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Une troisième plaignante soutient au procès de Frank Stronach que le milliardaire a tenté de la violer en 1977 après avoir été invitée chez lui à Toronto. Elle est la troisième des sept plaignantes à témoigner dans ce procès devant juge. L’homme d’affaires de 93 ans fait face à 12 accusations à caractère sexuel pour des faits qui s’échelonneraient sur une trentaine d’années.
AVERTISSEMENT : cet article pourrait choquer la sensibilité de certains lecteurs.
Frank Stronach fait face à deux accusations concernant la plaignante no 3 : tentative de viol et attentat à la pudeur [NDLR : ces chefs ont depuis changé d’appellation à la suite d’amendements au Code criminel].

De gauche à droite : Frank Stronach, la procureure Julia Bellehumeur, la juge Anne Molloy, de la Cour supérieure de l’Ontario, et la plaignante numéro 3.
Photo : Radio-Canada / Pam Davies
L’identité de la femme de 74 ans est protégée par une ordonnance des tribunaux. Radio-Canada a choisi de numéroter les plaignantes dans l’ordre dans lequel elles comparaissent à la barre des témoins pour éviter toute confusion.
Bref interrogatoire de la Couronne
La plaignante no 3 explique qu’elle connaissait Frank Stronach puisqu’elle fréquentait souvent son club Rooney’s et son restaurant Le Connoisseur au centre-ville à l’époque, les deux enseignes étant dans le même édifice.
Je l’avais déjà vu et entrevu une douzaine de fois, je m’arrêtais pour lui parler de tout et de rien durant quelques minutes, dit-elle.
Elle mentionne qu’il lui avait offert une bouteille de champagne pour ses 25 ans en juin 1977, mais qu’il n’était pas resté avec elle et ses amis pour fêter l’occasion.
Elle mentionne qu’ils ont ensuite soupé ensemble de façon informelle un soir d’automne de la même année au Connoisseur et qu’il l’avait ensuite invitée chez lui dans le quartier Midtown.

La procureure Julia Bellehumeur interroge la plaignante numéro 3 au quatrième jour du procès, le 18 février 2026.
Photo : Radio-Canada / Pam Davies
Elle précise qu’elle a très peu bu et qu’elle n’a pas remarqué si son hôte était incommodé par l’alcool.
Il m’a conduite dans sa Cadillac, je savais qu’il avait une famille et un pied-à-terre en ville, mais qu’il y vivait seul, se souvient-elle.
La plaignante précise que Frank Stronach s’est absenté quelques minutes à leur arrivée pour je ne sais où et qu’elle a contemplé la vue par la fenêtre en l’attendant.
Il m’a alors poussée sur un fauteuil par-derrière, il a relevé ma jupe, je sentais son membre en érection et il a tenté de me pénétrer par-derrière, poursuit-elle.

Frank Stronach, aujourd’hui âgé de 93 ans, avait 44 ans au moment des faits reprochés de l’automne 1977.
Photo : Radio-Canada / Pam Davies
Elle affirme que tout s’est passé très vite, en deux ou trois minutes, et que l’accusé n’a pu la pénétrer à cause de ma culotte.
Elle souligne qu’elle a réussi à se relever, à prendre son manteau et sa sacoche, et à quitter l’appartement sans lui adresser la parole.
Il n’avait aucune expression sur le visage et je ne l’ai plus jamais revu, conclut-elle en précisant qu’elle avait par la suite refusé de fréquenter son établissement.
La septuagénaire qualifie l’expérience de bizarre, inattendue, embarrassante et pitoyable.
Je me suis sentie trahie, parce que j’avais appris au cours des années à avoir confiance en lui, conclut-elle.
Contre-interrogatoire de la défense
L’avocate Leora Shemesh fait admettre à la plaignante qu’elle traitait volontiers Frank Stronach de coureur de jupons en série dans ses conversations avec ses amis et les policiers au moment de sa première déposition au poste en juin 2024.
Il est bien un coureur de jupons en série, mais je ne l’ai appelé de cette façon qu’après la tentative de viol, parce qu’il avait toujours été respectueux avec moi jusque-là, réplique-t-elle.
Elle souligne qu’elle a toujours vu Frank Stronach en compagnie de femmes plus jeunes que lui, mais jamais en compagnie de son épouse. Je ne l’ai jamais vu à table avec des hommes, ajoute-t-elle.

L’avocate de la défense, Leora Stronach, contre-interroge de façon incisive la plaignante numéro 3.
Photo : Radio-Canada / Pam Davies
La plaignante explique qu’elle a contacté la police à la faveur du mouvement #MoiAussi et après avoir lu dans les journaux que M. Stronach faisait face à la justice.
Elle assure toutefois qu’elle ne connaissait pas les allégations des autres femmes et que ce qu’elle a lu n’est que des généralités.
Je voulais toutefois savoir si mon histoire corroborait ce que les policiers avaient entendu de la part d’autres plaignantes, dit-elle.
Elle jure qu’elle n’a pas du tout consulté les journaux ni écouté les médias, après sa déposition à la police, parce qu’on lui avait dit de s’abstenir de le faire.

L’avocate Leora Shemesh se penche vers l’avant sur son siège pour imiter le geste de la plaignante numéro 3 afin de bien comprendre la position dans laquelle elle dit avoir failli être violée dans un fauteuil en 1977.
Photo : Radio-Canada / Pam Davies
Elle admet qu'elle a fait quelques recherches sur Google durant Noël 2025 avant sa conférence préparatoire au procès en janvier 2026, mais que ça ne concernait pas les allégations d'autres femmes, mais plutôt au sujet du club-restaurant pour voir si ça déclencherait en elle d'autres souvenirs.
Me Shemesh tente par ailleurs de montrer que le témoignage de la plaignante dans le box des témoins différait du récit des événements qu’elle avait donné à la police et aux procureures dans ces conférences préparatoires.
Ma déposition à la police n’est pas parole d’Évangile et je n’ai pas donné des informations que les policiers ne me demandaient pas, souligne-t-elle.

La plaignante numéro 3 a été très combattive dans le contre-interrogatoire de la défense.
Photo : Radio-Canada / Pam Davies
L’avocate relève surtout le fait que la femme a dit aux policiers qu’elle ne se considérait pas comme une victime, mais plutôt comme une femme trahie.
Elle explique qu’elle a dit qu’elle n’était pas victime, parce qu’elle n’avait subi aucune blessure aux mains de l’accusé. J’ai bien précisé à la police que j’étais une survivante, ajoute-t-elle.
Me Shemesh met en outre en doute son témoignage en relevant que la plaignante ne se souvient plus si son client s’était déshabillé ou s’il avait gardé son pantalon.
Il était debout derrière moi, je ne le voyais pas, dit-elle en reconnaissant qu’elle ne savait pas ce qu’il portait exactement comme costume-cravate ce soir-là.
La plaignante a expliqué qu’elle se demandait à elle-même pendant la tentative de viol ce qu’elle faisait là dans cet appartement.
Je ne me rappelle plus de lui avoir directement demandé à haute voix ce qu’il faisait, conclut-elle.


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