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Son parcours au service de la France est une source d'inspiration. Au Molay-Littry, Alain Baloche relate les exploits de son oncle qui a rejoint l'Angleterre dès le 18 juin 1940.
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Par Frédéric Bourgeois Publié le 18 avr. 2026 à 21h10
Au Molay-Littry, près de Bayeux (Calvados), Alain Baloche conserve précieusement des documents qui relatent les exploits de son oncle, François Baloche, qui a choisi le camp du refus et rejoint l’Angleterre dès le 18 juin 1940. Son parcours hors du commun dans les rangs des commandos de la France Libre est une véritable source d’inspiration.
Il y a des histoires de famille qui marquent. Et celle de François Baloche en est un parfait exemple. C’est d’ailleurs pour cela que son neveu, Alain Baloche, a souhaité la partager sur actu.fr et dans les colonnes de La Renaissance le Bessin, premier journal paru en France libérée.
Dans la maison de ses parents, sur la table en bois autour de laquelle il a entendu le récit qui va suivre, Alain Baloche a étalé photos et classeurs. Des documents qui contiennent le parcours hors du commun d’un des premiers Français à avoir rejoint le général de Gaulle en Angleterre après la défaite. Ces Français qui ont choisi le camp du refus et donné souvent leur vie pour que la France poursuive le combat. Ces Français qui, comme le disait de Gaulle lui-même en septembre 1945, « ont répondu à l’appel de la France en péril de mort et qui ont maintenu notre pays dans la guerre et dans l’honneur ».
François Baloche survivra à la Seconde Guerre mondiale et à l’Indochine. Né à Littry-les-Mines en 1913, il s’est éteint à Caen le 1er décembre 1987, à l’âge de 74 ans.
Evadé de France dès le 18 juin 1940

Face à la débâcle de l’armée française, balayée en six semaines par la guerre éclair et l’offensive du 10 mai 1940, le général de Gaulle s’exile à Londres le 17 juin. Le lendemain, il appelle les Français à résister dans un message radiodiffusé sur les ondes de la BBC. C’est l’Appel du 18 juin 1940. Le 25 juin, l’armistice franco-allemand entre en vigueur et la France est coupée en deux zones, dont l’une est occupée.
- Vidéo : Il y a 80 ans : l’Appel du 18 juin
D’abord employé de la SNCF, François Baloche a tout juste 20 ans lorsqu’il décide de s’engager dans la marine, en 1933. Quelques jours avant la défaite, il fait partie des Français qui entendent l’Appel du 18 juin 1940. Son esprit d’aventure et de liberté lui dicte alors de traverser la Manche. François Baloche appareille sur le chalutier Argo, en Bretagne, et débarque à Southampton le lendemain, 19 juin 1940, en Angleterre.

« Mon oncle a fait partie des premiers à répondre à l’Appel du 18 juin en rejoignant l’Angleterre le lendemain de sa diffusion sur la BBC. Il arrive à Londres le 24 juin 1940, et est incorporé aux Forces navales françaises libres (FNFL) le 1er juillet 1940. Il était fusilier marin, portant le matricule 4900 FNFL40. Il navigue sur le cuirassé Courbet (Ndlr : bâtiment de guerre français alors sous commandement britannique) jusqu’en février 1941. »
Après plusieurs missions, François Baloche se fait remarquer et est affecté à l’instruction des FNFL, à Skegness, en Angleterre. Puis c’est le Graal : Baloche gagne son billet pour le camp d’Achnacarry, en Ecosse, célèbre pour son stage de formation des unités d’élite. Les commandos.
Destins croisés

177 Français membres du bataillon de fusiliers marins commandos, créé au début de l’année 1942, porteront le fameux insigne des bérets verts sur Sword Beach et libèreront leur propre pays sous le commandement du lieutenant de vaisseau Philippe Kieffer.
Parmi eux, Léon Gautier, qui a, comme François Baloche, navigué sur le Courbet. Alors que de Gaulle appelle à continuer le combat le 18 juin 1940, Léon Gautier et ses camarades font chanter les pièces d’artillerie du cuirassé pour ralentir l’insaisissable 7e division blindée commandée par Rommel, alors qu’elle remonte de Carentan vers Cherbourg afin d’empêcher le corps expéditionnaire anglais de rembarquer.
Léon Gautier n’entend pas le discours du Général qu’il rejoindra en juillet 1940. Léon Gautier sera admis au stage commando un an jour pour jour avant le D-Day, le 6 juin 1943. Il débarquera avec ses frères d’armes le 6 juin 1944 à Colleville-sur-Orne pour libérer Ouistreham.
Mais deux ans avant l’invasion alliées sur les plages de Normandie et l’ouverture d’un front à l’ouest de l’Europe, il y a eu d’autres assauts en France, notamment à Dieppe, dont le raid porte le nom de code Opération Jubilee. Si la tentative des alliés est un échec, François Baloche y a inscrit son nom dans l’Histoire.
Héros du raid sur Dieppe

