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Pourquoi cette révolte en Iran a plus de chances que les autres de faire tomber le régime

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Une intervention des États-Unis, un peuple allié face à un régime isolé… La révolte en cours en Iran se démarque des précédentes et pourrait être celle qui mettrait fin à la République islamique au pouvoir.

Au moins 2 003 personnes ont été tuées dans les manifestations en cours en Iran, selon une association locale. Un chiffre probablement en dessous des réalités puisque les communications sont coupées.

MAHSA / Middle East Images via AFP

Au moins 2 003 personnes ont été tuées dans les manifestations en cours en Iran, selon une association locale. Un chiffre probablement en dessous des réalités puisque les communications sont coupées.

EN BREF La révolte actuelle en Iran se distingue par son ampleur et l’unité du peuple iranien contre le régime, avec des manifestations touchant toutes les couches de la population.
Le régime islamique est affaibli internationalement, ayant perdu ses soutiens traditionnels, et fait face à des menaces d’intervention des États-Unis.
Les négociations avec les États-Unis pourraient déterminer l’avenir du régime, qui doit choisir entre abandonner ses programmes militaires ou risquer sa chute.

Cette fois-ci c’est vraiment la fin ? Le régime de Téhéran fait face à des manifestations historiques depuis plus de deux semaines. Les mosquées sont incendiées, les bâtiments officiels sont attaqués… Sur la scène internationale, beaucoup semblent penser qu’une chute de la République islamique d’Iran serait possible. Et ce plus que jamais. « Nous voyons là les derniers jours et semaines de ce régime », a même estimé le chancelier allemand.

Pourtant, les révoltes ont été nombreuses en Iran, sans jamais faire tomber le régime au pouvoir depuis 1979. « Il y a eu un mouvement en 2009, puis en 2019 et en 2022. Le régime a toujours résisté et a pu s’imposer et imposer sa logique répressive », rappelle Adel Bakawan, directeur de l’Institut européen pour les études sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord, interrogé par le HuffPost. Mais aujourd’hui, « ce mouvement de contestation a des marqueurs qui le différencient des précédents », constate-t-il.

Sara Safari, Franco-iranienne, membre de l’association « Femme Azadi » avance sur Europe 1 : « C’est une révolte qui est inédite parce qu’elle touche toutes les couches de la population iranienne, à travers tout le pays. C’est la première fois que tout le monde se soulève en même temps, que les Iraniens soient perses, kurdes, azéris, baloutches… Aujourd’hui, ils ne font qu’un contre le régime. » Un avis partagé par Adel Bakawan qui ajoute que « les Iraniens n’ont plus rien à perdre ».

Si certains appellent cela la « révolution du pain » ou encore la « révolution du ventre », en raison du contexte économique dramatique dans le pays, qui a notamment mis le feu aux poudres, il y a aussi un ras-le-bol du régime et de la corruption. Sa traduction, « Fasād », est scandée lors des mobilisations. Un même mot utilisé en 1979 contre le dernier Chah d’Iran.

Le régime islamique a perdu ses alliés

Le régime islamique est affaibli à l’échelle nationale, mais également internationale. C’est un point essentiel dans ce qui différencie cette contestation des précédentes, et qui laisse penser que le régime pourrait tomber. Mais qu’est-ce qui a changé entre-temps ? « Le 7 octobre est passé par là », avance Adel Bakawan, également auteur du livre La décomposition du Moyen Orient. (ndlr : Le 7 octobre 2023, Israël est visé par une attaque terroriste sans précédent du Hamas, ce qui marquera le début d’une nouvelle guerre à Gaza et d’une contagion à la région).

« C’est un moment de coupure dans l’histoire du Moyen-Orient. L’ordre milicien iranien a été mis en miettes », ajoute-t-il. « Ensuite il y a eu la guerre de 12 jours. Le programme atomique a été fortement frappé, il en est de même pour le programme balistique. » Ce conflit armé a été déclenché le 13 juin 2025, opposant Israël puis les États-Unis à l’Iran.

