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Pourquoi si peu de femmes en politique municipale à Windsor?

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Le départ annoncé de Jo-Anne Gignac marque la fin d’une époque au conseil municipal de Windsor. Après 23 ans comme conseillère, celle qui est aujourd’hui la seule femme autour de la table ne sollicitera pas de nouveau mandat aux élections d’octobre. Son départ remet en lumière une question qui dépasse sa propre carrière : pourquoi Windsor peine-t-elle depuis si longtemps à élire des femmes?

Ce n’est pas représentatif de Windsor. Je pense que c’est un énorme problème, estime Joyce Zuk, conseillère municipale de 2000 à 2006. Selon elle, il faut cesser de simplement demander pourquoi les femmes ne se présentent pas.

La question que nous devons nous poser, c’est plutôt : comment notre système est-il structuré et quels obstacles dans ce système rendent la politique peu attrayante pour les femmes?

Drew Dilkens souriant pose en chemise devant l'hôtel de ville.

Drew Dilkens est le maire de Windsor depuis 2014. Windsor n’a connu qu’une seule mairesse dans toute son histoire : Elizabeth Kishkon, qui a dirigé la Ville de 1983 à 1985.

Photo : Campagne de Drew Dilkens

Des obstacles bien avant le jour du scrutin

Manon Tremblay, professeure émérite à l’Université d’Ottawa et spécialiste des femmes et de la politique, le milieu politique s'est rigidifié dans les dernières années. Elle évoque par exemple les commentaires sexistes, l’intimidation et le harcèlement visant les femmes, particulièrement sur les réseaux sociaux.

Plusieurs femmes interrogées par Radio-Canada décrivent justement ces barrières.

Candidate dans le quartier 5 pour les élections d’octobre 2026, Natasha Elizabeth Feghali affirme avoir déjà vu des internautes commenter son apparence et ses vêtements depuis le début de sa campagne. Il faut d’abord avoir confiance en soi, parce que les critiques vont venir, déclare-t-elle.

Victoria Soluade, candidate dans le quartier 7, pointe aussi le coût d’une campagne parmi les obstacles. Femme noire et immigrante, elle estime que certaines candidates doivent en plus composer avec des barrières culturelles ou liées, par exemple, à leur accent.

Selfie de Victoria Soluade qui porte un chapeau.

Pour Victoria Soluade, qui souhaite devenir conseillère municipale dans le quartier 7 de Windsor, le principal défi est le coût financier de la campagne.

Photo : Avec l'autorisation de Victoria Soluade

Critiquées différemment

Pour celles qui accèdent au pouvoir, les obstacles ne disparaissent pas.

Mairesse d’Essex depuis 2022, Sherry Bondy raconte avoir déjà été considérée comme moins légitime à faire de la politique municipale, car elle avait de jeunes enfants. Aujourd’hui encore, elle estime que les femmes sont davantage ciblées sur les réseaux sociaux.

Sherry Bondy souriante pose devant des maisons en rangée.

Au cours de son mandat comme mairesse d’Essex, les pneus de Sherry Bondy ont notamment été crevés à deux reprises. Mère monoparentale, elle affirme que certaines situations lui ont fait craindre pour sa sécurité. (Photo d'archives)

Photo : CBC/Mike Evans

Joyce Zuk garde des souvenirs semblables de son passage au conseil. En campagne, des électeurs lui demandaient combien d’enfants elle avait et, lorsqu’elle répondait qu’elle n’en avait pas, l’interrogeaient sur les raisons. Elle affirme même avoir reçu des menaces de mort.

Mes collègues au conseil recevaient des menaces eux aussi, mais jamais de nature sexuelle. Les menaces que j’ai reçues étaient très genrées dans la façon dont on disait qu’on allait me tuer. Ça fait réfléchir, surtout quand elles arrivent dans votre boîte aux lettres, chez vous.

La structure municipale en cause?

Certains obstacles pourraient également être propres à la façon dont la politique municipale est organisée à Windsor.

Joyce Zuk relève notamment le passage en 2006 de mandats de trois à quatre ans, le remplacement à partir de 2010 des cinq quartiers représentés chacun par deux conseillers par dix quartiers à un seul conseiller, ainsi que la tenue actuelle des réunions du conseil à 10 h du matin.

À ses yeux, demander à une personne qui travaille de se libérer régulièrement en journée peut constituer une barrière supplémentaire, particulièrement pour les femmes, qui continuent d’assumer une part plus importante des responsabilités familiales.

