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Pourquoi Bardella raconte-t-il ces fadaises sur l’Europe ?

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Vendredi soir, sur CNews avait lieu un débat entre Jordan Bardella et Philippe de Villiers. Une affiche alléchante que certains, dont moi, attendaient avec délectation car Philippe de Villiers n’est pas un homme politique à qui on peut raconter n’importe quoi sans se prendre un méchant retour. L’échange resta fort courtois, mais la divergence sur l’UE et l’OTAN n’en fut pas moins évidente. Reprenons.

À propos de l’Europe, Jordan Bardella affirma de manière très péremptoire que le RN n’était plus sur sa ligne politique de 2017, à savoir quitter l’UE, car « on ne quitte pas la table des négociations quand on est en train de gagner ». Et d’indiquer que les souverainistes étaient en train de gagner leur combat qui vise à transformer de l’intérieur l’Union européenne actuelle en Europe des nations souveraines. Petit sourire en coin sur le visage de Villiers. Et Bardella de terminer en soulignant que bientôt les souverainistes allait avoir les moyens d’imposer la modification des traités. Il ajoutait que dès son arrivée au pouvoir, une demande serait faite à Bruxelles pour baisser immédiatement la contribution financière de la France. Rappelons que cette contribution est plus que positive pour la France, qui paie beaucoup plus qu’elle ne reçoit de l’UE. Environ 15 milliards de plus pour être précis. Que faut-il penser de cette argumentation, dont on voudra bien noter qu’à peu de choses près c’est exactement la même position que défend le Reconquête! de Zemmour et Knafo ?

La réponse à cette question tient en peu de mots… ce sont des fadaises. Les choses ne marchent pas du tout tel que Bardella le dit. Et cela pour plusieurs raisons.

Le premier argument invoqué par Bardella est tout simple : les souverainistes vont devenir majoritaires et dès qu’ils le seront, ils imposeront une renégociation des traités. Cet argument est amusant, car il était employé par Mélenchon en 2017 lors de l’élection présidentielle. Ce dernier déclarait à l’époque : « Si je suis élu, j’imposerai à Angela Merkel une renégociation des traités européens ». Bardella dit-il vrai ? Les souverainistes peuvent-ils obtenir une renégociation des traités et permettre ainsi la transformation de l’UE actuelle en Europe des nations souveraines ? La réponse est sans contestation possible… NON ! Pourquoi ? Mais parce que c’est écrit en toutes lettres dans le traité de Lisbonne de 2007. Pour qu’un traité adopté soit renégocié et modifié, il faut… l’unanimité des pays membres. Or jamais l’Allemagne, les Pays-Bas ou le Danemark n’accepteront de se prononcer pour une renégociation des traité signés. Donc il n’y aura pas de renégociation. Bardella ne peut ignorer cette réalité. Dès lors, on est obligé de se poser une question : « Pourquoi Bardella prend-il ses désirs pour la réalité et surtout pourquoi raconte-t-il ces fadaises au peuple français ? ».

Là encore, la réponse à cette question est toute simple, mais Bardella et Marine Le Pen font tout pour la cacher. Cette réponse impose de se souvenir du traité de Maastricht et surtout des conséquences qui en ont découlé. Justement… quelles étaient ces conséquences ? Maastricht a marqué LE tournant dans la construction européenne. C’est par la grâce de ce traité que les nations membres de l’UE ont accepté de renoncer à leur souveraineté nationale, au profit de la Commission européenne. Il a découlé de ce traité que 3 catégories de compétences ont été définies et mises en œuvre. Le domaine de « compétences exclusives » de l’UE, le domaine de « compétences partagées » et enfin le domaine de compétences appartenant en propre aux pays membres. Le lecteur voudra bien noter deux choses : d’abord que c’est la Commission européenne seule qui décide à partir de ce moment la politique que chaque pays membre doit appliquer pour les compétences exclusives. Mais, second point, il faut aussi savoir que les compétences partagées, en réalité ne le sont pas du tout. Pourquoi ? Parce que ces compétences ne peuvent être laissées à la gestion des pays membres que « si l’UE a décidé de ne pas les exercer ou si elle n’a pas encore proposé de législation dans ce domaine ». En clair, si l’UE veut piloter ces compétences, c’est elle qui le fera. Donc l’abandon de l’indépendance nationale décidé avec le traité de Maastricht fait que l’UE est en charge d’imposer la politique à suivre dans tous les domaines couverts par les vocables « compétences exclusives ET compétences partagées ». Il ne reste aux pays membres que les miettes. C’est à dire ce que l’UE trouve insignifiant.

Oh là… mais alors c’était vraiment important ce traité de 1992. Comment est-ce que ça se traduit dans les faits ? La traduction de ces changements se résume principalement par un acronyme : les GOPÉ.

C’est quoi ce truc ?

Traduisons d’abord ce sigle. GOPÉ veut dire « Grandes Orientations des Politiques Économiques ». C’est clair comme de l’eau de roche, mais justement c’est tellement clair que tout ceux qui soutiennent l’UE cachent cette réalité car si elle était connue largement dans la population des pays membres, les peuples voudraient quitter immédiatement cette Europe, construction absolument machiavélique. Mais voyons précisément ce que sont les GOPÉ.

