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Publié le 01/11/2026 14:55
Temps de lecture : 5min
Le président américain Donald Trump lors d'une réception pour Halloween dans sa résidence floridienne de Mar-a-Lago, le 31 octobre 2026. (BRENDAN SMIALOWSKI / AFP)
Le président des Etats-Unis a évoqué la possibilité pour ses troupes de cibler le mont Kolang, près du complexe nucléaire de Natanz. Aucune éclaircie diplomatique n'est encore apparue entre Téhéran et Washington.
Donald Trump en a-t-il fini avec les frappes en Iran ? Le président américain laisse planer le doute, à l'approche des midterms, décisives pour la suite de son mandat, qui se tiennent mardi 3 novembre. "Il nous reste encore à nous occuper, je dirais, d'un ou deux sites [nucléaires], mais nous pouvons faire ça en dix minutes", a déclaré le président des Etats-Unis, samedi 31 octobre, depuis sa résidence en Floride. Il a désigné notamment le mont Kolang ("Pickaxe Mountain", en anglais), près du complexe nucléaire de Natanz, à 200 km environ au sud de Téhéran. Ces nouvelles menaces entretiennent la pression exercée sur Téhéran, alors que la voie diplomatique peine à produire des effets.
Aucun des deux pays n'a mené d'attaques majeures contre des cibles terrestres depuis début septembre, mais la région du Golfe reste en alerte maximale. L'Iran cible régulièrement des navires circulant dans le détroit d'Ormuz, dont il revendique le contrôle absolu. Téhéran a encore récemment annoncé que trois navires avaient explosé et pris feu après avoir heurté des mines. Le nombre de passages de pétroliers est toutefois en augmentation, grâce aux escortes américaines organisées dans la région.
Téhéran se retrouve de fait isolé par le contre-blocus américain imposé sur ses exportations, mais le régime iranien fait jusqu'ici preuve de résilience face à la crise économique. Neuf mois après le début du conflit, déclenché par des frappes israélo-américaines le 28 février, les opérations militaires américaines n'ont pas produit les résultats politiques escomptés par l'administration Trump. Washington tente donc de trouver un accord pour relancer des discussions de paix, sur le modèle du mémorandum d'entente avorté en juin, tout en examinant une possible reprise des frappes après les élections de mi-mandat. "La main des négociations a été tendue et ces canaux de communication sont restés ouverts et actifs", a déclaré le secrétaire d'Etat adjoint américain chargé des affaires du Proche-Orient, Donald Blome. "En même temps nous sommes prêts aussi à prendre une autre direction."
Le médiateur qatarien s'est adressé récemment à J.D. Vance, le vice-président des Etats-Unis, et au général Mohsen Rezaï, secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale iranien, afin d'encourager une reprise du dialogue. Il y a quelques jours, le J.D. Vance avait adressé un courrier à Mohsen Rezaï afin de tenter de relancer les négociations. "Leur ton a complètement changé, et c'est un bon signe qui montre que la nation iranienne a consolidé sa victoire", avait réagi l'intéressé, sans davantage de détails.
Pour autant, aucune éclaircie n'apparaît à l'horizon. Téhéran martèle qu'il n'autorisera aucune sortie d'uranium enrichi de son territoire dans le cadre d'un futur accord. "Il n'y aura aucune négociation tant que les Etats-Unis n'auront pas pris de mesures pour instaurer la confiance, un processus qui doit commencer par le respect des conditions posées par l'Iran", a déclaré Mohsen Rezaï le 20 octobre. Interrogé par la chaîne Al Jazeera samedi 31 octobre, le chef de la diplomatie iranienne, Abbas Araghchi, a répété "ne pas voir la nécessité d'une rencontre avec les Américains".
Quid en cas de blocage prolongé ? La carte militaire semble difficile à abattre avant les élections de mi-mandat. Le camp républicain aborde l'échéance en difficulté, en raison notamment des questions liées au pouvoir d'achat et aux cours du pétrole, qui ont flambé après l'intervention dans le Golfe. Par ailleurs, le coût de la guerre en Iran a atteint 47,1 milliards de dollars pour les contribuables américains, selon une nouvelle estimation du Pentagone arrêtée mi-octobre. Ce montant faramineux est notamment constitué par le renouvellement des munitions, notamment les intercepteurs défensifs de missiles.
Donald Trump pourrait reprendre l'initiative dans le dossier après les midterms. Même en cas de revers à la Chambre des représentants, voire au Sénat, Donald Trump conservera une marge de manœuvre en matière diplomatique et militaire. "S'il perd les élections à cause de cette guerre, et connaissant son profil et son désir de représailles, il risque encore de surenchérir", estimait déjà fin août Arman Mahmoudian, enseignant et chercheur à l'université de Floride du Sud, dans un entretien avec franceinfo. "Le président Donald Trump n'aura plus grand chose à perdre."
Plusieurs médias ont déjà évoqué une possible reprise des frappes contre l'Iran après cette échéance. Des responsables de l'administration Trump ont d'ailleurs demandé aux dirigeants arabes du Golfe de se préparer à une "campagne courte et intense" après les élections, affirme The Wall Street Journal. "Nous espérons une percée diplomatique. (...) Mais comme nous l'avons déjà montré par le passé, nous sommes également prêts à faire face au pire", a déclaré dimanche le conseiller diplomatique du président émirati Anwar Gargash, lors d'une conférence dans la capitale de Bahreïn.
Dans ce contexte indécis, l'amiral Brad Cooper, commandant des forces américaines au Moyen-Orient, a effectué une rare visite à la Maison Blanche, jeudi dernier, afin d'informer Donald Trump et le secrétaire à la Défense, Pete Hegseth, de la situation en cours, selon le média américain Axios, citant deux responsables américains. Ces velléités américaines sont suivies de près par le Premier ministre israélien Benyamin Nétanyahou, lui-même en difficulté après les législatives dans son pays. Le dirigeant a évoqué cette semaine "une opportunité historique unique avec [son] partenaire le président Trump pour éliminer définitivement la menace existentielle" de l'Iran.
Reste à savoir quelle forme pourrait prendre de nouvelles opérations, alors que les Etats-Unis ont déjà frappé plus de 13 000 cibles pendant la phase principale de la guerre, entre le 28 février et début avril. "La plupart des installations militaires conventionnelles [iraniennes] ont déjà été lourdement dégradées" par les frappes, soulignait Suzanne Maloney, chercheuse à la Brookings Institution, un cercle de réflexion américain, auprès de l'AFP. Selon elle, de nouvelles opérations engageraient donc "davantage de frappes contre des infrastructures civiles et des cibles ayant un impact direct sur la population iranienne".
L'administration Trump n'a pas encore arrêté sa position, selon les médias américains. Elle pourrait également poursuivre et accentuer sa stratégie actuelle de pression économique, en misant sur les sanctions financières pour contraindre le régime iranien à accepter des concessions.
Téhéran, en retour, menace régulièrement Washington d'une riposte en cas de nouvelles frappes. L'ayatollah Mojtaba Khamenei a ordonné une mise à jour des cibles pour y inclure "tous les types d'actifs matériels et immatériels appartenant à l'ennemi américano-sioniste". L'Iran a déjà menacé de s'en prendre aux centres de données et systèmes d'intelligence artificielle, tout comme aux câbles sous-marins dans le détroit d'Ormuz. Mais personne, à ce stade, ne connaît le scénario post-électoral américain ni ses conséquences pour la région.
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