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Pourquoi l’idée d’un trouble neurologique inconnu persiste au N.-B.?

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Il y a cinq ans, un neurologue du Nouveau-Brunswick avançait l’idée qu’un trouble neurologique de cause inconnue touchait des dizaines de patients. Une enquête a finalement déterminé qu’une telle maladie n’existait pas. Aujourd’hui, la santé publique écarte aussi la possibilité que des contaminants environnementaux soient à l’origine des symptômes de plus de 200 patients. Retour sur les faits saillants.

D’où est venue l’hypothèse d’une maladie neurologique inconnue?

En mars 2021, la santé publique du Nouveau-Brunswick annonçait qu’elle surveillait de près une quarantaine de patients présentant des troubles neurologiques qui s’apparentaient à ceux de la maladie Creutzfeldt-Jakob, mais dont les tests de dépistage s'étaient avérés négatifs.

Les symptômes pouvaient inclure de la démence, de l’atrophie musculaire inexpliquée, des hallucinations visuelles et des changements comportementaux. 

La grande majorité de cette grappe de 48 cas a été identifiée par le neurologue Dr Alier Marrero.

Alier Marrero en entrevue devant l'hôpital.

La majorité des cas ont été signalés par le Dr Alier Marrero. On le voit ici en octobre 2021.

Photo : Radio-Canada

Un comité de neurologues a analysé les dossiers de ces patients, vivant principalement dans la Péninsule acadienne et à Moncton, pour déterminer s’ils étaient atteints d’un syndrome neurologique potentiel de cause inconnue. 

En 2022, le comité a conclut qu’une maladie neurologique inconnue n’existe pas. La majorité des patients ont même reçu des diagnostics d’autres maladies possibles. Cette conclusion était unanime au sein du comité, appuyée par les agences de santé publique provinciale et fédérale. 

Donc, il n’y a pas de nouvelle maladie?

Non. La santé publique a mis fin à l’enquête en février 2022, mais des patients ont continué à se plaindre de symptômes inexpliqués. 

Ainsi, en 2023, le concept refait surface lorsque le Dr Alier Marrero alerte la santé publique, lui faisant part de ses préoccupations quant à l’exposition de 222 patients à certaines substances environnementales, comme le glyphosate, le plomb, le cuivre, ou l’arsenic, entre autres.

Yves Léger assis à un bureau, devant un micro, des drapeaux du Nouveau-Brunswick derrière lui.

Le Dr Yves Léger, médecin-hygiéniste en chef de la province.

Photo : Radio-Canada / Frédéric Cammarano

La santé publique s’est dite préoccupée et a décidé de lancer une enquête en janvier 2025. Toutefois, la province voulait être claire : il ne s’agissait pas de trouver une nouvelle maladie, mais plutôt de voir si ces substances environnementales expliqueraient les symptômes neurologiques des patients du Dr Marrero.

Ce qui n’est finalement pas le cas, a conclut la province dans un rapport dévoilé le 23 janvier.

Notre enquête ne démontre pas de preuve d’un problème généralisé parmi le groupe de patients, a déclaré le médecin-hygiéniste en chef, Dr Yves Léger.

Est-ce qu’il y a quelque chose dans l’air ou dans l’eau qui a rendu ces patients malades?

Selon la santé publique, 95 % des résultats concernant les taux d’herbicides se situent dans la normalité selon une base de référence établie. Pour les métaux, le taux est de 93 %. La province conclut donc que l’exposition à des substances environnementales n’est pas un facteur contribuant aux symptômes chez la majorité des patients. 

Toutefois, en ce qui a trait aux métaux, certains patients présentaient des niveaux plus élevés que prévu.

Concentrations supérieures aux plages de référence

Herbicide ou métalNombre total de patients testésNombre de patients ayant un taux plus élevé
Glyphosate20120
Arsenic8214
Chrome238
Plomb15710

Est-ce qu’il a plus de troubles neurologiques au Nouveau-Brunswick?

Même si ces études sur les troubles neurologiques ont fait les manchettes dans les cinq dernières années, il est difficile de savoir combien de gens vivent avec des symptômes qui ne sont pas associés à un diagnostic. 

La dernière étude a évalué l’exposition à des substances environnementales sur 222 patients. De ce nombre, il n’a pas été possible de savoir combien de patients ont depuis reçu un diagnostic médical. 

Toutefois, le médecin-hygiéniste en chef déclare que près de 60 % d’entre eux ont consulté un autre neurologue que le Dr Marrero. La santé publique ne peut toutefois pas confirmer si la raison de cette consultation était pour les mêmes symptômes. Le Dr Yves Léger ajoute qu’aucun autre neurologue n’a signalé des inquiétudes ou préoccupations pour ces patients ou pour d’autres.

Notons que, sur les neuf patients décédés, les résultats d’une autopsie montrent que ces patients étaient atteints de la maladie d’Alzheimer, la démence à corps de Lewy ou la maladie de Creutzfeldt-Jakob.

Est-ce que le dossier est clos?

Pour les patients non diagnostiqués, il ne l’est évidemment pas. Le Dr Léger sympathise avec les patients qui sont malades et qui ne savent pas pourquoi. Toutefois, à la lumière des derniers résultats, le médecin-hygiéniste en chef déclare qu’il est très probable que ces patients aient une maladie qui peut en fait être diagnostiquée. 

La santé publique a donc recommandé qu’un processus soit mis en place pour prendre en charge ces patients qui souffrent toujours de troubles neurologiques non diagnostiqués. Ce processus comprend une deuxième évaluation indépendante. Ce sera aux réseaux de santé d’implanter un tel processus pour soutenir ces patients.

L'hôpital Georges-L.-Dumont, à Moncton.

Le Dr Alier Marrero travaille au CHU Dumont à Moncton. (Photo d'archives)

Photo : Radio-Canada / Anaïs Brasier

Pour les patients chez qui les analyses ont confirmé des taux élevés d'herbicides et de métaux, la santé publique recommande de répéter le test au moins une fois, mais de préférence plusieurs fois.

Enfin, la santé publique recommande que toute préoccupation concernant un syndrome neurologique de cause inconnue chez un patient soit officiellement examinée et approuvée par deux spécialistes qualifiés, avant d’être envoyée au bureau du médecin-hygiéniste en chef.

À savoir si le Dr Alier Marrero doit faire l’objet d’une enquête pour avoir mal fait son travail dans cette affaire, le Dr Yves Léger s’en remet au Réseau de santé Vitalité et au Collège des médecins et des chirurgiens du Nouveau-Brunswick, qui affirment devoir réviser le rapport avant de déterminer les prochaines étapes.

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