Chaque année, et pour chaque pays membre, la Commission européenne publie un document (GOPÉ) qui liste la politique à conduire dans tous les domaines dont elle a la compétence. Nous avons vu que presque tous les domaines sont de sa compétence (concurrence, politique monétaire de la zone euro, politique sociale, immigration, agriculture, pêche, environnement, énergie, justice et droits fondamentaux, migration, etc). Donc chaque gouvernement reçoit en mai sa feuille de route pour l’année à venir. Charge à lui de la mettre en œuvre et le lecteur voudra bien noter qu’à l’issue de l’année en question, chaque pays doit rendre des comptes à la commission sur le fait qu’il a respecté ou non les directives de la commission européenne. Certains en déduiront peut-être qu’il n’y a qu’à refuser d’appliquer ce que l’on ne veut pas ? Mauvaise pioche. Très mauvaise pioche ! L’UE a tout prévu. En cas de refus d’appliquer tout ou partie des GOPÉ, une procédure contentieuse s’engage. Et à l’issue de celle-ci le pays concerné, pour chaque refus peut être pénalisé d’une amende représentant de 0,1 à 0,5 % de son PIB. J’entends certains dire, on s’en fout cela ne représente rien. Vraiment ? Faisons un rapide calcul : en 2026, le PIB de la France est estimé à 3041 milliards d’€. Disons 3000 milliards. Donc 0,1 % représente 3 milliards d’€ mais 0,5 % cela représente 15 milliards d’€. Là ça ne rigole plus. Et c’est pour chaque infraction. La facture peut donc grimper en flèche et devenir insupportable pour un État qui se mettrait en tête de refuser les GOPÉ qui lui sont assignées. D’autant que d’autres pressions pourront aussi s’appliquer via la BCE.

Au fait… le lecteur a-t-il noté la principale conséquence de tout ce système diabolique, conséquence qui est aussi soigneusement cachée ? Cette conséquence c’est tout simplement qu’au sein des États membres, au moment des élections lorsque les partis politiques s’écharpent en polémiquant sur leurs programmes respectifs, en fait ils font du cinéma. Un vrai théâtre de Guignol. Pourquoi ? Mais parce que quoi qu’ils disent ou prétendent du haut des tribunes électorales, c’est Bruxelles, c’est à dire la Commission européenne qui dira la politique à suivre. Et l’UE comme nous l’avons vu a les moyens d’imposer son diktat. À ceux qui ont des vapeurs en apprenant cela, nous disons : il fallait y penser en 1992 quand il s’agissait de voter ou pas le traité de Maastricht. Le 1er mai 1992, Jean-Marie Le Pen, président du Front national, dans un discours annonça son rejet du traité de Maastricht notamment en raison des abandons de souveraineté nationale qu’il impliquait ainsi que l’insécurité, l’immigration et le chômage. Par contre Mélenchon, à l’époque à la tête d’un courant important dans le PS, appela à voter pour le traité de Maastricht. C’est d’ailleurs lui qui porte la responsabilité de l’adoption de ce traité par la France. Parce que l’élection s’est jouée à très peu de voix et si le courant de Mélenchon avait appelé à voté contre, vu son audience au PS et dans la gauche, les syndicats et les associations, le NON aurait gagné. Philippe de Villiers mena pour sa part une campagne féroce pour le NON.

Au final que retenir de tout cela ?

D’abord que l’UE s’est construite comme une roue dotée d’un cliquet anti-retour. Une étape est franchie… impossible de revenir en arrière. De plus, tout a été prévu pour que les pays membres soient obligés de suivre les directives de la Commission européenne. Bien sûr les mesures coercitives ont été soigneusement mises au point. Oui, l’UE est une sorte de dictature qui s’impose à ses membres qui n’ont donc qu’un choix : se plier et obéir aux directives de la Commission ou alors quitter l’UE en activant l’article 50 du traité de Lisbonne, comme l’ont fait les Anglais lors du Brexit.

Donc lors de l’échange entre Philippe de Villiers et Bardella, lorsque ce dernier a développé sa stratégie pour transformer l’Union européenne, Villiers a eu un petit sourire en coin. Parce que lui sait ce qui précède et refuse de raconter des histoires aux Français. Lors de la conclusion du débat, il a dit a Bardella que la seule solution c’est de quitter cette UE qui n’est pas transformable et qui va finir de tuer notre pays. Tout comme il nous faut quitter l’OTAN parce que la France est une grande puissance qui n’a nullement besoin de se ranger sous la domination des USA.

Lors de la construction européenne, du temps du Marché commun et de l’Europe des 6, le général de Gaulle n’acceptait rien d’autre qu’une Europe des nations. Il ne voulait absolument pas entendre parler d’une Europe fédérale. C’est pourtant ce qu’avait essayé d’imposer en 1965 Walter Hallstein – le 1er président de la Commission européenne – un ancien nazi qui avait préparé le projet Das neue Europa pour Adolf Hitler en 1938. Recyclé par les Américains à la fin de la guerre il était devenu un agent de la CIA et avait été placé à la tête de la Commission européenne. Face à sa volonté d’imposer une Europe fédérale, de Gaulle avait provoqué la crise dite de la « chaise vide » qui avait été réglée avec l’instauration d’un droit de veto pour chaque pays membre. Quant à Walter Hallstein, de Gaulle avait obtenu sa tête en 1969. Les lecteurs attentifs auront sans doute noté que le projet de von der Leyen est la reprise du projet de Walter Hallstein. Transformer l’Europe en Europe fédérale et non en Europe des Nations à laquelle Bardella prétend arriver. Pour preuve, ce qui est à l’ordre du jour de la Commission, c’est la suppression du droit de veto obtenu par de Gaulle et l’instauration des votes à la « majorité qualifiée ». Si von der Leyen arrive à ses fins, les nations n’auront plus aucune possibilité d’échapper au diktat de la Commission européenne. Sauf à accepter de quitter l’UE en activant l’article 50.

Vendredi soir, Philippe de Villiers a tout dit en très peu de mots afin de répondre à l’argumentaire de Bardella.

Philippe de Villiers avait mille fois raison ! Pour sa part, Bardella racontait des fadaises sur l’Europe.

Bernard GERMAIN

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