était magnifique, il y avait des ballons au plafond, mais il n’y avait pas autant de monde que je pensais, poursuit-elle en précisant qu’il était déjà environ minuit.

Frank Stronach arrive au palais de justice de Toronto, le 18 février 2026, pour le quatrième jour de son procès.

Frank Stronach est aujourd’hui âgé de 93 ans et fait face à une dizaine d’accusations à caractère sexuel pour des faits reprochés s’échelonnant sur une trentaine d’années.

Photo : La Presse canadienne / Laura Proctor

Elle souligne que des hommes se tenaient au bar avec l’accusé, mais qu’elle ignorait que c’était Frank Stronach.

J’ai commandé une coupe de vin et je me suis dit que je rentrerai aussitôt, parce que le métro fermait plus tôt qu’aujourd’hui, précise-t-elle.

Elle ajoute que Frank Stronach l’a alors accostée en lui proposant un autre verre et des crevettes sur glace.

La plaignante précise qu’ils ont parlé de ski, parce qu’elle skiait à l’époque et qu’il lui avait dit qu’il était d’origine autrichienne.

Le bar Rooney’s tel qu’illustré dans une revue gastronomique de langue anglaise.

Le bar Rooney’s à Toronto dans les années 1980, alors qu’il appartenait à l’industriel Frank Stronach.

Photo : Avec l'autorisation de la Cour supérieure de l'Ontario

Elle explique qu’elle était néanmoins contrariée au sujet de son départ, mais qu’il lui a offert de la reconduire chez elle.

J’étais en forme, jolie et sexy à l’époque, soutient-elle. Elle ajoute qu’elle dansait avec l’accusé, lorsqu’il a tenté de l’enlacer, sans succès.

Elle mentionne que Frank Stronach lui a offert un ballon et qu’il l’a priée d’être son valentin. Il était galant, beau garçon, mais il n’était pas mon genre, dit-elle en ajoutant qu’il était plutôt bien habillé pour un machiniste.

La plaignante affirme qu’ils sont passés au vestiaire à la fermeture du club et que le chauffeur de l’accusé lui a demandé s’il voulait qu’il le reconduise chez lui.

Frank Stronach lui a répondu qu’il conduirait et l’a excusé pour la nuit. En sortant, j’ai vu que le chauffeur avait avancé la voiture, une vieille minoune Bordeau, dit-elle en pensant que c’était une voiture de façade.

Invitation trompeuse de l'accusé

Elle souligne qu’elle s’est rendu compte que Frank Stronach ne la reconduisait pas chez elle. Il m’a dit qu’il allait prendre le Lakeshore plutôt que la rue Bloor, dit-elle

Elle mentionne qu’il s’est alors arrêté chez lui, à côté de l’hôtel Harbour Castle sur le bord du lac, parce qu’il avait besoin d’un café.

L'hôtel Westin Harbour Castle dans le ciel de Toronto.

L'hôtel Westin Harbour Castle est l'un des premiers hôtels de Toronto construits sur les bords du lac Ontario. L'ancien condo de Frank Stronach est l'immeuble en béton situé juste à gauche.

Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui

Nous sommes montés dans son condo, dit-elle. Elle affirme que l’accusé est allé dans sa chambre et qu’elle a regardé s’il y avait quelque chose à manger dans la cuisine.

Il n’y avait rien dans le frigo mis à part de l’alcool, il n’y avait pas de café et la cuisine semblait n’avoir jamais été utilisée, déclare-t-elle.

Elle explique que Frank Stronach lui a demandé de le rejoindre dans la chambre. Il était complètement nu sur un lit d’eau, je me suis affolée en lui demandant de me reconduire chez moi, raconte-t-elle.

La plaignante soutient qu’il lui a plutôt demandé de se déshabiller, parce qu’il voulait la voir nue.

Je me suis mise à hurler, je l’ai menacé de briser la fenêtre et de me jeter dans le lac s’il ne me ramenait pas chez moi, précise-t-elle. J’avais peur pour ma vie.

La façade de l’hôtel Westin Harbour Castle.

La façade du Westin Harbour Castle avec l’entrée du stationnement sur la gauche, où Frank Stronach a stationné sa voiture Chevrolet la nuit du 15 février 1986, selon la plaignante numéro 6.

Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui

Elle souligne qu’il a remis son pantalon, mais que sa braguette était toujours ouverte, et qu’il l’a consolée sur le divan.

Il me caressait la nuque, il s’est allongé sur moi sur le sofa, il a retiré mon pantalon et il m’a violée, dit-elle en précisant qu’elle ne portait pas de culotte. Je tremblais et tentais de me débattre.

Elle affirme que l’agression n’a duré que cinq minutes, qu’il s’est rhabillé et qu’il l’a reconduite chez elle.

Elle ajoute qu’il lui a offert un travail dans son club lorsqu’elle est descendue de la voiture, où elle s’était assise à l’arrière.

Je lui ai répondu qu’il pouvait se mettre son job dans le derrière, parce que j’étais infirmière, poursuit-elle.

Confrontation avec le prévenu

La femme affirme qu’elle a compris deux ou trois mois plus tard qu’il s’agissait de Frank Stronach en voyant sa photo dans les journaux.

Elle ajoute qu’elle est alors retournée à sa boîte de nuit pour le confronter. ll était entouré de jeunes femmes et il s’est déplacé vers moi sans me reconnaître, déclare-t-elle.

Elle explique qu’elle était anxieuse, qu’elle ne voulait pas créer une scène et qu’elle lui a dit : Tiens, tiens Frank, te voilà!

Elle mentionne qu’il ne lui a pas parlé, mais qu’un videur l’a escortée à l’extérieur. C’est la dernière fois que je l’ai vu, dit-elle.

Elle précise qu’elle avait été dans une clinique dans les jours suivants pour s’assurer qu’elle n’avait pas attrapé de maladie vénérienne.

Une passerelle entre deux édifices en béton.

La passerelle du Westin Harbour Castle qui permet d’accéder à la tour de condominium, où Frank Stronach avait un appartement dernier cri dans les années 1980.

Photo : Radio-Canada / Evan Mitsui

Elle avoue qu’elle n’a porté plainte à la police que 20 ans plus tard, en 2006, sur la suggestion de son psychiatre qu’elle consultait pour son traumatisme.

J’avais honte, je me sentais toujours sale et humiliée et j’étais fatiguée de garder un tel secret, conclut-elle.

La plaignante no 6 a été rappelée plusieurs fois à l’ordre par la juge, qui lui a rappelé de répondre à la Couronne sans s’élancer dans de longues explications et sans mentionner ses conversations avec son psychiatre.

La femme a en outre été surprise à un moment en train de lire des notes sur une feuille rose, ce qui a fait dérailler la fin de l’interrogatoire [NDLR : il est interdit à un témoin de lire des notes].

Elle a expliqué qu’elle avait gribouillé quelques mots pour l’aider dans son témoignage et qu’elle n’avait pas dormi, parce qu’elle était nerveuse.

La Couronne a par ailleurs demandé à la juge d’abandonner l’accusation de séquestration qui se rapporte à cette plaignante sans donner d’explication.

La défense commencera son contre-interrogatoire jeudi.

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