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Pourquoi un terminal de conteneurs à Québec?

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Avec un potentiel de transbordement à terme de 200 000 conteneurs par année, le projet de terminal de QSL, à Québec, représenterait 6 % du volume des marchandises conteneurisées dans le corridor maritime du Saint-Laurent d'ici une décennie. Les chambres de commerces et le milieu des affaires le voient comme un maillon important dans la chaîne logistique.

1- C'est quoi le projet de QSL?

Le projet officiellement présenté en septembre dernier consiste au réaménagement et à l'optimisation des terrains occupés par QSL dans le secteur de la baie de Beauport. L'entreprise y fait déjà la manutention de vrac solide, dont du minerai de fer, une activité qu'elle entend maintenir malgré l'arrivée des conteneurs.

Sur les 92 hectares, 8 seront modifiés pour faire place à des équivalents vingt pieds (EVP). En plus d'acquérir des équipements spécialisés, l'entreprise devra y aménager une cour d'entreposage, une cour intermodale ferroviaire, des accès routiers et des infrastructures de sécurité. En tout, elle prévoit des investissements privés de 145 millions $.

Modélisation 3D du terminal de conteneurs de QSL à Beauport.

Modélisation 3D du terminal de conteneurs de QSL à Beauport.

Photo : QSL

Si le projet est accepté par le Port de Québec, les opérations seront lancées en 2029. QSL veut procéder progressivement. Quelque 40 000 conteneurs seraient ainsi manutentionnés la première année, espère-t-on. Le volume augmenterait ensuite graduellement pour atteindre 200 000 six ans plus tard.

QSL s'engage à placer 80 % des conteneurs sur des trains, en route vers l'Ontario et le Midwest américain, alors que les 20 % restants seront transbordés sur des camions à destination des marchés locaux et régionaux.

Selon une étude de la firme Deloitte commandée par QSL, près de 29 000 tonnes de GES seraient évitées chaque année, à terme. Des marchandises en provenance de l'est de la province, par exemple, passeraient par Québec au lieu de faire le voyage par camion depuis ou à destination de Montréal.

Fondée à Québec, QSL détient 65 terminaux en Amérique du Nord. En expansion, l'entreprise a accueilli iCON Infrastructure et la Caisse de dépôt et placement du Québec parmi ses actionnaires en 2024.

2- Pourquoi Québec?

Le promoteur veut tirer profit de la profondeur d'eau à Québec, qui atteint 15 mètres à marée basse aux quais du secteur Beauport. Le terminal permettra notamment l’optimisation des flux maritimes, contribuant à améliorer l’efficacité globale du corridor du Saint-Laurent, selon l'avis de projet de QSL.

Cette profondeur d'eau lui permet d'envisager une contribution aux chaînes d'approvisionnement qui dépendent du Saint-Laurent, s'attaquant à des limitations techniques.

Actuellement, les porte-conteneurs de classe Panamax à destination de Montréal ne peuvent être chargés à pleine capacité, leur tirant d'eau étant trop important par rapport à la profondeur du fleuve à l'ouest de Québec.

Un cargo rempli de conteneurs.

Les porte-conteneurs de classe Panamax ne sont pas pleinement chargés à Montréal, en raison de la profondeur d'eau. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Ivanoh Demers

Selon la stratégie du lighten-up / top-up, QSL propose aux transporteurs maritimes d'ajouter du cargo sur les porte-conteneurs. Une partie du chargement serait laissé au terminal de Beauport, puis les navires poursuivraient leur chemin vers la métropole. À l'inverse, les bateaux moins chargés pourront ajouter des conteneurs dans la capitale avant de reprendre le large vers les marchés internationaux, gonflant ainsi les flux commerciaux.

Il n'y aurait pas d'augmentation du nombre de porte-conteneurs sur le fleuve, selon QSL. Ces derniers pourraient cependant augmenter leur capacité grâce à Québec, rendant le fleuve plus compétitif à long terme.

Des infrastructures portuaires devant des monitcules de minerai

QSL détient déjà quatre grues portiques à ses installations de Beauport. Elles devront être reconfigurées pour le transbordement de marchandises conteneurisées. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / David Rémillard

3- Pourquoi faire ce projet maintenant?

Évoqué publiquement pour la première fois à l'été 2024, le projet est jugé plus pertinent que jamais depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche et l'imposition de tarifs douaniers contre le Canada.

Si l'objectif a toujours été de renforcer les chaînes logistiques du Saint-Laurent, la guerre commerciale avec les États-Unis a en effet changé le discours des partisans du terminal.

Le gouvernement de Mark Carney l'a d'ailleurs mis de l'avant dans son premier budget, en 2025, promettant les fonds nécessaires à l'ajout de douanes maritimes permanentes dans la capitale québécoise. Ottawa a également confirmé la désignation du port de Québec comme terminal de conteneurs international, étape obligatoire pour importer des marchandises en provenance de l'étranger.

En rendant le fleuve plus attractif et en rapprochant les marchandises de leurs destinations finales, l'un des objectifs est de reprendre des parts de marché concédées aux ports américains au cours des dernières années. Le Port de Montréal et le Port d'Halifax ont en effet enregistré des baisses de volumes entre 2020 et 2024.

