Depuis quasiment une décennie, les microplastiques sont une préoccupation sur le plan environnemental et depuis peu, ceux-ci interrogent également en ce qui concerne la santé publique. Si les microplastiques se retrouvent plus ou moins partout sur Terre, leur teneur dans l’air est semble importante à connaitre. En revanche, il n’existe encore aujourd’hui aucun consensus relatif à la meilleure façon de les mesurer.
Un besoin d’élargir et de standardiser les mesures
Chercheuse en sciences de l’environnement à l’Université de Vienne (Autriche), Ioanna Evangelou s’est exprimée dans la revue Nature le 22 janvier 2026. La publication posait la question suivante : « Les niveaux de microplastiques dans l’environnement sont-ils été surestimés ? » Pour l’experte, les microplastiques dans l’atmosphère sont omniprésents mais leur quantité peut-être fait l’objet d’une surestimation. Cependant, la raison est simple : il existe un réel besoin d’élargir et de standardiser les mesures à l’échelle mondiale. Le 21 janvier, Ioanna Evangelou avait publié une étude dans la même revue, dans laquelle elle expliquait que le calcul des microplastiques dans l’air pouvait varier considérablement en fonction de la méthode que l’on utilise. Il n’existe donc aucun consensus permettant d’avoir une vue d’ensemble des quantités de particules présentes dans l’air.
Pour rappel, les microplastiques sont des particules de plastiques mesurant entre 1 et 5 micromètres. Il est également possible de parler de nanoplastiques, dans le cas de particules de moins d’un micromètre. Or, ces dernières peuvent pénétrer le corps humain et il s’avère que les scientifiques ne sont pas d’accord au niveau de leurs effets sur la santé. Pour preuve, une étude de l’Université du Nouveau Mexique (Etats-Unis) publiée dans Nature Medicine en février 2025 montrait que les concentrations de microplastiques dans le cerveau ont été surestimées dans certaines études antérieures. Or, s’il existe des désaccords sur les taux présents dans le cerveau, il semble encore plus difficile de s’entendre sur les taux présents dans l’air.
De grandes différences dans les estimations
Dans le cadre de leurs travaux, Ioanna Evangelou et son équipe ont tenté de réduire le flou ambiant en effectuant une compilation de deux différents types d’études. D’un coté, il est question de travaux estimant les émissions mondiales de microplastiques et de l’autre, des recherches effectuant des estimations à partir d’échantillons de sol et d’eau. Selon les résultats, les cas les plus préoccupants concernent des concentrations de microplastiques dans des échantillons de sol et d’eau plusieurs fois moins élevés que ce que prévoyaient les estimations relatives aux émissions. Ceci se retrouve d’ailleurs dans des échantillons provenant de certains lieux qui en raison de vents dominants notamment, allaient contenir à coup sûr davantage de microplastiques.
Par ailleurs, l’étude a permis de découvrir que les émissions en provenance de la terre ferme sont 27 fois plus grandes que celles issues des océans. Ceci signifie que la dégradation des objets plastiques – notamment dans les villes, les décharges etc. – se fait beaucoup plus sentir dans l’atmosphère que la dégradation de ces mêmes objets dans les océans.
Crédit : Khanchit Khirisutchalual / iStock
La nécessité de poursuivre les recherches
Les scientifiques pensent avoir franchi une étape importante vers une meilleure estimation de la pollution atmosphérique par les microplastiques et de leur transport à l’échelle mondiale. En revanche, il est important de continuer à élargir et standardiser les mesures, surtout que les données restent encore insuffisantes à l’heure actuelle. Les chercheurs réclament davantage de travaux, notamment pour déterminer la part de microplastiques provenant du trafic routier et celle provenant d’autres sources.
Enfin, les scientifiques estiment que la distribution granulométrique des microplastiques reste très incertaine. Pour rappel, il s’agit de l’étude de la répartition des tailles de ces particules, révélant qu’il en existe certaines beaucoup plus grandes et surtout d’autres beaucoup plus petites, comme les nanoplastiques dont la détection est très difficile et leurs impacts environnementaux et sanitaires, encore assez méconnus.


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