Et ces affrontements se soldent par une disparition des soutiens de la République islamique. « Le mouvement arrive à un moment où le régime est menacé dans son existence. Il n’a plus aucun soutien à l’extérieur : ni la Russie, ni la Chine, ni les anciens de l’ordre milicien comme l’Irak », souligne Adel Bakawan.

Autre différence notable : l’Iran a un héritier tout désigné pour prendre la tête du pays, du moins temporairement. Et il n’est autre que le fils du dernier Chah, Reza Pahlavi. Lors des précédentes contestations, il s’était toujours abstenu. Aujourd’hui, il appelle à aider les Iraniens à renverser le pouvoir et se dit prêt à échanger avec les États-Unis. S’il se présente comme une figure qui pourrait aider à faire chuter régime en place, un bon nombre d’Iraniens ne souhaitent pas pour autant le voir prendre la tête du pays. « Le retour de la monarchie est un scénario peu envisageable », souligne Adel Bakawan. Reza Pahlavi a justement proposé de n’être qu’une figure de transition, le temps que le peuple iranien ne décide de leur avenir.

La menace américaine pèse lourd sur le régime iranien

Mais alors que manque-t-il pour que le régime tombe ? « C’est le lâchage de l’appareil de sécurité », « la fraternisation avec les manifestants », estime Clément Therme, chercheur associé à l’Institut international d’études iraniennes, interrogé par l’AFP. Le son de cloche est le même du côté de Sara Safari : « Ce qui peut aussi faire la différence, c’est que l’armée se joigne au peuple. » Un avis pas forcément partagé par Adel Bakawan qui estime qu’en Iran « l’armée est trop fragile par rapport aux Gardiens de la révolution, c’est-à-dire l’armée idéologique du régime, qui contrôle le système atomique et balistique ».

Une armée en perte de puissance sur la scène internationale donc, mais qui n’est pas totalement dépourvue de ses forces. Sepideh Farsi, réalisatrice iranienne en exil, estime sur France Inter : « Il y a une retenue de la part des forces de l’ordre. Les gens ont pris les rues très rapidement, au bout de deux semaines. Ils ont fait ce qu’en 2009 ils sont arrivés à faire en six mois, et ce qu’en 2022 ils n’ont jamais réussi faire : à occuper les rues d’une ville. »

Une inaction alors même que « le régime possède bien les moyens de réprimer les contestations », selon Adel Bakawan. Mais les États-Unis ont été clairs et menacent d’intervenir militairement si la répression se poursuivait. « C’est la première fois depuis la fondation du régime que le président de la première puissance militaire mondiale menace d’intervenir », rappelle le spécialiste. Pour rappel, au moins 2 003 personnes avaient été tuées au 13 janvier, selon l’organisation de défense des droits humains HRANA, basée aux États-Unis.

La capitulation pour éviter la fin de la République islamique d’Iran

Quoi qu’il advienne des manifestations dans les rues iraniennes, pour Adel Bakawan « l’avenir de ce mouvement ne sera pas dicté à Téhéran et dans les rues de l’Iran, mais plutôt à Mascate, la capitale d’Oman ». Selon lui, ce seront bien les négociations avec les États-Unis qui offriront la sortie la plus probable des contestations. Des discussions qui sont en cours, a confirmé l’Iran.

« Le projet américain est de dealer avec ce régime pour le convaincre d’abandonner les programmes atomique et balistique », avance le directeur de l’Institut européen pour les études sur le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. Alors tout ne semble finalement pas totalement perdu pour la République islamique d’Iran. « Le régime a donc le choix entre sa fin, ou sacrifier un programme que personne ne les laisse jamais terminer de toute façon. Ils ont donc tout intérêt à capituler », ajoute le spécialiste.

Et dans ce cas, l’issue est toute trouvée : « Si l’Iran accepte les conditions américaines, le régime sera sauvé et donc la République aura la main libre pour réprimer, à l’instar de Saddam Hussein dans les années 90, lorsqu’il a eu le feu vert américain. »

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