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L'objectif de la guerre déclenchée contre l'Iran a le mérite d'être clair : provoquer un changement de régime à Téhéran. Mais dans quel but ? Les Israéliens veulent depuis toujours se débarrasser d'un pouvoir islamique qui ne jure que par la destruction de l'État hébreu et qui, à cette fin, soutient et instrumentalise des mouvements hostiles à Israël comme le Hezbollah au Liban et le Hamas à Gaza. C'est donc, pour eux, une question de survie.
Les Américains ont, de leur côté, longtemps invoqué le programme nucléaire iranien, de nature à changer le rapport de force dans la région, mais aussi entre Washington et Téhéran. Insatisfait de l'accord conclu par Barack Obama (peut-être moins en raison de son contenu que de la qualité du Président signataire…), Donald Trump l'a jeté au panier, mais semblait disposé depuis peu à en négocier un nouveau. C'est, au demeurant, parce que des négociations étaient en cours que les dirigeants iraniens n'ont, semble-t-il, pas pris conscience de l'imminence des hostilités – et du danger qu'ils couraient.
Des missiles, mais encore…
La Maison-Blanche a plus récemment pointé du doigt le développement par l'Iran de missiles balistiques capables de frapper le sol américain. Donald Trump l'a mentionné lundi dernier, dans un entretien avec des journalistes, en plus du nucléaire, mais aussi d'autres préoccupations comme la volonté de "réduire à néant la marine iranienne" (pour lui dénier, doit-on penser, le contrôle du détroit stratégique d'Ormuz) et de "priver l'Iran des moyens d'armer, de financer et de diriger des mouvements terroristes hors de ses frontières".
La dernière vague de manifestations contre le régime a fait surgir une nouvelle dimension dans le discours officiel américain : rendre au peuple iranien la maîtrise de son destin. On doute, cependant, que Donald Trump ait réellement à cœur le sort d'une population musulmane qu'il pourrait très bien, dans deux mois ou deux ans, traiter avec indifférence ou mépris, comme il l'a fait avec les Irakiens ou les Afghans. L'instauration de la démocratie serait donc moins une fin en soi qu'un corollaire du changement de régime souhaité pour éliminer la menace militaire.
Une guerre contre l'Iran, mais aussi contre la ChineEt le pétrole iranien ?
Il est une motivation dont on ne parle pas publiquement, mais qui n'est jamais très loin des calculs de la Maison-Blanche, surtout quand ce sont les Républicains qui l'occupent : le pétrole. Les États-Unis se verraient bien exploiter de nouveau les immenses réserves iraniennes (troisièmes en importance dans le monde après le Venezuela et l'Arabie saoudite). Et faire d'une pierre deux coups, en tenant à l'écart la Chine qui, pour l'heure, achète à prix d'ami quelque 80 % du brut iranien (ce qui représente 14 % de ses importations de pétrole par voie maritime).
Enfin, les Américains n'ont jamais oublié l'humiliation qu'a représentée pour eux la prise d'otages de 1979-1981. Il n'y avait sans doute ni heure ni moment pour exercer une vengeance inéluctable. D'aucuns s'interrogent néanmoins sur les motifs qui ont poussé la Maison-Blanche à agir maintenant. Pour certains, les dernières manifestations contre le régime ont créé une opportunité, à manquer d'autant moins que Donald Trump avait promis son "aide" aux opposants. Pour d'autres, prétendument menacé de mort, Trump aurait été pressé d'agir. Pour d'autres encore, il s'imposait de créer une diversion médiatique à la mesure des rebondissements que connaît l'affaire Epstein – le nom donné à l'opération contre l'Iran, Epic Fury, a été non sans raison transformé sur les réseaux sociaux en "Epstein's Fury"…
"Je n'ai aucune sympathie pour ce régime, mais j'ai peur que l'Iran devienne un Afghanistan ou une Syrie. Ce sera encore pire pour les Iraniens"Une chance à saisir
Cette étonnante précipitation, alors que des négociations étaient en cours avec l'Iran, a peut-être été dictée par la volonté de saisir une rare occasion de décapiter le régime iranien et de liquider son chef suprême, l'ayatollah Ali Khamenei. Cette priorité présentait aussi l'avantage de contourner une nouvelle fois le Congrès qui, seul, à le pouvoir, aux termes de la Constitution américaine, de décider de la paix ou de la guerre. Comme pour la "neutralisation" d'Oussama ben Laden ou la capture de Nicolas Maduro, l'Administration pouvait recourir à la force sans en référer préalablement au Congrès.
L'intention déclarée de ne pas se contenter de cette frappe ponctuelle pour "aller jusqu'au bout", va, cependant, reposer la question de la légalité de l'opération Epic Fury au regard de la Constitution. Donald Trump a lui-même indiqué que l'engagement en cours devrait durer quatre ou cinq semaines, voire plus. Dans cette hypothèse, les États-Unis ne répondraient plus à une situation d'urgence, mais mèneraient une véritable guerre contre l'Iran. Ce qui ne peut s'envisager sans l'aval du Congrès.
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