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Pourquoi le Canada n’a-t-il pas de réserve d’urgence de pétrole?

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Plusieurs pays du G7 envisagent de puiser dans leurs réserves d’urgence de pétrole afin de limiter la hausse des prix du pétrole causée par la guerre au Moyen-Orient et le blocage dans le détroit d’Ormuz, où transite en temps normal environ 20 % du pétrole mondial. Le Canada, pour sa part, n’a pas de réserve du genre. Explications.

Qu’est-ce qu’une réserve d’urgence de pétrole ?

Il s’agit d’un stock qui permet d’assurer une « réponse rapide et efficace aux perturbations majeures de l’offre » de pétrole, par exemple des catastrophes naturelles et des tensions géopolitiques, précise l’Agence internationale de l’énergie (AIE). L’organisation a été fondée en 1974, dans la foulée d’une crise pétrolière, et regroupe 32 pays.

Les pays membres de l’AIE qui sont des importateurs nets de pétrole doivent conserver des stocks correspondant à au moins 90 jours d’importations nettes. Les stocks peuvent être détenus par les gouvernements ou par des entreprises privées. Les réserves d’urgence des pays membres totalisent présentement 1,2 milliard de barils détenus par les gouvernements et 600 millions de barils détenus par le secteur privé à la demande des gouvernements.

« C’est vraiment aujourd’hui que les réserves qui ont été établies il y a plus de 50 ans maintenant prennent leur importance, parce qu’on est effectivement en rupture physique d’approvisionnement de barils de pétrole » dans plusieurs pays, explique Yvan Cliche, spécialiste en énergie au Centre d’études et de recherches internationales de l’Université de Montréal.

Pourquoi le Canada n’en a-t-il pas ?

Le Canada n’est pas tenu par l’AIE de maintenir une réserve stratégique d’urgence, puisqu’il est un exportateur net de pétrole. Comme le pays est en mesure de répondre à sa propre demande lorsque des perturbations surviennent ailleurs dans le monde, sa sécurité d’approvisionnement n’est pas menacée.

Les prix de l’essence — et d’une panoplie d’autres produits — peuvent toutefois subir des pressions inflationnistes, car les prix du baril de pétrole sont négociés avec des indices mondiaux.

Par ailleurs, « le Canada dispose de certaines réserves énergétiques d’urgence sur lesquelles nous pouvons compter en cas de besoin », assure dans un courriel au Devoir Charlotte Power, attachée de presse au cabinet du ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Tim Hodgson. Il s’agit cependant de stocks privés constitués par les raffineurs et les détaillants.

Le Canada devrait-il se constituer une réserve ?

« Rien n’empêche les gouvernements de se doter d’une réserve, peu importe la provenance », dit le professeur à HEC Montréal spécialisé en énergie Sylvain Audette. « Pour des pays “producteurs”, et donc souvent “exportateurs”, la nécessité de se doter d’une réserve “stratégique”, avec des coûts d’entreposage, est moins utile à moyen et long terme. »

« C’est une opération qui est très coûteuse », qui implique d’acheter des sites d’entreposage, de les remplir, de les entretenir, précise Yvan Cliche.

« Je ne pense pas que, dans le monde actuel, en 2026, ce soit vraiment indiqué », de créer ce type de réserve stratégique, soutient-il.

Le Canada serait d’ailleurs bien placé pour bénéficier de la situation actuelle, poursuit M. Audette. « La hausse [des prix] favorise les producteurs des États-Unis, du Canada, du Mexique, de la Russie, de l’Algérie, de l’Afrique centrale, etc., qui font des profits incroyables alors que leurs coûts sont les mêmes qu’avant la guerre en Iran. »

Quelles sont les options pour atténuer la hausse des prix ?

Le système de « réponse collective » de l’AIE permet aux pays membres de se coordonner afin d’accroître l’offre de pétrole, en utilisant les réserves stratégiques ou en implantant des mesures pour limiter la demande.

Ce système « n’est pas un outil destiné à moduler les prix ou à gérer les approvisionnements à long terme », prévient l’Agence. Pour ce faire, il existe des moyens plus efficaces, comme la réduction des importations de pétrole, la diversification de l’approvisionnement énergétique et le développement de nouvelles technologies, ajoute-t-elle.

Les pays membres de l’AIE devaient se réunir mardi pour une réunion d’urgence afin d’« évaluer la sécurité actuelle des approvisionnements et les conditions de marché ». Suivra alors une décision « quant à l’opportunité de mettre à la disposition du marché les stocks d’urgence des pays membres de l’AIE », écrit Fatih Birol, directeur exécutif de l’organisation.

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