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À Mauguio, l'entreprise K-Ren conçoit des housses écologiques sur mesure qui protègent les bateaux de l'encrassement, sans utiliser de peintures antifouling toxiques.
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Par Manon Haddouche Publié le 13 sept. 2026 à 20h31
En entrant dans l’atelier de K-Ren, à Mauguio, à quelques kilomètres seulement de la Méditerranée, une grande toile est étendue au sol. Cette dernière épousera bientôt la coque d’un bateau. Juste à côté, des rouleaux de tissu technique, des patrons de découpe et des ouvriers à l’œuvre témoignent de ce qui se passe sous ce haut toit. Ici, sont conçues des housses destinées à limiter le développement du fouling, cet encrassement naturel des coques par les algues, coquillages et micro-organismes.
Fondée en 2020 par Lucie Doriez, l’entreprise propose une alternative aux peintures antifouling traditionnelles, afin d’éviter un impact négatif sur les écosystèmes marins. Le principe est simple, il suffit d’envelopper la partie immergée du bateau dans une housse sur mesure, la plongeant dans l’obscurité. Privés de lumière, les organismes se développent beaucoup moins, ce qui permet de conserver une coque propre plus longtemps sans recourir à des produits toxiques. Nous l’avons rencontrée.
Une idée imaginée en 2004 par son père
Avant de se lancer dans l’entrepreneuriat, Lucie Doriez exerçait comme embryologiste à la clinique Saint-Roch à Montpellier. L’innovation qu’elle commercialise aujourd’hui prend en fait racine plus tôt. En 2004, son père, Bernard Doriez, architecte textile de métier, met au point pour son propre bateau une solution simple et efficace. Habitué aux réalisations de grande envergure, il imagine une housse immergée capable de protéger la coque sans sortir le bateau de l’eau.

Pendant des années, cette invention reste cantonnée à un usage personnel. En observant la montée des préoccupations environnementales et le durcissement de la réglementation sur les produits toxiques, Lucie Doriez décide de créer K-Ren pour rendre cette solution accessible aux plaisanciers.
J’ai senti une vraie prise de conscience écologique. Je me suis dit qu’il était temps de mettre cette solution à la disposition de tous.
Pourquoi le fouling est-il un vrai problème ?
Lorsque des algues et coquillages colonisent la coque, les performances du bateau se dégradent fortement. Il avance moins bien, se manœuvre plus difficilement et peut consommer 30 à 40% de carburant supplémentaire. Pour y remédier, les plaisanciers procèdent traditionnellement au carénage. Cette opération, à réaliser chaque année, consiste à sortir le bateau de l’eau, à gratter la coque puis à appliquer une peinture antifouling contenant des biocides.

C’est ici que K-Ren propose son alternative à la racine, en empêchant le fouling de se développer plutôt qu’en le combattant avec des substances chimiques. « Quand nous regardons un pot, nous voyons tous les pictogrammes les plus inquiétants. Sans toxicité, ce type de produit ne peut pas être efficace », souligne Lucie Doriez.
Une housse textile sur mesure et haute technologie
Développée par l’entreprise, la housse K-Ren Protect s’utilise lorsque le bateau reste au port, à quai ou au mouillage. Sur un voilier de 10 mètres, son installation nécessite environ 30 minutes, contre 15 minutes pour le retrait. Selon les modèles, son poids oscille entre 15 et 30 kg. « Ce n’est pas une solution compliquée. La housse est légère, facile à manipuler et peut se ranger à bord sans difficulté », indique la dirigeante. Elle est conçue non pas à partir d’une bâche classique, mais d’un textile technique baptisé Squaltech, développé pour cet usage et fabriqué à Lyon. « C’est un matériau qui associe légèreté, souplesse et résistance mécanique », détaille Lucie Doriez, qui en souligne également le traitement de surface limitant l’accrochage des salissures.
« Pour nous assurer que nous étions ‘propres’ en tous points, nous avons également fait tester notre textile par un laboratoire indépendant à Banyuls, afin de vérifier l’absence de relargage de microplastiques dans l’eau », ajoute-t-elle. Les coutures reposent sur un fil spécifique, le Tenara, choisi pour sa durabilité en milieu marin.

