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Présidentielle 2027 : pourquoi autant de candidats méconnus du grand public se lancent dans la course

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L’annonce de Karim Bouamrane, le maire de Saint-Ouen, relance le débat sur l’intérêt pour des figures moins exposées de se placer dans la course à l’Élysée.

Karim Bouamrane en février 2026.

BASTIEN ANDRE / Hans Lucas via AFP

Karim Bouamrane en février 2026.

Et le bal des prétendants continue. Chaque jour ou presque, un nouveau nom vient s’ajouter à la liste déjà bien fournie de candidats à l’Élysée. Ne craignant ni le risque d’overdose des Français face à l’étalage des ambitions, ni celui de la confusion, ils se placent pour succéder à Emmanuel Macron dans un an.

Le dernier à avoir franchi le pas : Karim Bouamrane. Le maire PS de Saint-Ouen a surpris son monde ce mardi matin. « Je suis candidat parce que depuis que je suis en responsabilité, j’ai pris conscience de notre force, j’ai pris conscience que nous étions majoritaires. Majoritaires à vouloir une France forte, une France humaine, une France qui protège, une France qui sécurise », a-t-il énuméré dans la matinale la plus écoutée de France.

Si son nom ne vous dit pas grand-chose, c’est normal. Karim Bouamrane, 53 ans, a fait irruption sur la scène nationale à l’été 2024 lorsque son nom a été évoqué pour entrer à Matignon. Les portraits laudateurs se sont alors multipliés dans la presse, certains n’hésitant pas à comparer sa trajectoire à celle de Barack Obama aux États-Unis. « A star is born », résumait l’ancien conseiller de François Hollande Gaspard Gantzer, voyant (déjà) en lui un futur président de la République.

Problème : Karim Bouamrane souffre d’un certain manque de notoriété et d’une surface politique réduite. Quelle est sa ligne ? Qui sont ses soutiens ? Avec qui compte-t-il mener campagne ? Et avec quel argent ? Autant de questions auxquelles le maire de Saint-Ouen ne répond pas pour le moment, mais qui risquent de très vite le rattraper. L’annonce de sa candidature ne s’est d’ailleurs pas accompagnée d’un élan de ferveur chez les socialistes. Bien au contraire. « Le bal des egos continue ! Les conséquences seront terribles », prévient déjà l’ex-maire PS de Clermont-Ferrand Olivier Bianchi.

Le principal intéressé, lui, croit dur comme fer en ses chances et assure qu’il « fera tout pour qu’il y ait un bulletin Karim Bouamrane » dans les bureaux de vote en 2027. Quitte à concurrencer d’autres candidats, pas beaucoup plus connus que lui. Ainsi, début février, c’était le député PS Jérôme Guedj qui se déclarait candidat à la présidentielle, convaincu qu’il existe « un espace pour une tonitruance socialiste ». Le député de l’Essonne a beaucoup zigzagué au cours de sa carrière politique, frondeur de François Hollande en 2015, soutien de la Nupes autour de Jean-Luc Mélenchon en 2022, puis très critique des insoumis quelques mois plus tard.

« Au-delà du grotesque »

Quoiqu’identifié dans le milieu politique et médiatique, Jérôme Guedj demeure lui aussi méconnu du grand public. Preuve en est, depuis l’annonce de sa candidature il y a plus de quatre mois, il n’a pris aucune vraie initiative politique, n’a organisé aucun meeting ni déplacement de campagne en France. Dans le même cas, on pourrait citer l’ancienne ministre de l’Écologie Delphine Batho (aujourd’hui député) ou l’ancien numéro 2 du Front national Florian Philippot.

Face à cette profusion de candidats, la question se pose de savoir l’intérêt qu’ils y trouvent. L’élection présidentielle étant, dans l’imaginaire collectif, la plus dure des batailles, celle qui requiert d’avoir du sens politique, un talent oratoire, des équipes mobilisées, un programme bien défini. Ce n’est pas pour rien que ce scrutin est souvent défini comme la rencontre d’un homme ou d’une femme avec le peuple.

« Au-delà du grotesque, cette annonce interroge sur la manière même d’appréhender la Ve République, que l’on transforme ici en une sorte de “La France a un incroyable talent” », résume ainsi le président du conseil national du PS, Luc Broussy, dans les colonnes de L’Opinion ce mardi, en réaction à l’aventure de Karim Bouamrane. Pour lui, « à force de jouer à être candidat, on finit par désacraliser la fonction. » L’ex-candidat écolo Yannick Jadot va dans le même sens : « Ça devient warholien. Aujourd’hui, vous êtes candidat, vous faites le JT de 20 heures, puis la matinale d’Inter dans la foulée, donc ça crée des vocations ».

Des invitations sur les plateaux télé

De fait, pour les candidats autodéclarés, les invitations sur les plateaux télé sont plus nombreuses. Autant d’occasions de faire parler de soi, d’avancer des idées et donc de peser dans le débat public. Autre avantage à se lancer dans la course : pouvoir être ensuite rejoindre de plus gros candidats. Sans doute Jérôme Guedj et Karim Bouamrane savent-ils qu’ils ne pourront pas aller au bout de leur aventure, qui plus est sans la primaire que tous deux abhorrent. Mais leur tour de piste leur permettra au moins de monnayer un ralliement à Raphaël Glucksmann, François Hollande ou le prétendant le mieux placé le cas échéant.

Dans un autre registre, Nathalie Arthaud (Lutte ouvrière), Anasse Kazib (Révolution permanente) ou Nicolas Dupont-Aignan (Debout la France) ont aussi exprimé leur souhait de concourir à la présidentielle. Leur situation n’est toutefois pas exactement la même, puisqu’ils ont pour la plupart déjà été candidat les fois précédentes et défendent un projet clairement identifié, difficilement soluble dans une autre candidature.

Plusieurs obstacles viendront très vite s’immiscer sur le chemin de ces « petits candidats », à commencer par les 500 signatures, indispensables pour être officiellement présent sur la ligne de départ. De même, la question du financement devrait vite se poser, chacun étant conscient qu’une campagne présidentielle coûte très cher. Gageons que d’ici la fin de l’année, des rapprochements auront eu lieu et qu’il n’y aura plus autant d’aspirants à la fonction suprême.

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