« Ce documentaire ne fait qu’ouvrir d’autres façons d’en parler. »
Un sujet qui tourne (vite vite) à la blague
L’humoriste Antoni Remillard connaît bien la précocité. Il y a de ça huit ans, il avait choisi de parler de cette réalité sur scène – devant un micro et une foule – à défaut de le faire dans l’intimité. C’était un geste artistique courageux.
« [Je cherchais à] prendre le contrôle de mon narratif, à l’avouer sur scène avant que ça devienne des ouï-dire. »
Quand il sortait de scène après ses numéros, il n’était pas rare que des hommes viennent le retrouver pour lui glisser un petit mot complice à l’oreille : T’es pas tout seul dans ta situation! L’humoriste s’est rendu compte qu’effectivement, une discussion saine dans l’espace public aurait peut-être l’avantage de soulager certains hommes.

Antoni Remillard, Marie-Lyne Joncas, Pascal Cameron et Alexandre Aussant discutent de l'importance de l'humour dans l'exploration des tabous. Photo : Radio-Canada
Aujourd’hui, Antoni Remillard nous offre un documentaire en deux épisodes qui répond à certaines interrogations. Voici quelques faits intéressants:
33 % des hommes vont expérimenter la précocité
Eh oui, 1 homme sur 3 va expérimenter l’éjaculation prématurée au cours de sa vie, selon la sexologue Julie Lemay.
« C’est important de parler d’éjaculation prématurée parce que tout le monde peut être concerné par cette difficulté à un moment de sa vie. »
Étrangement, les hommes discutent très peu de cette situation. Dans la masculinité dite traditionnelle, on associe la durée à l’idée du contrôle, de la domination et de la performance. La durée serait rattachée au sentiment de compétence des hommes, comme s’ils étaient en quelque sorte des exécutants sexuels . Ce sont des idées reçues desquelles il faut maintenant se défaire.
« Là, il faut aller enlever cette pression-là, [...] parce que c’est comme si la masculinité était rattachée à la valeur que les hommes se donnent sexuellement. »
C’est d’ailleurs l’un des buts du documentaire : redéfinir une certaine vision de la masculinité.
5,4 minutes, c’est la moyenne des couples
5,4 minutes, c’est effectivement le temps moyen entre la pénétration et l’éjaculation masculine, selon une étude réalisée sur 500 couples hétérosexuels de cinq pays différents.
« À partir de là, certaines personnes ont des relations sexuelles beaucoup plus courtes, ou beaucoup plus longues. On parle de 45 secondes à 45 minutes. Ça varie énormément. »
La sexologue affirme également que pour être considéré comme éjaculateur précoce , un homme doit atteindre l’orgasme en moins de 2 minutes. N’oublions pas qu’historiquement, c’était vu comme un gage d’efficacité, ajoute la sexologue. Lorsqu’il fallait parvenir à la reproduction, c’était un comportement dans le haut de la hiérarchie sociale.
La pénétration n’est pas la finalité du rapport sexuel
Toujours selon la sexologue Julie Lemay, il existe beaucoup d’anxiété liée à la performance chez les hommes. Et si une chose est sûre, c’est que l’anxiété nuit à la confiance et à la détente nécessaires aux rapports sexuels sains.
En choisissant de ne pas tout faire reposer sur la pénétration, on peut retirer un peu de cette pression liée à la performance masculine. Considérer la relation sexuelle comme une suite logique excitation – pénétration – orgasme – éjaculation , c’est surtout se priver de faire de belles explorations.
« On [oublie] les touchers, les caresses, les jeux avec les températures et les cinq sens… »
Il ne faut donc pas oublier que la sexualité est une aventure, une porte qui s’ouvre sur un éventail de plaisirs.
Il suffit d’aller explorer tout ça, au lieu de se concentrer uniquement sur le génital , nous rappelle la sexologue.

La sexologue Julie Lemay répond aux interrogations d'Antoni Remillard. Photo : Radio-Canada


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