Entre écologie et rentabilité
La housse est annoncée comme 100% recyclable et permet d’éviter l’utilisation d’eau douce pour nettoyer la coque. « Cela nous tenait à cœur. C’est d’autant plus important dans un contexte de restrictions hydriques ». Pour la nettoyer : de l’eau de mer et quelques coups de brosses une à deux fois par an, parfois moins en fonction du bateau.
« Nous avons évidemment pensé à l’aspect écologique, mais nous avons également voulu penser à celui économique à moyen ou long terme ». Selon les types de bateaux et les habitudes d’entretien, l’investissement est généralement amorti en deux à trois ans.
Pour certains catamarans, la rentabilité peut être atteinte en une seule saison. Comme la housse est conçue pour durer au moins dix ans, elle permet ensuite de réduire durablement les frais liés au carénage.
ZenDock, station flottante pour bateaux à moteur
K-Ren a également développé ZenDock, une solution destinée aux bateaux à moteur hors-bord, in-board et aux dériveurs intégraux. Cette station flottante reste en permanence sur l’emplacement du bateau. À chaque retour au port, il suffit de positionner le bateau dessus. Cette solution ne nécessite quasiment aucune manipulation et repose sur le même principe de protection contre la lumière. Sa durée de vie est également estimée à une dizaine d’années.

Plus de 400 bateaux équipés jusqu’à la Marine nationale
Depuis sa création, K-Ren a équipé plus de 400 bateaux, basés en France métropolitaine pour la majeure partie. En parallèle, l’entreprise exporte aussi ponctuellement ses solutions à l’international et dispose d’un partenaire à Nouméa, qui fabrique et distribue les produits sous licence. Côté institutionnel, certains ports jouent le jeu. Sur le bassin d’Arcachon, par exemple, le port a même acquis des housses afin de les mettre à disposition des plaisanciers et de limiter l’usage d’antifouling à proximité des zones ostréicoles.
La Marine nationale aussi s’est laissée tenter à Toulon. En 2024 puis en 2025, K-Ren a équipé une frégate multimissions. « Nous sommes capables de nous adapter à toute structure immergée », ajoute Lucie Doriez. Au-delà des coques de bateaux, la technologie développée par l’entreprise peut ainsi être utilisée pour protéger d’autres équipements installés sur l’eau, comme des panneaux solaires flottants.
Des régatiers parmi les utilisateurs
Plusieurs navigateurs de compétition utilisent ou soutiennent la solution, parmi lesquels Adrien Hardy, Jean-Pierre Dick et Quentin Vlamynck. La propreté de la coque restant un enjeu de performance en régate, leur intérêt s’inscrit dans un segment particulièrement exigeant. « Les régatiers sont des clients extrêmement exigeants. Quand ils adoptent la solution, c’est un vrai signe de confiance », déclare la fondatrice.

Un million d’euros levés pour accélérer
Cette année, K-Ren finalise une deuxième levée de fonds d’un million d’euros. Cet apport doit permettre de renforcer la commercialisation de la solution tout en poursuivant les travaux de recherche et développement. Parmi les investisseurs figurent notamment Frédéric Mazzella, Alexis Mulliez, Sébastien Lacaze et Michel Desjoyeaux.
La start-up distinguée à de nombreuses reprises
Lucie Doriez a reçu plusieurs récompenses, dont le prix du jury et le prix coup de cœur du public du concours Next Innov, le Trophée Innovation Océan, le Cleantech Open France 2024 et Sud Innovation, entre autres. L’entreprise bénéficie également du soutien du Pôle Mer Méditerranée, de Bpifrance, de la Région Occitanie, de Banque Populaire du Sud et du programme France 2030.


Des recrutements en cours :
Trois personnes sont actuellement recherchées. L’entreprise a besoin d’une couturière, d’un dessinateur 3D ainsi que d’un profil en communication et marketing. Avis aux intéressés qui pourraient correspondre.
Une ambition internationale
Après avoir concentré son développement sur le marché français, K-Ren envisage de structurer son expansion à l’international à partir de 2027. « Notre vision est de révolutionner l’entretien des bateaux pour réduire la pollution marine, préserver la nature et décupler le plaisir de chaque sortie sur l’eau. Et nous y croyons ! », conclut Lucie Doriez.
> Pour en savoir plus, rendez-vous sur le site internet dédié ou sur instagram @kren.bateau
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