François Baloche, qui, encore une fois, fait partie des premiers à rejoindre les commandos dès le 20 février 1942, est engagé dans cette opération Jubilee. Après des raids sur Bruneval et Saint-Nazaire, en février et mars 1942, les Alliés engagent un peu plus de 6 000 hommes (en majorité des Canadiens, appuyés de Britanniques, Américains et Français) dans un assaut sur Dieppe qui se solde par un échec cuisant (1 200 tués, 2 000 prisonniers).
« Mon oncle faisait partie des quinze commandos français à débarquer sur Dieppe. La zone d’assaut était divisée en cinq secteurs. Lui débarque à l’extrémité ouest, non loin de Sainte-Marguerite-sur-Mer, à 3 h du matin. Il est le seul Français de ce commando composé de Britanniques et de deux Américains », explique Alain Baloche, documents du service historique de la Défense à l’appui.
Commandés par le lieutenant-colonel Lovat, Baloche et ses camarades ont pour objectif de détruire une batterie de défense allemande à Vasterial, entre Sainte-Marguerite-sur-Mer et Varengeville-sur-Mer.
« Lovat envoie mon oncle en éclaireur. En traversant un bois, il anéantit une position de mitrailleuse, servie par deux Allemands, et destinée à défendre la batterie de canons. Puis rampe jusqu’à un parapet derrière lequel se trouvent deux pièces de 110 mm de cette batterie. Mais mon oncle chute et perd son arme. Il se retrouve face à un Allemand aussi surpris que lui. Comme il était très souple, mon oncle se redresse très vite, saisit son rasoir et tranche la gorge de l’ennemi », relate Alain Baloche.
Après cet affrontement, François Baloche lance des grenades détruisant cette batterie de canons. Ses camarades et lui finissent le travail avec la capture de nombreux ennemis. « Il a par ailleurs ramené sur son dos et mis à l’abri un Anglais blessé. »
« Les plus belles qualités de courage, de cran, d’initiative et d’audace »
Contrairement à beaucoup d’autres soldats alliés tués ou faits prisonniers, les hommes de Lovat ont pu remplir leur mission et regagner leur embarcation sans avoir subi des pertes. « C’est l’une des seules opérations réussies à Dieppe », résume Alain Baloche.
Cet épisode couvre de gloire François Baloche, cité à l’ordre des Forces navales françaises libres pour avoir fait preuve « des plus belles qualités de courage, de cran, d’initiative et d’audace ». « Il existe même une plaque commémorative qui porte le nom de François Baloche à Dieppe. »
Héroïque à Dieppe, François Baloche est encore le premier, cette fois au titre d’une décoration. Il devient le premier Français décoré de la Military medal, qu’il a reçue des mains de Lord Mountbatten, chef des opérations combinées. François Baloche a par ailleurs reçu la Médaille militaire le 12 février 1943.
Agent secret parachuté en France et déporté en 1944
Cette même année, François Baloche est loin de raccrocher puisqu’il intègre en octobre 1943 le Bureau central de renseignements et d’action (BCRA) créé à Londres par de Gaulle en juillet 1940. Il est, pour simplifier, un agent secret de la France Libre. « Au 1er décembre 1943, mon oncle est assimilé au grade de sous-lieutenant, en tant que chargé de mission de 3e classe. »
Volontaire pour accomplir une mission en France, François Baloche, sous le pseudonyme de Lucien Bisson, est parachuté à Poiseul-la-Grange (Côte d’Or) le 15 mars 1944 pour prendre part à la mise en place du plan Tortue.
« Il devait prendre contact avec la résistance dans le cadre de la préparation du débarquement de Normandie mais il a été arrêté, sur dénonciation, par la Gestapo, à Paris, sur le pont de l’Alma, le 20 mars 1944. Mon oncle a été emprisonné à Fresnes pendant trois mois. Mis au secret et torturé jusqu’au 17 juin 1944, il n’a jamais parlé. C’était une tête de lard, tout comme mon père, Albert, qui était lui aussi dans la marine. Mon oncle aurait voulu qu’il le suive jusqu’en Angleterre, mais avec quatre gamins, mon père s’est contenté de faire boîte aux lettres pour la résistance… »
François Baloche est déporté le 18 juin 1944 au camp de concentration de Dachau, ignorant que le Débarquement a eu lieu en Normandie. « Il était emprisonné dans le camp annexe d’Allach, réservé aux militaires. Quand il apprend que des Français vont être fusillés, il s’évade le 18 mai 1945 avec un autre prisonnier. Et tombe sur les Américains en route pour libérer ce camp. »

Le 3 août 1946, François Baloche est décoré de la médaille de la Résistance française avec rosette. « De janvier à août 1954, mon oncle a combattu en Indochine. Le 29 août 1955, il est nommé capitaine d’armes de la marine à Phnom-Penh avant de prendre sa retraite militaire en février 1958. Je me souviens encore de lui, arrivant chez mes parents dans une tenue de militaire. Un homme qui venait nous rendre visite peu souvent. Et qui n’était pas bavard sur ce qu’il avait pu faire durant sa carrière militaire. C’est pour cela que je voulais raconter son histoire. Pour la préserver de l’oubli », confie Alain Baloche, 5e enfant de sa fratrie.
Né en 1950, Alain Baloche avait 8 ans quand son oncle François a été rendu à la vie civile. Père de deux garçons de 54 et 55 ans, Alain Baloche, qui a exercé la profession de ferronnier d’art, a déjà raconté l’histoire de leur arrière-grand-oncle à ses petits-enfants, âgés de 18 à 22 ans.
François Baloche, qui n’a pas eu d’enfant, a toutefois connu l’amour. Et pas n’importe lequel, dans un monde plongé dans le combat entre le bien et le mal. « Mon oncle s’est marié avec une fille de Littry, Germaine Bazire. Elle était résistante et avait elle aussi rejoint Londres après l’Appel du 18 juin 1940. »
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