Le contraste est particulièrement marqué avec les municipalités voisines du comté d’Essex, où les femmes occupent une place beaucoup plus importante dans la politique municipale. Aux élections de 2022, quatre femmes ont été élues à la mairie dans les sept municipalités du comté d’Essex.

Certaines élues du comté décrivent des conditions qui, selon elles, ont facilité leur propre entrée en politique.

À Lakeshore, où un tiers des conseillers sont actuellement des femmes, la conseillère Kelsey Santarossa avait 24 ans lorsqu’elle s’est présentée pour la première fois. Deux anciens conseillers l’ont encouragée à le faire, tandis qu’elle bénéficiait d’un entourage qui pouvait l’appuyer, d’un horaire professionnel compatible et de moyens financiers nécessaires pour faire campagne.

Il faut généralement que plusieurs personnes approchent une femme pour lui dire : premièrement, tu dois te présenter, et ensuite s’assurer qu’elle dispose d’un solide système de soutien.

Sherry Bondy raconte de son côté avoir amené deux de ses bébés à des réunions du conseil d’Essex au fil de sa carrière politique. Ses collègues se sont montrés accueillants, dit-elle.

Les femmes font-elles de la politique autrement?

Pour les candidates interrogées, une plus grande diversité autour de la table permettrait aussi d’intégrer des expériences actuellement absentes des discussions.

Kat Pasquach, candidate à la mairie de Windsor pour 2026, juge que le conseil actuel ne reflète pas suffisamment la diversité de Windsor et souligne qu’une femme peut apporter une expérience de vie différente dans la prise de décisions.

Kat Pasquach souriant à la caméra.

Kat Pasquach, qui espère devenir mairesse de Windsor en 2026, décrit le conseil municipal actuel comme un groupe « d’hommes blancs cisgenres » et affirme que son expérience personnelle, notamment son genre et ses racines autochtones, lui permettrait d’apporter une perspective qui fait défaut.

Photo : Shayenna Nolan

Victoria Soluade abonde dans le même sens. Je suis étudiante, je suis mère, je suis une femme noire, je suis une immigrante, énumère-t-elle, estimant que ces différentes expériences peuvent influencer sa façon d'aborder les dossiers municipaux.

Toutefois, Manon Tremblay met en garde contre l’idée selon laquelle les femmes auraient naturellement une façon différente de faire de la politique.

En raison du régime du genre qui socialise les femmes et les hommes différemment, je pense que les femmes et les hommes peuvent avoir, sur certains dossiers, des sensibilités différentes.

Autrement dit, ce ne serait pas parce que les femmes sont intrinsèquement différentes des hommes, mais parce qu’elles ont été socialisées différemment et sont susceptibles d’avoir vécu des expériences différentes. Ces expériences peuvent ensuite se traduire par une plus grande sensibilité à certains enjeux et contribuer à modifier l’agenda politique, explique la chercheuse.

Elle insiste toutefois sur une distinction : avoir davantage de femmes ne signifie pas automatiquement que davantage de politiques favorables aux femmes seront adoptées. L’idéologie politique peut parfois peser davantage que le genre, selon elle.

2026, une occasion de renverser la tendance?

À quelques mois des élections, les femmes demeurent minoritaires parmi les personnes ayant jusqu’ici déposé leur candidature à Windsor.

Sur les 28 candidatures actuellement déclarées pour la mairie et les dix quartiers, sept sont celles de femmes, les hommes représentant donc les trois quarts des candidats. Les mises en candidature demeurent ouvertes jusqu’au 21 août.

Kat Pasquach indique d’ailleurs avoir communiqué avec d’autres candidates afin de leur offrir son soutien, même lorsqu’elles ne partagent pas nécessairement ses positions politiques. À Lakeshore, Kelsey Santarossa estime elle aussi que les réseaux et le mentorat ont joué un rôle déterminant dans son propre parcours.

Si les modèles sont essentiels pour permettre aux femmes de se projeter en politique, ils ne peuvent pas, à eux seuls, faire disparaître les obstacles, prévient Manon Tremblay.

Les modèles, c’est important, mais les modèles ont leurs limites. […] On a beau vouloir, il y a parfois des obstacles concrets qui ne peuvent pas être surmontés.

Avec le départ de Jo-Anne Gignac, l’élection d’octobre déterminera maintenant si, pour la première fois depuis des décennies, Windsor se retrouvera sans aucune femme au conseil, ou si une nouvelle génération prendra sa place.

Jo-Anne Gignac n’a pas répondu à la demande d’entrevue de Radio-Canada.

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