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Ça fourmillait vendredi dernier au 545 de la rue Legendre Ouest à Montréal. L’ancienne « usine de guenilles », toute rénovée et renommée LAB-545, vivra ses premières portes ouvertes. Le Devoir a visité, en primeur, la bâtisse consacrée aux ateliers d’artistes. Ici, on ajustait, grimpé sur un escabeau dans les escaliers, le luminaire du plafond. Là, on préparait l’exposition ; plus loin, la salle de performances. Du 11 au 13 juin, des visites pour tous auront lieu sur les cinq étages, où 70 artistes et quelques chiens vivent, créent et inventent dans un joyeux bordel de peintures, de broderies, de verre soufflé, d’électronique, de bois, et cætera.
Le bâtiment industriel, où on fabriquait du textile, a été acheté et rénové pour 15 millions de dollars par les Ateliers Belleville. Le projet veut garantir des ateliers d’artistes à prix raisonnable dans la métropole. Aujourd’hui, et pour l’avenir.
Les grands locaux sont loués aux membres pour 12 $ le pied carré, un prix qui inclut 30 % d’espaces communs.
Se trouvent dans la bâtisse une cuisine, des douches, des cabines pour les visiorencontres, une salle d’exposition et deux salles de présentation.
Il y a également un atelier pour travailler le bois, un autre pour le métal, un atelier numérique, une salle de fours à céramique — comprenant un monstrueux four qui permet de cuire des pièces de la dimension d’une personne, dont le déménagement a été houleux…
Le toit blanc est accessible ; une terrasse devrait y être construite, offrant une vue raidement ensoleillée sur l’autoroute 40, les avions qui atterrissent et, si on tourne la tête, le mont Royal.
« Présentement, nos ateliers sont loués au prix du marché. Mais avec ce marché immobilier qui continue de grandir, dans 15 ans, nos prix seront imbattables », se réjouit Jonathan Villeneuve, codirecteur et cofondateur des Ateliers Belleville.
Car le projet LAB-545 est né d’abord au 6538 de la rue Waverly, dans le Mile-Ex. En 2012, Alexis Bellavance et Jonathan Villeneuve y investissent dans un atelier de 2000 pieds carrés. En 2015 naissent les Ateliers Belleville, pour que d’autres artistes profitent de l’espace.
Au fil du temps, de plus en plus de pieds carrés ont été occupés — jusqu’à 6000 —, pour accueillir 22 artistes. Qui ont tous appris qu’ils devaient partir à la fin du bail, en 2021.
Pour que la situation ne se reproduise pas, il fallait un lieu de création où on est propriétaire des murs. Alexis Bellavance et Jonathan Villeneuve commencent le travail de pré-acquisition en 2018.
Grâce à un prêt du fonds immobilier FTQ et à 90 % des rénovations couvertes par le programme de soutien de rénovations à la bâtisse, en allant chercher du financement consacré à l’économie, l’idée se réalise.
Ils ont pris possession de l’immeuble juste avant la flambée immobilière à Montréal. « On a rénové à 100 piastres le pied carré », dit fièrement M. Villeneuve.
« On avait un compte fermé, poursuit Alexis Bellavance. On a occupé le bâtiment pendant toutes les rénovations et on a fait toute la gestion de chantier. »
Conséquence ? Les deux hommes ont dû mettre de côté leurs pratiques artistiques. Alexis Bellavance donnait dans le pluridisciplinaire — installations, vidéo, audio. Jonathan Villeneuve, lui, travaillait les technologies numériques et électromécaniques. « Il y a eu une transition difficile, mais ça nous nourrit beaucoup. Il y a beaucoup de sens dans ce qu’on est en train de faire pour la communauté », rétorque-t-il.
« C’était un avantage immense, d’être toujours sur le chantier », renchérit M. Bellavance. Les codirecteurs l’ont géré pendant un an et demi. « On avait des décisions à prendre tous les jours. »
Comme ce jour où ils ont indiqué précisément où devaient se trouver les prises électriques pour bien répondre aux besoins des artistes. Ou cet autre jour où ils ont sacrifié la climatisation, qui aurait fait exploser le budget. Son absence, notable en ce chaud jour de juin, était la plus grande critique à faire au nouvel édifice.
Résidences et revenus
Quatre résidences d’artistes, toutes du côté ouest, accueilleront des créateurs de partout. Le Conseil des arts et des lettres du Québec les soutient. « Ça permet d’égaliser les résidences que d’autres pays offrent. Et on les ouvre aussi aux artistes qui veulent les occuper sans subventions », en les louant, explique M. Villeneuve. Quarante mois de résidence par an seront ainsi disponibles.
Les loyers des membres occupants constituent 25 % des revenus du LAB-545, indique Jonathan Villeneuve. « Notre stratégie, pour ne pas augmenter les loyers si nos coûts fixes augmentent, c’est de développer notre offre de services. »
Les ateliers — bois, métal, céramique, numérique — pourront aussi être utilisés par des membres externes — 200 $ par an, plus une somme à l’utilisation. « On va accueillir tout le monde, pas seulement des artistes. »
« Et une chose à laquelle on ne s’attendait pas : on a commencé à avoir des commandes pour produire du mobilier… » Un revenu supplémentaire, donc. Tout le développement est financé par des mesures d’économie sociale, comme PME MTL ou le Fonds du Grand Mouvement Desjardins.
Vies et amitiés d’artistes
Dans une des grandes aires ouvertes, séparée en plusieurs ateliers, Emma Forgues branche son œuvre pour la première fois. Sa Clinique Autruche, le moulage d’une cage thoracique surmontée de silicone, se met à bouger, comme le ferait un diaphragme. On dirait qu’elle respire.
À genou derrière un genre de harpe contemporaine, Peter van Haaften arrange des fils. L’ambiance est à la fois bon enfant et fébrile. Les artistes mettent la dernière touche à leurs œuvres. Lors des portes ouvertes, une expo collective présentera les travaux de 24 créateurs membres, en arts numériques et visuels ou en métiers d’art.
Pendant ces trois jours, l’Eastern Bloc, centre d’artistes en art, science et technologie, s’ajoute à la fête. C’est dans la Salle multi des Ateliers Belleville qu’aura lieu la 14e édition de son festival son et image SIGHT+SOUND.
Car Eastern Bloc est voisin. « On est locataire juste à côté, au 55, rue de Louvain, rappelle la directrice générale, Alicia Turgeon. On veut commencer à travailler avec les Ateliers Belleville/LAB-545 sur la mutualisation des espaces, des équipements. »
Eastern Bloc a un laboratoire d’art numérique. LAB-545 aussi. « Faut-il en avoir deux à 15 minutes de marche, ou choisir un seul labo, mais mieux équipé ? » Voilà une des questions que les équipes se poseront.
« Éventuellement, on [va] peut-être déménager ici. Et on voulait soutenir l’écosystème et la grande ouverture avec notre festival. » Myriam Bleau et Philippe Vandal, Jean Couteau et Marsol sont parmi les artistes qui s’y produiront.


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