Un graphique montrant une hausse des volumes et des parts de marchés des ports américains par rapport aux ports canadiens sur la côte Est.

Le Canada et ses ports de la côte Est sont en perte de vitesse.

Photo : Aviseo Conseil

Le Port de Montréal a transbordé 1,5 million d'EVP l'an dernier et espère augmenter ce volume au cours des prochaines années. Les installations actuelles ont une capacité maximale de transbordement de 2 millions de boîtes métalliques annuellement.

Son expansion avec le terminal de Contrecœur, en construction, devrait permettre d'ajouter une capacité de 1,15 millions d'EVP par année dans un horizon de 10 à 15 ans, selon le Port.

Si QSL atteint les 200 000 conteneurs comme prévu en 2035, le flux potentiel de conteneurs internationaux qui passeraient par le fleuve Saint-Laurent pourrait atteindre 3,35 millions par année. Le terminal de Québec serait donc, au mieux, responsable de 6 % du volume.

Le premier ministre, Mark Carney, prend la parole lors d'un événement marquant le début des travaux d'agrandissement du terminal de Contrecœur au Port de Montréal, le jeudi 9 avril 2026.

Le premier ministre, Mark Carney, prend la parole lors d'un événement marquant le début des travaux d'agrandissement du terminal de Contrecœur au Port de Montréal, le jeudi 9 avril 2026. (Photo d'archives)

Photo : La Presse canadienne / Graham Hughes

Cette contribution, relativement marginale, est perçue comme complémentaire aux opérations du Port de Montréal, qui appuie d'ailleurs le projet piloté par QSL.

En breffage technique cet été, des représentants de QSL ont déclaré que leur projet n'était pas en compétition avec Contrecœur. Il vient plutôt régler les problèmes de limites de charge et offrir un point de chute pour l'est du Québec, ce qui assurerait sa pertinence.

Malgré l'enthousiasme du milieu des affaires, il est à noter que des débats persistent à savoir si ces ambitions sont réalistes pour le Saint-Laurent, en particulier pour le terminal de Contrecœur, dont certains craignent qu'il ne devienne un éléphant blanc.

4- Qui va évaluer le projet?

Le projet de QSL est analysé par l'Administration portuaire de Québec (APQ). Amorcé le 24 septembre dernier, le Processus d'évaluation et d'atténuation des impacts (PEAI) devrait aboutir à une décision quelque part à l'automne 2027.

Le projet ne prévoyant aucun empiètement dans le milieu aquatique, l'Agence d'évaluation d'impacts du Canada a jugé qu'il revenait à l'administration portuaire de mener le dossier. Le processus prévoit des consultations publiques, des consultations avec les Premières Nations, des études environnementales indépendantes et le développement de mesures d'atténuation pour mitiger les impacts potentiels.

Carte situant l'emplacement des conteneurs.

L'emplacement projeté des conteneurs

Photo : Radio-Canada / Google Earth

L'avis de projet a été déposé officiellement le 24 septembre, amorçant une première période de consultations publiques ayant pris fin un mois plus tard. Le Port de Québec donnera sous peu ses directives à QSL, qui devra produire ses études au cours des prochains mois.

Déjà, des études sur la qualité de l'air, la pollution sonore, la pollution visuelle et sur le camionnage sont prévues par le promoteur. Une fois ces études complétées par des mandataires indépendants embauchés par QSL, le Port embauchera ses propres experts pour les valider.

Les résultats seront ensuite rendus publics, lançant une nouvelle ronde de consultations avec la population. Une décision sera finalement rendue à la fin de l'année prochaine, selon l'échéancier présenté cet automne.

Trois scénarios sont possibles : l'acceptation du projet tel quel, l'acceptation du projet sous diverses conditions (études supplémentaires, mesures d'atténuation supplémentaires) ou encore son rejet. Le Port de Québec n'a cependant jamais refusé un projet en vertu de son processus d'évaluation.

5- Qui s'oppose au projet et pourquoi?

La résistance au projet de terminal de conteneurs provient principalement des quartiers voisins du Port de Québec. Des groupes citoyens, de la société civile et des élus dénoncent un projet qui pourraient nuire à la qualité de vie en Basse-Ville et dans les quartiers centraux.

Le projet de QSL pourrait ajouter 123 passages de camions lourds chaque jour, du lundi au samedi, ainsi que de trois à quatre passages de trains par semaine. Des inquiétudes ont été soulevées sur la qualité de l'air, la sécurité liée au camionnage et le bruit.

Une citoyenne s'exprime lors d'une assemblée publique sur le terminal de conteneurs de QSL, à Limoilou.

Une citoyenne s'exprime lors d'une assemblée publique sur le terminal de conteneurs de QSL, à Limoilou, le 14 octobre 2026.

Photo : Radio-Canada

Les opposants, dont la Table citoyenne Littoral Est, rappellent régulièrement que l'air est déjà saturé de contaminants dans la Basse-Ville et dans Limoilou. Des études récentes ont démontré que cette pollution causait des décès prématurés à Québec.

Plusieurs s'inquiètent enfin de l'accès au fleuve. Si le terminal est aménagé, on redoute la mise au rancart de la transformation de l'autoroute Dufferin-Montmorency en boulevard urbain, et par le fait même de la phase 4 de la Promenade Samuel-de-Champlain.

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