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Politique 24/08/2026 13:23 Actualisé le 24/08/2026 13:28
Le patron de Place publique va devoir convaincre les électeurs de gauche qu’il n’est pas un « nouveau Macron » s’il veut remporter la primaire.

JULIE SEBADELHA / AFP
Rapahël Glucksmann sur le plateau de TF1.
Devant plus de 5,5 millions de personnes branchées sur TF1 dimanche à l’heure du dîner, Raphaël Glucksmann a donc officialisé sa candidature à l’élection présidentielle. Le député européen, qui a expliqué ne pas prendre cette décision « à la légère », s’est dit convaincu de pouvoir l’emporter. « On va gagner l’élection présidentielle, j’en suis convaincu », a-t-il affirmé, l’air faussement grave.
Mais Raphaël Glucksmann va d’abord devoir convaincre ses propres amis qu’il est le plus à même de succéder à Emmanuel Macron, en se soumettant à la primaire organisée par le Parti socialiste et Place publique début octobre. Ainsi a-t-il appelé « ceux qui se sentent trahis ou abandonnés par la gauche » à « ne pas avoir peur » et à participer à ce processus de départage aux contours encore flous.
Dans cette primaire, l’ex-essayiste devrait faire face aux députés PS Philippe Brun et Jérôme Guedj, à l’ex-finaliste de la présidentielle de 2007 Ségolène Royal et probablement au Premier secrétaire du PS Olivier Faure, qui pourrait se déclarer ce week-end aux universités d’été de son parti, à Blois (Loir-et-Cher). Voire à d’autres personnalités qui pourraient se déclarer dans les prochains jours.
Pour beaucoup, Raphaël Glucksmann fait figure de favori. Mais n’est-ce pas trop lourd à porter comme étiquette ? L’histoire politique récente regorge d’exemples où les favoris, sûrs de l’emporter, se sont allègrement plantés. À gauche, il existe même une tradition de « couper la tête » aux candidats trop vite donnés gagnants. En 2011, c’est Eva Joly qui avait été désignée candidate des Verts, là où le monde s’attendait à voir Nicolas Hulot l’emporter. Cinq ans plus tard, bien peu auraient misé sur Benoît Hamon et François Fillon…
Convaincre l’électorat de gauche
Le jeu est donc bien ouvert. Et les débats télévisés pourraient jouer un rôle important en permettant à des candidats moins connus d’éclore et de se révéler aux yeux des électeurs du PS et de Place publique. Plusieurs chaînes (TF1, France Télévisions, BFMTV…) se sont déjà positionnées pour organiser de telles confrontations. À noter que si l’eurodéputé remporte la primaire, ce serait la première fois de son histoire que le PS n’investit pas de candidat issu de ses rangs ; le premier ayant été François Mitterrand en 1974, trois ans après le congrès d’Épinay.
L’autre défi (de taille) qui se pose à Raphaël Glucksmann concerne son positionnement politique. Celui qui se revendique d’une gauche « pro-européenne, écologique et sociale » doit encore faire la preuve qu’il sait parler au cœur de son électorat. Car des doutes existent. Une note interne, censée rester privée mais révélée en mai, lui conseillait de s’adresser aux personnes âgées, plutôt riches et vivant en métropole. « On ne sent pas chez lui la fibre populaire, ni dans ce qu’il dégage ni dans ce qu’il incarne », tranche Clémentine Autain au micro de Jean-Jacques Bourdin.
Un « nouveau Macron » ?
Du côté de La France insoumise, on voit en lui un nouveau Macron. « Il n’a jamais souhaité être un candidat de gauche. Sa stratégie, c’est d’incarner le renouveau macroniste », tance la députée LFI Clémence Guetté. Au-delà du fond, il y a le profil de ceux qui entourent désormais Raphaël Glucksmann qui jette le trouble. Sacha Houlié, Aurélien Rousseau, Marguerite Cazeneuve... Autant d’anciennes figures du camp présidentiel qui ont fini par rejoindre Place publique.
« Je ne jouerai pas au concours de plus à gauche que moi tu meurs ! », confirme le candidat auprès du Point, qui rejette néanmoins le parallèle avec Emmanuel Macron : « Je propose quelque chose de très différent, sur le fond comme sur la forme ». En meeting à Aubervilliers en juin, l’eurodéputé a d’ailleurs multiplié les clins d’œil à gauche, célébrant « le grand combat anticapitaliste de notre époque » contre « l’oligarchie » ou la « taxation des plus hauts patrimoines ».
Le soutien de Jadot
Pourtant, en petit comité, Olivier Faure rappelle souvent que Raphaël Glucksmann a fait les choses à l’envers. Selon lui, l’eurodéputé aurait d’abord dû consolider son socle électoral à gauche avant de l’élargir pourquoi pas au centre. C’est l’inverse qu’a fait le candidat, préférant s’assurer du soutien d’électeurs macronistes déçus avant de « bétonner » son socle de gauche. « C’est pourtant l’une des leçons de François Mitterrand », tranche Faure.
Raphaël Glucksmann est tout de même soutenu par plusieurs figures de gauche, comme Carole Delga, Nicolas Mayer-Rossignol ou Yannick Jadot, qui a annoncé soutenir le candidat ce lundi sur France Inter. Les deux hommes effectueront un premier déplacement commun mardi en Charente-Maritime. « Je suis convaincu que Raphaël Glucksmann est le candidat le mieux placé pour réconcilier les besoins de justice sociale, l’impératif écologique, la démocratie et l’Europe », a affirmé l’ex-candidat à la présidentielle (4,6 %).
Reste une dernière question à trancher, et pas des moindres pour une élection présidentielle : la prestance. Raphaël Glucksmann, qui a passé plus de temps le nez dans ses livres que sur des estrades politiques, n’est pas franchement connu pour être un tribun. Même sa compagne, la journaliste Léa Salamé, lui aurait dit un jour selon Paris-Match : « Comment peux-tu avoir aussi peu de charisme ? ». « Il a sacrément évolué depuis son entrée en politique, le défend Aurore Lalucq, la coprésidente de Place publique, auprès du HuffPost. La deuxième campagne des européennes, en 2024, était déjà bien différente de la première ». Selon elle, « il n’y a même pas de sujet ».


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