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Prendre sa neige égale

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Comme ça, nous en sommes déjà au quatrième chargement de neige ! Les trottoirs glacés ont causé de nombreuses chutes. Les chaussées glissantes ont semé le chaos dans la ville. Diantre, quel cataclysme ! Vous trouvez que j’exagère ? Vous avez parfaitement raison. On fait encore tout un drame de nos bordées de neige, même s’il n’y a rien d’exceptionnel dans celles que nous avons vécues depuis le début de cet hiver.

J’ai beaucoup de compassion pour les élus et ceux qui doivent gérer les opérations de déneigement et de chargement de la neige. On a parfois l’impression que certaines personnes cultivent une telle détestation de l’hiver qu’elles voudraient voir la neige disparaître aussitôt qu’elle touche le sol. Malheureusement pour elles, en janvier, on ne peut pas faire comme si on était au mois de juillet. Surtout pas avec des journées à moins dix degrés ni avec des épisodes de gel et de dégel dans la même journée.

Critiquer le déneigement à Montréal, c’est presque un sport national. Y compris dans les médias. J’ai passé plus d’une heure à naviguer dans les archives québécoises, et cela m’est apparu comme une évidence stupéfiante. Je n’ai consulté que les articles de trois médias écrits entre 1990 et 2019 et, chaque fois, on pouvait reconnaître le même refrain. Mauvaise planification, mauvaise gestion, mauvaise préparation, c’était mieux avant, etc. À en croire ces textes, Montréal n’aurait jamais été capable de bien déneiger, peu importe l’administration en place et quels que soient les professionnels, gestionnaires et autres cols bleus qui ont eu à mener à bien les opérations hivernales.

Voici quelques exemples qu’on pourrait lire encore aujourd’hui à l’identique. « De nombreuses blessures causées par les trottoirs glissants », La Presse, 24 décembre 1993. « Une véritable hécatombe sur les trottoirs », La Presse, 1er février 1997. « Dangereux trottoirs », Le Devoir, 27 décembre 2008. « L’enfer sur les routes », Le Journal de Montréal, 21 janvier 2013. Et j’en passe.

Ceux qui gèrent les opérations de déneigement, depuis Mathusalem !, savent très bien qu’ils n’auront jamais gain de cause face aux attentes impossibles à satisfaire des Montréalais. Je ne dis pas qu’il n’y a jamais de ratés ni de mauvaises décisions. Je ne dis pas non plus qu’on ne pourrait pas faire mieux. Ce que je dis, c’est que ce n’est pas normal de voir se répéter de telles réactions face à des opérations rendues difficiles par des conditions météorologiques parfois critiques.

J’ai une mauvaise nouvelle pour tous ceux qui semblent détester l’hiver. Tout ce qui les met en rogne va aller en empirant avec le dérèglement climatique. On le voit déjà, les mouvements météorologiques s’intensifient et se brouillent d’une saison à l’autre. Il n’a jamais été aussi complexe de gérer la neige, la glace, le vent et tout ce que l’hiver peut nous envoyer qu’aujourd’hui. Les gestionnaires, les professionnels et les cols bleus sur le terrain ont les connaissances, le talent et l’expérience pour faire un travail remarquable. Et c’est ce qu’ils font dans les paramètres qui sont les leurs. À l’impossible, nul n’est tenu. Monter en épingle une situation anecdotique pour en faire une norme est non seulement injuste, mais profondément populiste.

Certains diront que c’est plus complexe que nécessaire à Montréal à cause des arrondissements. On se demande alors qui décide, qui exécute et comment tout cela s’articule. Pourtant, la politique de déneigement adoptée en 2015 est publique et accessible depuis dix ans sur le site de la Ville. Tout y est clairement expliqué. Avant de poser des questions ou de critiquer, il me semble que ce serait le minimum d’aller la lire. Ensuite, la conversation peut devenir plus constructive et, surtout, on peut contester objectivement les opérations en cours ou celles qui ont eu lieu.

Je ne veux pas entrer dans un échange futile, mais force est d’admettre qu’avec une météo aussi fluctuante, nous sommes mûrs pour une vraie conversation collective sur la manière de vivre avec nos hivers. J’ai l’impression que nous tournons en rond et que cela alimente un débat stérile, qui prend un inconfort hivernal attendu pour une crise permanente.

Réunissons les spécialistes du climat, les professionnels de la gestion hivernale, les chercheurs universitaires qui étudient ces questions depuis des décennies, ainsi que des représentants de la société civile, et offrons-nous la grâce d’un vrai sommet sur l’hiver. Pas un exercice de communication, une vraie discussion structurée, sereine et apolitique. Nous avons le devoir de réfléchir à la manière dont nous voulons vivre avec nos hivers qui changent, cela, en tenant compte des limites de ce que les villes peuvent accomplir, même avec toute la volonté du monde.

Je ne suis pas un spécialiste, mais j’accepte l’hiver comme il vient. Je sais toutefois que ce n’est pas le cas pour tout le monde, notamment pour les personnes à mobilité réduite, les personnes âgées ou les familles avec de jeunes enfants. Aucune équipe au pouvoir n’a fait mieux que les autres à ce jour, et les attentes actuelles restent impossibles à satisfaire. Cessons de tourner en rond et prêtons-nous à une vraie discussion de fond.

La nouvelle administration Martinez Ferrada pourrait lancer cette démarche, qui aurait l’avantage de lui éviter de tomber dans le piège de la surenchère. D’ici là, profitez-en pour aller jouer dehors. Vous allez voir, la ville est magnifique avec son beau manteau blanc.

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